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Macron et Hollande, c'est "je t'aime moi non plus"

Si Emmanuel Macron continue d'entretenir le flou sur ses intentions pour 2017, son premier grand meeting organisé ce 12 juillet 2016 à Paris a des allures d'entrée en campagne.

Article rédigé par
Juliette Duclos - franceinfo
France Télévisions
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 8 min.
Emmanuel Macron et François Hollande, lors de la remise du prix de l'audace créatrice, le 15 septembre 2015, à l'Elysée.  (PATRICK KOVARIK / AFP)

Un rendez-vous politique sans précédent pour le ministre de l'Economie. Ce 12 juillet, dans la salle de la Mutualité à Paris se tient le premier grand meeting d'Emmanuel Macron. Un rassemblement aux allures de campagne présidentielle. Car depuis le 6 avril, date du lancement de son mouvement En Marche !, la machine Macron semble s'être emballée. Et l'homme politique ne cesse de susciter les interrogations des analystes et de ses pairs quant à ses véritables intentions politiques.

Mais c'est au plus haut sommet de l'Etat que la démarche du ministre suscite le plus d'inquiétude. Car Emmanuel Macron pourrait bien être candidat contre ou à la place du président de la République. Et si l'ancien protégé de François Hollande se retournait contre lui ? Retour sur les liens qui unissent les deux hommes.

2006 - 2014 : dans l'ombre de François Hollande

16 mai 2012. François Hollande vient d'être élu président de la République, les électeurs de gauche savourent le retour du parti socialiste au pouvoir, l'ennemi de François Hollande est encore la finance et le Courrier Picard titre "Un Amiénois à l'Elysée". Inconnu du grand public, l'Amiénois en question a seulement 34 ans, aucun mandat électif, et s'apprête à quitter son poste d'associé-gérant de la banque Rothschild : Emmanuel Macron vient d'être nommé secrétaire général adjoint de l'Elysée. L'ancien banquier devenu conseiller accède au statut d'étoile montante de la Hollandie, du surnom de la galaxie qui gravite autour du nouveau locataire de l'Elysée. 

A l'époque, si l'homme est inconnu du grand public, il ne l'est pas de la sphère politique. C'est Jean-Pierre Jouyet, l'ami de longue date du président, et inspecteur des finances comme Emmanuel Macron, qui le présente à François Hollande lors d'un dîner en 2006. Tout de suite, le courant passe entre les deux hommes qui se situent sur la même ligne politique, celle d'une gauche sociale-démocrate. Dès lors, ils se retrouvent régulièrement, entre deux deals chez Rotschild pour Emmanuel Macron et la préparation de la primaire socialiste pour François Hollande. A partir de 2010, le banquier franchit le cap, et s'engage auprès de l'ancien premier secrétaire du Parti socialiste, malgré les sollicitations de Dominique Strauss-Kahn, pourtant grand favori avant l'épisode du Sofitel. 

J'étais convaincu que c'était l'homme de la situation après cinq ans de sarkozysme. Il a la France dans sa chair.

Emmanuel Macron

Libération

Dès lors, le banquier rejoint tous les lundi matins les soutiens de François Hollande dans l'appartement d'André Martinez, camarade d'HEC de l'actuel président de la République, comme le raconte L'Express. Il anime en 2011 "le groupe de la Rotonde" ( du nom d'une brasserie de Montparnasse), qui réunit des experts et des économistes chargés d'élaborer un programme présidentiel et de préparer la primaire socialiste. Sous l'oeil bienveillant de François Hollande, qui l'a pris sous son aile. Car selon un des proches de ce dernier, qui se confie à L'Express, "Hollande traite Macron, depuis le début, comme il aurait aimé que François Mitterrand le traitât. Il se voit en lui." Emmanuel, le fils spirituel ? Une chose est certaine : la carrière politique de l'ancien banquier, qui n'a jamais été élu, commence avec François Hollande. 

A peine l'ancien banquier est-il nommé secrétaire général adjoint à l'Elysée qu'il se démarque déjà et fascine. "Tout le monde savait déjà que cette figure montante de la Hollandie allait jouer un rôle de premier plan", raconte le Nouvel Obs dans un portrait qui lui est consacré en mai 2012, qui le décrit comme l'enfant prodige de l'Elysée. En décembre de la même année, Jacques Attali, l'ancien sherpa de François Mitterand n'exclut pas "que Macron soit présidentiable" dans les colonnes du Figaro. Des propos prémonitoires ? Tout dans la démarche actuelle d'Emmanuel Macron laisse présager que le ministre s'imaginait déjà un tel destin. Mais à l'époque, les relations entre l'Amiénois et François Hollande semblent bien loin des rivalités à venir. 

2014 - 2016 : dans la lumière avec François Hollande

Début 2014. Après un peu moins de deux ans au poste de secrétaire général adjoint de l'Elysée, Emmanuel Macron sent le vent tourner. Les hollandais historiques commencent à se méfier de ce conseiller qui cultive un peu trop son indépendance. Selon L'Express, Jean-Marc Ayrault, alors Premier ministre, se plaint à François Hollande des allers-retours de PDG dans le bureau du secrétaire adjoint. Lors du remaniement, en avril, Emmanuel Macron n'est pas nommé au gouvernement, ce que le trentenaire vit comme un affront. Mais pour le président, hors de question de nommer un ministre qui n'a jamais été élu. Emmanuel Macron quitte le secrétariat général de l'Elysée. Devant la presse, il assure qu'il n'y a pas "d'inimitiés", et évoque même des rêves de carrière universitaire. Mais François Hollande lui aurait quand même glissé à l'oreille : "on se retrouvera et on travaillera ensemble d'une autre manière."

