Affaire des assistants FN au Parlement européen : ce que révèlent les documents saisis par les enquêteurs

"Le Monde" dit avoir consulté des documents trouvés au siège du Front national. Le trésorier du parti, Wallerand de Saint Just, en conteste l'interprétation.

Marine Le Pen et Louis Aliot, au Parlement européen, à Strasbourg (Bas-Rhin), le 15 juillet 2014.
Marine Le Pen et Louis Aliot, au Parlement européen, à Strasbourg (Bas-Rhin), le 15 juillet 2014. (FREDERICK FLORIN / AFP)

C'est l'une des affaires qui poursuivent Marine Le Pen durant sa campagne : l'enquête sur des soupçons d'emplois fictifs au Parlement européen. Les juges d'instruction du pôle financier tentent de déterminer si le Front national a mis en place un système pour rémunérer ses cadres ou employés avec des fonds publics de l'Union européenne, via des contrats d'assistants parlementaires. 

Le Monde (article abonnés) a pu consulter des documents trouvés au siège du FN, lors de perquisitions réalisées en février 2016 et février 2017. Des pièces qui "font état de la volonté du parti d’extrême droite de se financer grâce au Parlement européen", assure le journal. Franceinfo vous en résume les principales révélations, contestées par le trésorier du parti, Wallerand de Saint Just.

Un courriel évoquant des "économies (…) grâce au Parlement européen"

Les enquêteurs ont notamment mis la main sur un courriel daté du 16 juin 2014. Wallerand de Saint Just y interpelle Marine Le Pen sur une hausse des dépenses du parti, affirme Le Monde. Mais il pense avoir une trouvé une solution : "Dans les années à venir et dans tous les cas de figure, nous ne nous en sortirons que si nous faisons des économies importantes grâce au Parlement européen et si nous obtenons des reversements supplémentaires", écrit le trésorier du FN, selon le quotidien du soir.

Le parti vient alors de remporter les élections européennes, voyant son nombre d'eurodéputés passer de trois à 24. Dans un communiqué cité par l'AFP, Wallerand de Saint Just confirme la phrase, qu'il date de 2013, mais en conteste l'interprétation et dénonce "une très grave diffamation". "Les économies que le FN anticipait portaient sur les salariés du Front national qui, devenus députés français au Parlement européen, allaient voir leurs contrats de travail s'interrompre, assure-t-il. Les 'reversements supplémentaires' étaient ceux attendus des élus départementaux et régionaux dont le nombre devait augmenter considérablement vu les enquêtes d'opinion."

Des documents qui font penser à "un système frauduleux"

Le Monde précise que "plus de dix" documents comptables saisis sur le bureau du trésorier vont dans le même sens, avec des expressions comme "économies dues aux députés européens" ou "économies avec européennes". Le journal évoque un autre exemple : un courriel envoyé le 21 mai 2014, à la veille du premier tour des européennes, à Cotelec, le microparti de Jean-Marie Le Pen. "Je vous propose de nous prêter aujourd’hui 1 500 000 euros, écrit Wallerand de Saint Just, selon Le Monde. Un nouveau point devra être fait lorsque les économies réalisées après l’élection européenne seront chiffrées exactement et lorsque les nouveaux reversements seront mis au point."

"L’étude des documents découverts dans le bureau de Wallerand de Saint Just (…) faisait ressortir la mise en place d’un système frauduleux, impliquant plusieurs cadres du Front national, est-il écrit dans un rapport de synthèse transmis par les policiers aux magistrats, en décembre 2016, et cité par le quotidien. Ainsi, il apparaissait que, depuis 2012, le FN avait pour leitmotiv, par l’intermédiaire de ses cadres et sur avis de sa présidente, la volonté de réaliser des économies grâce aux financements du Parlement européen."

Des échanges quasi-inexistants entre certains assistants et leur eurodéputé

Selon Le Monde, les enquêteurs "pointent du doigt plusieurs exemples édifiants". Parmi eux, Charles Hourcade. Il a été employé comme assistant parlementaire local de la députée Marie-Christine Boutonnet, entre le 1er septembre 2014 et le 28 février 2015. Mais les enquêteurs auraient découvert qu'il n'a eu aucune communication téléphonique avec l'élue pendant son contrat au Parlement européen. Quand il a souhaité obtenir une augmentation, il s'est adressé au vice-président du FN Florian Philippot, ajoute le journal : "Qu’en est-il, as-tu eu le temps d’en parler avec Marie-Christine Boutonnet ?"

Il y a également le cas de Laurent Salles, un assistant de Louis Aliot, compagnon de Marine Le Pen. Il a été salarié entre le 1er juillet 2014 et le 28 février 2015 et était, selon lui, chargé de l’agenda de l'élu. Mais sur la période, les enquêteurs n'ont découvert "aucun courrier ou mail entre les deux hommes". Seulement un SMS.