Cinq questions sur Ludovic Chaker, l'homme de l'ombre de l'Elysée qu'Alexandre Benalla continue de fréquenter

Selon Mediapart, ce chargé de mission auprès du chef d'état-major particulier du chef de l'Etat et historique du parti En marche ! a continué à voir Alexandre Benalla après son licenciement de l'Elysée.

Le Palais de l\'Elysée, le 14 novembre 2018.
Le Palais de l'Elysée, le 14 novembre 2018. (LUDOVIC MARIN / AFP)

Son nom ressort une nouvelle fois dans l'affaire Benalla. Ludovic Chaker est au cœur des nouvelles révélations publiées, jeudi 31 janvier, par Médiapart qui dévoile plusieurs enregistrements entre Alexandre Benalla et Vincent Crase. L'ancien chargé de mission à l'Elysée et le gendarme évoquent l'enquête, la pression médiatique mais aussi le supposé soutien du président de la République à Alexandre Benalla. Et un autre personnage surgit également dans cette enquête : Ludovic Chaker. Franceinfo fait le point sur ce que l'on sait de ce chargé de mission à l'Elysée.

Qui est Ludovic Chaker ? 

Inconnu du grand public, il a fait l'objet de peu d'articles de presse. Cet homme de 39 ans est pourtant un très proche d'Alexandre Benalla. Il est chargé de mission auprès du chef d'état-major particulier du chef de l'Etat. Surtout, selon les révélations de Mediapart, Ludovic Chaker est l'un des rares personnages de l'Elysée à avoir continué à fréquenter Alexandre Benalla après son licenciement. 

Selon Le Monde, daté du 24 juillet, Ludovic Chaker "s'occuperait du renseignement et du terrorisme auprès du chef de l'Etat". Et le journal de s'étonner : "le président dispose pourtant d’un très officiel coordinateur national du renseignement et de la lutte contre le terrorisme (CNRLT), Pierre de Bousquet de Florian, ancien patron de la direction de la surveillance du territoire (DST)". D'ailleurs, "pas davantage que celui d’Alexandre Benalla, le recrutement de Ludovic Chaker n’a fait l’objet d’une annonce dans le Journal officiel."

Pourquoi son nom apparaît-il dans l'affaire Benalla ?

Malgré son licenciement et ses ennuis judiciaires, les ponts ne sont pas coupés. Alexandre Benalla continue d'entretenir des liens avec l'Elysée, notamment avec Ismaël Emelien, le conseiller spécial d'Emmanuel Macron. L'homme se targue même, fin décembre, d'échanger régulièrement avec le président de la République. Il a pourtant été mis en examen pour "violences volontaires" après la diffusion d'enregistrements vidéos authentifiés par Le Monde du 18 juillet le montrant en train de molester des manifestants en marge des rassemblements du 1er-Mai à Paris. Mis à pied du 4 au 22 mai et rétrogradé pour ces faits, Alexandre Benalla a fait l'objet d'une procédure de licenciement de l'Elysée le 20 juillet.

Malgré cela, Ludovic Chaker reconnaît "avoir à plusieurs occasions, le temps d'un café" revu Alexandre Benalla après son éviction, écrit Médiapart. "Pour s'assurer qu'il allait bien et parler de l'affaire, de manière informelle", explique-t-il.

Les deux comparses se sont même croisés lors d'un dîner dans un restaurant à Paris, le 13 novembre, relate le site d'investigation. "Il est passé parce qu’on lui avait envoyé un selfie, Chaker et moi. On prenait souvent de ses nouvelles, à ce moment-là, il avait juste été sorti de l’Elysée pour son coup de force place de la Contrescarpe", assure l'un des convives, l'ancien député PS, Nicolas Bays. Ludovic Chaker témoigne pourtant auprès de Mediapart de sa "gêne" après l'irruption d'Alexandre Benalla, affirmant que "ce n'était pas du tout prémédité"

Bien avant cette soirée du 13 novembre et ses "cafés" avec Alexandre Benalla, Ludovic Chaker a également joué un rôle plutôt obscur lors de la fameuse nuit du 18 au 19 juillet. Des fonctionnaires de la préfecture de police avaient repéré des images de vidéosurveillance du 1er-Mai susceptibles d'aider Alexandre Benalla. Attablé dans un bar à chicha, près de l'Elysée, ce dernier avaient reçu ces images gravées sur un CD-ROM des mains de Jean-Yves Hunault, officier de liaison entre la préfecture de police et l'Elysée, raconte Le Monde. "Tout au long de la soirée, le policier est aussi pendu au téléphone avec Ludovic Chaker", écrit le quotidien du soir. 

