Harkis nommés à la légion d'honneur et l'ordre du mérite : "Nous méritons les pardons de la Nation"

Boaza Gasmi, président du Comité national de liaison des harkis, a réclamé vendredi sur franceinfo au président de la République une loi-cadre concernant la situation des harkis pendant et après la guerre d'Algérie.

Un rassemblement d\'associations de harkis et fils et filles de harkis au mémorial de Rivesaltes (Pyrénées-Orientales), le 19 mars 2016.
Un rassemblement d'associations de harkis et fils et filles de harkis au mémorial de Rivesaltes (Pyrénées-Orientales), le 19 mars 2016. (MICHEL CLEMENTZ / MAXPPP)

Emmanuel Macron a promu 26 anciens combattants harkis et représentants d'associations de harkis dans les ordres de la Légion d'honneur et du Mérite, selon une publication parue au Journal officiel, vendredi 21 septembre. Pour Boaza Gasmi, président du Comité national de liaison des harkis depuis 2009, cette reconnaissance arrive trop tard, car "il aurait fallu leur donner la Légion d'honneur quand ils avaient fini la guerre"

franceinfo : Comment accueillez-vous cette vingtaine de nominations à la légion d'honneur et à l'ordre du Mérite ?

Boaza Gasmi : Une décoration fait toujours plaisir et honneur, mais aujourd'hui les harkis sont en fin de vie. Il aurait fallu leur donner la Légion d'honneur quand ils avaient fini la guerre. Aujourd'hui, le plus jeune des harkis a 80 ans. C'est un peu tard. Notre combat, pour être franc, c'est une vraie reconnaissance et une vraie réparation. Les décorations, ce n'est pas ce qui va enlever la souffrance des harkis. Il aurait fallu que, dès le départ, les harkis soient insérés dans la vie sociale de façon qu'ils puissent réussir, comme leurs enfants et leurs petits-enfants. Malheureusement, cela n'a pas été le cas et la souffrance est sur trois ou quatre générations. Nous méritons plus qu'une Légion d'honneur. Nous méritons les pardons de la Nation.

Que demandez-vous exactement au président Macron ?

Déjà, de faire une déclaration. En 2016, avant de quitter ses fonctions de président de la République, François Hollande a déclaré officiellement la responsabilité de l'État français dans le malheur des harkis et dans le massacre. Aujourd'hui, Emmanuel Macron, qui n'a connu aucune guerre, devrait mettre en place une loi-cadre pour arriver à une réparation. Le terrain lui a été labouré, il ne lui reste plus qu'à semer. S'il veut marquer la page de l'histoire de la nation française, il faut qu'il reconnaisse et qu'il répare. Mais une vraie réparation, financière.

Jeudi dernier, Emmanuel Macron a reconnu la mort sous la torture du communiste Maurice Audin pendant la guerre d'Algérie. N'essaie-t-il pas de faire avancer la mémoire de cette guerre ?

On reconnaît une personne et on laisse des centaines de milliers de personnes de côté. Je ne comprends pas. Les harkis étaient des citoyens français, des soldats de l'armée française. Ils ont subi. C'est une vérité que personne ne peut nier. Il faut qu'aujourd'hui la nation française reconnaisse une bonne fois pour toute. Les politiques doivent avoir le courage de reconnaître parce que, s'ils reconnaissent, ils seront obligés de réparer.