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"Son élection doit beaucoup à un jeu du destin" : François Hollande égratigne Emmanuel Macron

L'ancien président de la République revient sur le bilan de son quinquennat, dans un ouvrage qui paraît demain en librairie et dans une interview à "L'Obs". Il y critique aussi l'action de son ancien ministre et successeur.

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France Télévisions
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François Hollande dénonce les "dérapages verbaux insupportables" de Donald Trump. (LIONEL BONAVENTURE / POOL / AFP)

Un an après son départ de l'Elysée, François Hollande est de retour sur la scène médiatique, à l'occasion de la parution de son livre, Les Leçons du pouvoir (Stock), mercredi 11 avril. A en croire des extraits déjà sortis dans la presse et ses propos dans un entretien à L'Obs, l'ancien président n'est pas avare de critiques envers son ancien ministre et successeur, Emmanuel Macron. "Il ne s’est jamais inscrit dans l’histoire ni dans la culture de la social-démocratie. Il ne mène donc pas une politique qui s’en inspire."

Il dénonce une pratique "monarchique" du pouvoir

"Je défends une conception qui, sans être faible, n’est pas monarchique", écrit-il notamment dans son ouvrage, rapporte Le Parisien, qui en publie les bonnes feuilles. François Hollande est soucieux de poser la différence entre "autorité" et "autoritarisme". Une référence directe à un entretien accordé par Emmanuel Macron à l'été 2015. Le jeune ministre avait alors estimé que la France vivait dans une nostalgie implicite de la monarchie, et même que la disparition du roi avait laissé une place vide au sommet de l'Etat. "Rétrospectivement, cette dissertation éclaire bien la pratique du pouvoir qu'il met en avant depuis son élection", écrit François Hollande dans son livre, cité dans Le Figaro.

L'ancien chef de l'Etat en profite pour donner, en creux, des conseils à son successeur. "Lorsque l’on passe par la négociation, la concertation, on arrive à un résultat, assène-t-il. Quand on passe en force, on peut gagner. Mais on perd en crédibilité, en légitimité."

Dans son ouvrage, François Hollande revient également sur le départ d'Emmanuel Macron de son gouvernement, sur fond d'ambition présidentielle. Il raconte comment son ministre tente à l'époque de calmer les rumeurs, en lui adressant un SMS à la veille de donner un meeting à la Mutualité. "Mes soutiens diront demain que le 12 [juillet 2016] ne sert ni à démissionner ni à annoncer ma candidature. Grotesque. Bises." Mais le jour J, pourtant, la foule scande "Macron président". Et l'intéressé lui lance : "Plus rien n'arrêtera le mouvement de l'espoir. Nous le porterons ensemble jusqu'en 2017 et jusqu'à la victoire !"

"J'ai fait confiance"

Le départ est acté le mois suivant. "[Emmanuel Macron] m'annonce qu'il veut retrouver sa liberté, écrit l'ancien président. Je lui demande ce qu'il fera si je me déclare. Il entre dans un développement emberlificoté sur une 'offre politique' qui exprime bien plus la gêne que l'ambiguïté. Sa non-réponse en est une." A-t-il été trahi, comme lui demande L'Obs ? "J’ai fait confiance. C’est à la fois mon caractère et un principe. On ne construit rien sur le soupçon, répond François Hollande. Ensuite, il y a la réalité. Si la majorité de gauche avait été unie, et que l’opposition de droite n’avait pas été représentée par un candidat discrédité, il n’y aurait pas eu de place pour l’aventure féerique d’Emmanuel Macron. Son élection doit beaucoup à un jeu du destin et à l'état des autres forces politiques."

Ce n'est pas la première fois que François Hollande adresse des critiques à son successeur. L'été dernier, en marge du festival du film francophone d'Angoulême, il avait estimé qu'il ne faudrait pas "flexibiliser le marché du travail au-delà de ce que nous avons déjà fait, au risque de créer des ruptures". L'intéressé lui avait répondu deux jours plus tard, lors d'une visite en Roumanie : "On ne fait pas de réformes pour ressembler aux autres." Ce qui n'avait pas empêché l'ancien locataire de l'Elysée de renouveler ses critiques à l'automne, en réclamant cette fois des "réformes justes et équilibrées".

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