Quel est son lien avec Alexandre Benalla ? 

Les deux hommes se connaissent très bien. C'est Ludovic Chaker qui a recruté Alexandre Benalla, alors simple bénévole, comme salarié d'En marche ! et plus précisément comme directeur de la sécurité du candidat Macron, détaille Le Monde. Le jeune homme lui a été recommandé par des "contacts dans le milieu de la sécurité". Le quotidien cite ainsi ce mail datant de décembre 2016 et qui a fuité lors des MacronLeaks. "Recrutement d'Alexandre vu avec JMG et Ludo", peut-on lire. Ludo, c'est Ludovic Chaker et JMG, ce sont les intiales de Jean-Marie Girier, directeur de campagne d'Emmanuel Macron et à présent chef de cabinet de Richard Ferrand, président de l'Assemblée nationale. 

Lors de la campagne, les rôles sont bien répartis entre Alexandre Benalla et Ludovic Chaker. "Le premier organise les meetings, parfois en haussant le ton, le second les sécurise. 'Ludo' a le privilège de tenir compagnie au candidat dans sa loge, souvent seul avec Brigitte Macron et Sibeth Ndiaye, 'Alex' l’escorte au milieu de la foule", écrit Le Monde. Lorsqu'Emmanuel Macron accède à l'Elysée, les deux amis travaillent de nouveau ensemble. "Ils suivaient ensemble et de près le projet de réforme du dispositif de sécurité du palais, visant à remplacer les gendarmes et policiers du groupe de sécurité de la présidence de la République (GSPR) par une direction de la sécurité de la présidence de la République, future DSPR, une structure ne répondant qu’aux ordres du chef de l’Etat", assure Le Monde

Comment est-il arrivé dans l'entourage de Macron ? 

Celui qui est surnommé le "ninja" pour sa pratique des arts martiaux et son amour de la culture asiatique a, à 39 ans, un parcours déjà bien rempli. Après des études de chinois, de sciences politiques et de communication, Ludovic Chaker occupe d'abord un poste de chargé de la coopération universitaire au consulat de France à Shanghaï, indique Le Monde. Il crée une petite entreprise de conseil, puis devient un temps directeur de cabinet de Philippe Le Breton, maire socialiste de Joué-lès-Tours (Indre-et-Loire).

Lors des élections législatives de 2012, il se présente même comme candidat indépendant dans la 11e circonscription des Français de l'étranger, qui couvre la Russie, l'Asie et l'Océanie. Son score : 1,99%. Pire, ses comptes de campagne n'ayant pas été validés par un expert-comptable agréé, ils sont rejetés. Le Conseil constitutionnel le déclare inéligible pendant un an. Dernière particularité sur ce mystérieux personnage : cet ancien militaire du 44e régiment d'infanterie aurait travaillé pour la DGSE pendant quelques années, selon Le Monde. Une information qu'il n'a ni démentie ni confirmée auprès du quotidien.

Il doit son arrivée à En marche ! à Ismaël Emelien. C'est au Caire, en 2007, que les deux hommes se rencontrent. Le futur conseiller spécial d'Emmanuel Macron a choisi d'apprendre l'arabe dans ce pays lors de son année à l'étranger à Sciences Po. Au même moment, Ludovic Chaker est, lui, responsable des échanges et partenariats avec l'Asie, le Pacifique, l'Afrique et le Moyen-Orient de la prestigieuse école. Ils ne se sont plus quittés depuis. Début 2016, Ismaël Emelien devient "directeur de la stratégie" d'En marche ! tandis que Ludovic Chaker est nommé "directeur des opérations". Il est surtout le premier salarié du parti.