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Ce que l'on sait de Vincent Crase, ce proche d'Alexandre Benalla également mis en examen

Cet agent de sécurité, ancien réserviste de la gendarmerie, se retrouve à son tour au cœur de l'enquête sur l'affaire Benalla, après la publication de nouvelles images  l'incriminant.

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A gauche, Vincent Crase, agent de sécurité de LREM, le 1er mai 2018, lors d'une interpellation, place de la Contrescarpe, à Paris. (NAGUIB-MICHEL SIDHOM / AFP)

Il est le deuxième homme de l'affaire Benalla. Vincent Crase est gendarme réserviste et salarié du parti présidentiel La République en marche (LREM). Il accompagnait Alexandre Benalla, place de la Contrescarpe, le 1er mai. Son nom a été très tôt évoqué dans l'affaire révélée par Le Monde, puis un peu perdu de vue, dans le tourbillon des commissions d'enquête focalisées sur le rôle d'Alexandre Benalla auprès d'Emmanuel Macron.

Vincent Crase a été mis en examen pour "violences en réunion par personne chargée d'une mission de service public", "immixtion dans l'exercice d'une fonction publique" et "port prohibé" d'une arme à feu. S'il ne s'est pas exprimé publiquement, il se trouve à nouveau au cœur de l'enquête, après la publication d'une nouvelle vidéo le mettant en cause et l'audition de Christophe Castaner, patron de LREM, qui a annoncé avoir lancé une procédure de licenciement à son encontre, au Sénat, mardi 31 juillet.

Pourquoi parle-t-on de Vincent Crase dans l'affaire Benalla ?

Dans les vidéos de la place de la Contrescarpe, le 1er mai, Vincent Crase est facilement identifiable, avec ses lunettes de soleil remontées sur son crâne rasé, barbe brune et arme à la ceinture. D'abord un peu en retrait, il est en fait très actif dans l'interpellation brutale du couple de manifestants : c'est lui qui traîne au sol le jeune homme, en le menaçant de sa main droite.

Vincent Crase, lors de l'interpellation de la place de la Contrescarpe, le 1er mai 2018. (FRANCE 3)

Vincent Crase est aussi impliqué dans une autre interpellation, plus tôt, dans le Jardin des plantes, dont les images ont été publiées par Libération. Cette interpellation a donné lieu, lundi, à l'ouverture d'une nouvelle enquête. Sur la vidéo, Vincent Crase porte un brassard "police" et donne des ordres à des manifestants qui essaient de s'éloigner du défilé.

Enfin, un homme ressemblant beaucoup à Vincent Crase est également bien visible sur d'autres images, révélées par franceinfo, et tournées également au Jardin des plantes. On le distingue, tenant par le bras un manifestant, avec Alexandre Benalla.

A droite, Vincent Crase, dans le Jardin des Plantes, à Paris, le 1er mai 2018. (FRANCEINFO)

Quel est son parcours ?

Comme Alexandre Benalla, Vincent Crase est réserviste de la gendarmerie, basé dans l'Eure. Il a également "baroudé dans la sécurité privée", explique Libération. Il aurait obtenu en 2013 une carte professionnelle de détective privé, auprès du Conseil national des activités privées de sécurité (Cnaps), précise le quotidien, puis, en 2014, une carte de "protection physique des personnes". Il peut donc exercer comme garde du corps. Il a ainsi été recruté par En marche !, en 2016, comme Alexandre Benalla. 

Vincent Crase connaît bien Alexandre Benalla. Selon Le Monde, "il a d'abord été son supérieur lors d'une formation, avant de devenir son collaborateur durant la campagne présidentielle". Les deux hommes ont d'ailleurs créé ensemble une Fédération française de la sécurité privée, rapidement dissoute. D'après les "Macron Leaks", cités par le quotidien, le réserviste a aussi travaillé au service de la sécurité d'Emmanuel Macron pendant sa campagne présidentielle, en 2017.

