Popularité d'Emmanuel Macron : après l'affaire Benalla, on a tenté de comprendre pourquoi les sondages disent tout et son contraire

Depuis le début de l'affaire qui secoue l'entourage du chef de l'État, six sondages sur la popularité du président ont été réalisés, avec des résultats contradictoires.

Le président de la République, Emmanuel Macron, le 20 juillet 2018 à l\'Elysée.
Le président de la République, Emmanuel Macron, le 20 juillet 2018 à l'Elysée. (LUDOVIC MARIN / AFP)

"Macron au plus bas après l'affaire Benalla", "Macron évite le crash dans les sondages", "La confiance en Macron remonte légèrement"... Depuis que l'affaire Benalla a éclaté, le 18 juillet, vous avez peut-être lu tout et son contraire à propos de la popularité du chef de l'Etat, dans les journaux et sur les sites d'information. Franceinfo n'a pas échappé à la règle, comme nous l'a fait remarquer un internaute sur Twitter.

Alors qu'en est-il vraiment ? Pourquoi tant d'informations contradictoires, et quel impact cette affaire a-t-elle réellement eu sur la popularité d'Emmanuel Macron ? Franceinfo tente d'y voir plus clair.

Depuis la parution de l'article du Monde, le 18 juillet au soir, jusqu'au 3 août, pas moins de six baromètres de popularité du président ont été publiés, par autant d'instituts de sondage différents. Or, ces six sondages ont donné des résultats divergents, la plupart faisant état d'une baisse de la popularité du président, d'autres relevant au contraire une hausse.

Plusieurs raisons peuvent expliquer ces variations. Il y a d'abord les différences de dates. En deux semaines, la polémique est passée par différentes phases, certaines particulièrement défavorables au chef de l'Etat, et d'autres où il semblait avoir limité la casse.

Une suite de sondages contradictoires

Le premier sondage à sortir, de l'institut BVA, a été réalisé sur une période commençant quelques heures avant le début de l'affaire et se terminant le lendemain. Il n'a donc sans doute pas pu réellement évaluer l'effet de ce scandale sur l'opinion. Quelques jours plus tard, le baromètre Ipsos, réalisé en pleine tempête (les 20 et 21 juillet), a mesuré une chute de quatre points de la popularité d'Emmanuel Macron, à 32%, soit le niveau le plus bas enregistré par cet institut depuis son élection.

Mais un sondage Harris Interactive (réalisé du 24 au 26 juillet) est ensuite venu jeter le trouble, enregistrant une hausse de deux points par rapport au mois dernier. "Ce sondage a été réalisé en grande partie juste après l'intervention d'Emmanuel Macron devant les députés LREM", note Jean-Daniel Lévy, de l'institut qui a publié ce sondage positif pour le chef de l'État.

Pour autant, la chronologie des événements ne peut expliquer à elle seule ces variations, puisqu'une enquête YouGov réalisée quasiment aux mêmes dates a mis en évidence une baisse de cinq points. Quant au sondage de l'Ifop paru dans le JDD du dimanche 29 juillet, il a fait état d'une baisse d'un point. Mais l'enquête a été réalisée en deux vagues : la première (18 et 19 juillet) donnant une hausse d'un point, la seconde (25 et 27 juillet, donc quelques jours après le début de l'affaire) révélant une chute de quatre points.

L'image de Macron plus détériorée que sa capacité à agir ?

Il est en réalité très compliqué de faire dire des choses précises à tous ces chiffres. "Sur ce genre d'événements, il faut regarder la série sur un temps plus long", décrypte pour franceinfo le directeur général d'OpinionWay, Bruno Jeanbart, qui souligne que d'un institut à l'autre, les périodes de référence ne sont les mêmes. Certaines enquêtes paraissent en début de mois, d'autres en fin de mois, d'autres en milieu de mois.

Une autre explication peut être avancée : la question posée aux personnes interrogées peut varier de manière assez sensible. Grâce au tableau ci-dessus, on se rend compte que plus la question est générale et courte, du type "Quel jugement portez-vous sur l'action d'Emmanuel Macron ?", plus la chute est sévère (sauf dans le sondage Ifop au tout début de l'affaire).

C'est tout l'inverse avec une question qui insiste sur le contenu de la politique menée, comme "Faites-vous confiance ou pas confiance au président de la République, Emmanuel Macron, pour affronter efficacement les principaux problèmes qui se posent au pays ?". Comme si l'affaire Benalla avait d'abord abîmé l'image du président plutôt que la perception de sa politique économique ou internationale.

Des conséquences limitées... pour le moment

Enfin, il est utile de rappeler qu'il ne faut pas surinterpréter les résultats de ces enquêtes d'opinion. "Des variations de moins de trois points, que ce soit à la hausse ou à la baisse, ne sont pas statistiquement significatives", rappelle Bruno Jeanbart, puisqu'elles se situent dans la marge d'erreur des sondages.

En résumé, il est difficile de dire avec certitude si l'affaire Benalla a vraiment affecté la popularité du chef de l'Etat. "Tous les observateurs s'attendaient à des chutes de 10 points, ce n'est pas ce que nous avons observé, pointe Jean-Daniel Lévy. Ce qu'on peut dire, c'est que cette affaire a pour le moment eu très peu d'effets sur la confiance accordée au président."

Mais ce qui n'est pas visible aujourd'hui le sera peut-être demain. "Les effets d'une telle affaire ne sont pas forcément immédiats, ils peuvent agir comme un poison lent", poursuit le sondeur, citant l'exemple de l'affaire Cahuzac, qui n'avait dans un premier temps pas fortement affecté les courbes de popularité de François Hollande.