Tensions entre la France et la Turquie : "Erdogan a désigné Macron comme son ennemi, il est obligé de répondre", selon l'essayiste Hakim El Karoui

Le chef de l'Etat turc a mis en doute la "santé mentale" d'Emmanuel Macron après les mesures prises par la France après l'assassinat de Samuel Paty. 

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Radio France
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Recep Tayyip Erdogan et Emmanuel Macron le 5 janvier 2018.  (LUDOVIC MARIN / POOL)

La France a rappelé son ambassadeur en Turquie pour consultation, à la suite des propos de Recep Tayyip Erdogan sur la "santé mentale" d'Emmanuel Macron. Le président turc "a choisi la stratégie de la tension" selon Hakim El Karoui, auteur d'un essai sur la politique d'Erdogan, invité de franceinfo lundi 26 octobre. "Il faut savoir lui répondre. Il ne faut pas avoir peur", assure-t-il.

franceinfo : Avec ces propos, est-ce que le président Erdogan veut endosser le rôle de chef du monde musulman outré par la réaction de la France ?

Hakim El Karoui : Il y a une place à prendre, cela fait bien longtemps que l'Egypte ou les Saoudiens n'ont plus pris cette place. Il a un désavantage, c'est qu'il est turc et qu'il n'est pas arabe. Mais il joue sur le califat. Erdogan veut être le nouveau sultan ottoman. C'est d'abord de la politique intérieure. Il a choisi une stratégie de la tension. Cette stratégie passe d'abord par une affirmation idéologique, l'affirmation d'un grand projet historique. Je ne suis pas sûr que ça puisse avoir énormément d'influence dans la communauté musulmane française, mais cela crée une certaine ambiance parce qu'il joue avec le concept de l'islamophobie. Il joue avec l'émotion qu'il y a dans le monde musulman autour des caricatures de Charlie. Mais le plus inquiétant, c'est qu'il y a des trolls, des activistes sur les réseaux sociaux qui jouent avec l'extrémisme et certains avec la haine.

L'Europe a condamné les propos d'Erdogan, mais aucun autre pays européen n'a rappelé son ambassadeur. Est-ce que la France, sur cette question de la laïcité, sur cette question des caricatures, est esseulée en Europe ?

Je ne crois pas que la France soit lâchée par les alliés occidentaux. Il y a eu début septembre, un incident maritime entre les marines turque et française. Les Allemands n'ont pas réagi non plus extrêmement vite. Le président Macron a été désigné par le président Erdogan comme son ennemi. Il est obligé de répondre. Il y a aussi des enjeux en France avec la communauté turque. Emmanuel Macron dit qu'il veut en finir avec l'islam consulaire et il vise en premier les Turcs. Cela passe par l'envoi d'imams, via l'envoi de financements dans les mosquées, comme une forme d'ingérence dans la vie cultuelle musulmane française, donc, c'est assez normal que la France soit en première ligne.

Comment répondre au président turc ?

Avec Erdogan, il y a une chose à faire, c'est qu'il ne faut pas se laisser impressionner. Il avait quasiment pris en otage un pasteur évangélique américain il y a deux ans. Les Etats-Unis ont dit qu'ils allaient sanctionner directement Erdogan et sa famille. Il a reculé. Il faut savoir lui répondre. Il ne faut pas avoir peur. Le tweet d'Emmanuel Macron était une bonne réponse. Avec cette stratégie de la tension, il faut répondre par la tension.

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