"Un climat de quasi-guerre civile" : la polémique entre François Fillon et Bernard Cazeneuve en trois actes

Le Premier ministre et le candidat des Républicains se sont écharpés par médias interposés, dimanche et lundi. En cause : les violences qui émaillent la campagne électorale.

François Fillon, alors Premier ministre, et Bernard Cazeneuve, qui était député et maire de Cherbourg, le 6 décembre 2010, dans la Manche.
François Fillon, alors Premier ministre, et Bernard Cazeneuve, qui était député et maire de Cherbourg, le 6 décembre 2010, dans la Manche. (KENZO TRIBOUILLARD / AFP)

Le Premier ministre contre l'un de ses prédécesseurs. Bernard Cazeneuve et François Fillon se sont affrontés, lundi 27 février, par médias interposés, sur la situation sécuritaire du pays et la campagne électorale.

Franceinfo reprend le fil de cette bataille.

Acte 1 : Fillon juge que la campagne se déroule dans "un climat de quasi-guerre civile"

Tout commence dimanche 26 février. Dans un communiqué, François Fillon accuse le gouvernement de laisser "se développer dans le pays un climat de quasi-guerre civile" qui perturbe la campagne électorale. Le candidat Les Républicains cite plusieurs incidents : un meeting d'Emmanuel Macron "perturbé" à Toulon (Var) il y a quelques jours, les manifestations contre la venue de Marine Le Pen à Nantes ce week-end, ainsi que les concerts de casseroles qui accompagnent ses propres déplacements depuis le début de l'affaire Penelope"Tous les jours, une poignée de manifestants d'extrême gauche viennent perturber mes déplacements", déplore-t-il.

"Le garde des Sceaux nous a expliqué, dans la presse, qu'il fallait laisser la justice travailler, relève François Fillon, après l'ouverture vendredi d'une information judiciaire sur les soupçons d'emplois fictifs visant sa famille. Mais il faut aussi que le gouvernement assure les conditions du bon déroulement des élections. Et qu'il fasse respecter l'Etat de droit."

Acte 2 : Cazeneuve estime que ces propos "ne sont pas responsables"

La réponse ne s'est pas fait attendre. Après avoir laissé son ministre de l'Intérieur réagir dans la soirée de dimanche, Bernard Cazeneuve a pris le relais, lundi matin, en marge d'un déplacement au Salon de l'agriculture. "La politique appelle, y compris pendant une période électorale, une dignité, une hauteur de vue et une exigence de vérité, a déclaré le Premier ministre, avant de glisser : Je peux comprendre que certains candidats soient tentés de dissimuler derrière des polémiques une difficulté à faire campagne."

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"Il faut faire attention aux termes que l'on emploie, a insisté Bernard Cazeneuve. Employer le terme de 'quasi-guerre civile' quand on est un responsable politique éminent, et qu'on sait quel est le niveau de mobilisation des forces de sécurité dans notre pays, ça n'est tout simplement pas responsable." "Nous n'acceptons aucune violence à l'encontre d'aucun candidat", a dit le Premier ministre, souhaitant "rétablir la vérité, par-delà les polémiques qui correspondent franchement à un abaissement du débat public."

Acte 3 : Fillon persiste et parle de "far west"

En déplacement à Meaux (Seine-et-Marne) pour une visite consacrée à la sécurité, François Fillon a répété ses critiques quelques minutes plus tard. "J'ai déjà alerté Bernard Cazeneuve plusieurs fois sur la passivité du gouvernement face à ces violences. Passivité en Seine-Saint-Denis ces dernières semaines, passivité à Paris quand des lycées ont été bloqués il y a quelques jours", a-t-il dit.

"Bernard Cazeneuve appelle à la responsabilité... La responsabilité, c'est la sienne. C'est celle de veiller à ce que l'élection présidentielle se déroule dans un climat de sérénité. C'est un enjeu démocratique. Les Français doivent pouvoir débattre des projets, choisir leur candidat, dans un climat qui ne peut pas être un climat de violence, a-t-il ajouté. Les événements qui se sont produits à Nantes samedi et dimanche sont inacceptables. Je combats le Front national de toutes mes forces, mais je ne peux pas accepter que des autocars soient pris d'assaut sur l'autoroute comme si on était au far west." Un car de militants FN a été attaqué à coups de barres de fer sur la route entre Rennes et Nantes, dimanche.