Car le président de la République refuse d'écourter la carrière politique de celui qu'il considère comme son protégé. En août 2014, un évènement accélère le retour d'Emmanuel Macron : Arnaud Montebourg doit quitter le gouvernement, après un énième réquisitoire contre la politique menée par l'exécutif. C'est la crise. Jean-Pierre Jouyet, le secrétaire général de l'Elysée et un des plus proches collaborateurs du président, convainc François Hollande de rappeler Emmanuel Macron. Et à même pas 37 ans, à la surprise de tous, et notamment de l'interessé, ce dernier devient le ministre de l'Economie, de l'Industrie et du Numérique dans le gouvernement Valls II.

Une nomination révélatrice du changement de relation entre les deux hommes politiques. "Emmanuel avait une relation personnelle avec Hollande, qui devient une relation politique", confiait alors un proche du président à L'ExpressObjectif de l'arrivée de l'ancien banquier à Bercy ? Continuer sur une ligne économique sociale-libérale, mais également contenir les ambitions de Manuel Valls qui cherche à s'approprier l'aile droite du PS. De protégé, Emmanuel Macron se transforme donc en allié de François Hollande. 

Au printemps 2015, le président ne doute pas de la loyauté de son ministre, et le rappelle régulièrement, comme dans cet entretien dans Challenges, où il décrit l'ancien banquier comme "un type gentil, gai, qui n’a pas mauvais esprit ni une ambition dérangeante", vantant même une "harmonie politique et personnelle" avec le ministre de l’Economie. Jusqu'ici tout va bien. Mais... premiers accrocs début 2016 : lors du débat sur la déchéance de nationalité, sur la question des réfugiés, sur le terrorisme, Emmanuel Macron fait entendre sa différence. Manuel Valls est fou de rage, mais François Hollande laisse faire. 

A partir de 2016 : la rivalité au grand jour

Le 6 avril 2016, Emmanuel Macron lance de façon tonitruante un nouveau mouvement En Marche ! dans sa ville natale à Amiens. A Bercy, on assure que le ministre de l'Economie n'est pas dans une démarche électorale. A l'Elysée, on assure que François Hollande en avait été préalablement informé. Plutôt que d'y trouver à redire, la ligne officielle de François Hollande est claire : la démarche d'Emmanuel Macron permettrait au président de la République d'élargir sa base pour 2017, en ratissant l'électorat centriste. Pour de nombreux commentateurs politiques, au contraire, le jeune ministre commence à se mettre "en marche" pour l'élection présidentielle. Quitte à concurrencer son ancien mentor. 

Alors, pendant ce mois d'avril, le ministre de l'Economie est rappelé à l'ordre par celui qui a lancé sa carrière politique. Et les tensions deviennent perceptibles entre le chef de l'Etat et son protégé un peu trop indépendant au goût du président. Le 14 avril, lors de l’émission "Dialogues Citoyens" sur France 2, le chef de l’Etat recadre Emmanuel Macron : "il doit être dans l’équipe, sous mon autorité". 

C'est, entre nous, non pas simplement une question de hiérarchie, il sait ce qu'il me doit, c'est une question de loyauté personnelle et politique.

François Hollande

France 2

Mais la réponse de l'interessé ne tarde pas. Le 21 avril, une semaine plus tard, c'est une petite phrase extraite d'une interview dans le Dauphiné Liberé qui crée la polémique. Le ministre de l'Economie assure sa loyauté envers le chef de l'Etat, mais précise qu'un président ne nomme pas un ministre pour en faire "son obligé". Emmanuel Macron se justifie en expliquant que la phrase aurait été sortie de son contexte, mais pour François Hollande, c'en est trop. 

En coulisse, l'ancien protégé commence à sérieusement agacer le président de la République. "Il pouvait élargir ma base. Mais à chaque fois qu'il parle, c'est une attaque contre moi", rapporte Le Canard Enchaîné. En juin, l'hebdomadaire satirique affirme que le départ du ministre du gouvernement est programmé lors d'un meeting qui se tiendra le 12 juillet à La Mutualité. On y est. Mais de départ, il n'y en aura pas. Pas encore... Emmanuel Macron se défend de tout velléité de claquer la porte, dans les colonnes de Ouest France : "On est à un moment de la vie gouvernementale qui est intense, brutal (...), je ne veux pas quitter le bateau à un moment où c’est difficile !". Auprès du Monde (lien abonnés), il assume sa démarche : "On me demande constamment, dans une alternative un peu duale, si je suis le rabatteur ou le traître : ni l’un ni l’autre. Je construis une offre politique nouvelle, qui n’est pas celle de François ­Hollande. J’ai fait le choix irréversible de proposer autre chose."  

Aux Invalides, lors de l'hommage national à Michel Rocard, le 7 juillet, le président de la République fait l'éloge de la loyauté politique de l'ancien ministre, en rappelant que "jamais, il n'a joué contre sa famille politique, même quand il a fallu qu'il s'efface devant François Mitterand en 1981 et 1988". Difficile de ne pas y voir un nouvel avertissement à l'encontre d'Emmanuel Macron. Le point de rupture n'a jamais paru aussi proche. Qui va craquer le premier ? 

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