Selon l'enquête de Libération, Vincent Crase n'est pas habilité à diriger de société de sécurité privée. Il peut donc être salarié, mais n'a en théorie pas le droit de fournir ses services en tant que prestataire. "C'est pourtant bien ce qu'il semble avoir fait lors de la campagne, selon deux factures adressées à En marche et contenues dans les Macron Leaks", affirme Libération.

Il a également été "très ponctuellement mobilisé, comme d'autres réservistes, par le commandement militaire de la présidence de la République", selon le porte-parole de l'Elysée, Bruno Roger-Petit. L'Elysée a immédiatement mis fin à cette collaboration après les événements du 1er mai.

Quel rôle tient-il à La République en marche ?

Christophe Castaner, patron de LREM et supérieur hiérarchique de Vincent Crase, l'a d'abord présenté, le 19 juillet sur CNews, comme un "agent d'accueil". Il avait assuré à l'époque ne pas avoir d'éléments suffisants pour licencier Vincent Crase, après la diffusion des images de la Contrescarpe. Lors de son audition devant la commission d'enquête du Sénat, le délégué général du parti présidentiel a précisé que Vincent Crase était "l'un des agents en charge de l'accueil et de la sécurité au siège de la République en marche" en tant que "responsable adjoint sûreté et sécurité (...) sous l'autorité d'un chef de sécurité".

Que faisait-il dans la manifestation du 1er-Mai ?

Contrairement à Alexandre Benalla, Vincent Crase n'avait pas le statut d'observateur des opérations des forces de l'ordre, ce jour-là. "Il est venu de manière informelle sur la suggestion de Benalla", selon Christophe Castaner. Selon Libération, en effet, "sa présence n'avait pas été déclarée à la direction de la préfecture de police de Paris"

Vincent Crase n'était pas non plus associé au dispositif au titre de ses fonctions de gendarme réserviste, a indiqué à Libération le ministère de l'Intérieur. C'est pourtant l'explication qu'il a donnée à Christophe Castaner, le 2 mai. "Lors de cet entretien, il a indiqué avoir agi comme gendarme réserviste", a déclaré sous serment le patron de LREM, mardi.

A-t-il été sanctionné ?

Vincent Crase s'est vu infliger dans un premier temps une suspension de quinze jours pour avoir participé, le 1er mai, aux opérations des forces de l'ordre sans y être autorisé, comme Alexandre Benalla. "Bien que ces faits se soient déroulés hors de son cadre de travail à La République en marche, j'ai souhaité le sanctionner parce que je considère grave ce qu'il s'est passé", a déclaré Christophe Castaner devant le Sénat. Vincent Crase a donc été suspendu du 4 au 18 mai, sans "suspension de salaire", précise le délégué général de LREM.

Mardi, Christophe Castaner a annoncé avoir lancé une procédure de licenciement à l'encontre de Vincent Crase. "J'ai adressé vendredi 20 juillet à Vincent Crase un courrier lui indiquant que La République en marche lançait une procédure de licenciement à son encontre fondée sur le trouble objectif au fonctionnement de l'association et sur l'atteinte portée à son image", a détaillé Christophe Castaner. Il a dit assumer "un risque de contentieux devant les prud'hommes", car Vincent Crase a techniquement déjà été sanctionné pour les mêmes raisons.

A-t-il le droit de porter une arme ?

Sur les images de la place de la Contrescarpe, Vincent Crase porte à la ceinture un holster, qui semble contenir une arme de poing, dont la crosse déforme sa veste. Il ne dispose pourtant pas d'une autorisation de port d'arme, selon les informations de Libération, ce qui lui vaut une mise en examen pour "port prohibé d’arme de catégorie B".

Dans un rapport de l'Inspection générale de la police nationale (IGPN), également cité par Libération, il est précisé que Vincent Crase bénéficiait d'une autorisation dans le cadre de la campagne présidentielle, mais que celle-ci est "caduque" depuis juin 2017.

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