"Je me disais, un jour, il y aura un clash majeur" : le gérant de l'ancien QG d'En Marche ! raconte plusieurs altercations avec Alexandre Benalla

Gilles de Laclause, qui a loué à Emmanuel Macron l'immeuble pour sa campagne présidentielle, a déjà eu plusieurs altercations avec Alexandre Benalla. Il a confié mercredi à franceinfo n'être "absolument pas" surpris de la tournure des évènements.

Alexandre Benalla à l\'aéroport Roissy-Charles de Gaulle le 16 juillet 2018.
Alexandre Benalla à l'aéroport Roissy-Charles de Gaulle le 16 juillet 2018. (THOMAS SAMSON / AFP)

En novembre 2016, Gilles de Laclause dit avoir eu deux altercations avec Alexandre Benalla, qui était alors bénévole pour En Marche !, a appris franceinfo auprès de l'intéressé, mercredi 25 juillet, confirmant une information du Canard Enchaîné"J'ai eu une première prise de bec avec M. Benalla. Il s'est montré agressif au téléphone. C'était très difficile de fonctionner avec lui", témoigne-t-il sur franceinfo. "J'ai fait part de l'incident à des personnes d'En Marche !. Ils m'ont dit 'c'est qu'un bénévole, pour l'instant c'est personne'".

Gilles de Laclause a alerté En Marche ! après deux incidents 

Un autre jour, "j'avais posté des agents de sécurité en bas de l'immeuble" loué à Emmanuel Macron pendant la campagne présidentielle, raconte Gilles de Laclause. "Un de mes agents lui a demandé qui il était, et il s'est emporté aussitôt. Je descends, et il s'emporte aussi contre moi, en mode 'je vais te péter la gueule'. Il me sort une carte tricolore, expliquant qu'il travaille pour les services du Premier ministre. Il menace d'appeler la police, ce que j'ai fait moi-même. À l'arrivée de la police il était parti". Gilles de Laclause décide de ne pas porter plainte, mais demande aux responsables d'En Marche ! de ne plus laisser entrer Alexandre Benalla dans l'immeuble.

Compte-tenu des incidents qu'il relate, Gilles de Laclause ne se dit "absolument pas", surpris par l'affaire de violences qui implique Alexandre Benalla lors de la manifestation parisienne du 1er-Mai.

"Je me disais, un jour il y aura un clash majeur avec Alexandre", assure-t-il. "Tout le monde savait [...] qu'il était sujet à des coups de gueule. Après il y avait deux attitudes : soit il y avait déjà des gens qui n'acceptaient pas, ce qui était mon cas, et il y avait des gens qui minimisaient en disant 'il est excellent, il est juste un peu chien fou, un jeune'".

Tout le monde savait qu'Alexandre était sanguin.Gilles de Laclauseà franceinfo

Gilles de Laclause dit ne pas vouloir accabler Alexandre Benalla, et pointe du doigt la défaillance d'un système qui n'a pas su l'arrêter. "Dès le départ il fallait que cette personne soit bien orientée", poursuit-il. "Moi, j'avais bien vu qu'il avait des faiblesses et des lacunes. Il se disait expert en sécurité. Quand on a visité l'immeuble, je n'avais pas l'impression d'avoir un expert en face de moi. Pour moi il était un bénévole de la campagne, qui rendait des coups de main".

Selon Gilles de Laclause, "il y a beaucoup de gens qui pouvaient le recadrer, le remettre sur les bons rails, mais que pris dans le tourbillon de la campagne puis de l'organisation du pouvoir, il s'est retrouvé en électron libre".

Je pense qu'il n'était pas assez formé, pas assez expérimenté, pas assez encadré pour les responsabilités qui ont été les siennes dès le début de la campagneGilles de Laclauseà franceinfo

"Tous les témoins d'alerte ont pété", renchérit Gilles de Laclause. "Pour moi c'est un peu l'affaire Kerviel. C'est le gars qui est là, et qui ne devrait pas être là. Tout le monde le laisse faire parce que tout le monde pense qu'il est brillant. À un moment ça dérape, et c'est la catastrophe". "Ça me fait aussi penser à Fukushima. On sait plus quoi faire car on a trois cas non conformes en même temps : un tsunami, un tremblement de terre et un accident nucléaire".

"Il y a une succession de gens qui pouvaient dire 'non', qui laissent faire parce qu'ils pensent que c'est le voisin qui va le faire à leur place. On le voit dans les auditions", renchérit Gilles de Laclause, "peut-être que personne n'a osé rien dire en pensant 'je vais être mal vu à l'Elysée".

"Je ne suis pas surpris que quelque chose comme ça éclate, et je dirais même, quelque part, je suis soulagé que ça ne soit pas encore plus grave", conclut Gilles de Laclause.