Présidentielle 2017 : le député européen Yannick Jadot sera le candidat d'Europe Ecologie-Les Verts

Ce candidat méconnu du grand public, pourfendeur des traités Ceta et Tafta au Parlement européen, sera le candidat des écologistes à la présidentielle 2017.

Le candidat à la primaire écologiste Yannick Jadot durant une conférence à Paris le 2 novembre 2016.
Le candidat à la primaire écologiste Yannick Jadot durant une conférence à Paris le 2 novembre 2016. (CITIZENSIDE/PATRICE PIERROT / CITIZENSIDE)

Il portera les couleurs d'Europe Ecologie-Les Verts à la présidentielle 2017. Yannick Jadot a remporté, lundi 7 novembre, la primaire écologiste, en battant Michèle Rivasi (54,25% contre 40,75%). Peu connu, le député européen de 49 ans, venu à la politique par l'activisme associatif, souhaite incarner le "renouveau de l'écologie politique".

"Le récit de l'écologie que je vous propose de porter ensemble pour l'élection présidentielle est profondément subversif, exaltant et pragmatique: mobiliser les énergies vitales de la société pour nous réconcilier avec la nature et avec l'avenir, pour nous réconcilier entre nous, pour nous réconcilier avec nous-mêmes !", a déclaré l'heureux élu après sa victoire.

Pour savoir qui est vraiment Yannick Jadot, franceinfo se penche sur quatre de ses punchlines qui illustrent autant de facettes du personnage.

"L'Europe, cette petite mondialisation libérale et technocratique"

Député européen depuis 2009, Yannick Jadot est, comme son ami Daniel Cohn-Bendit, un europhile convaincu, persuadé que sur l'économie comme sur le climat, "on ne pourra rien faire seul". Mais il ne veut pas de cette Europe "ultralibérale", "cette petite mondialisation technocratique et austéritaire", explique-t-il à franceinfo.

C'est cette Europe qu'il a fustigée au Parlement européen, le 27 octobre. La vidéo de son discours, postée sur son compte Facebook, est rapidement devenue virale, enregistrant près de 1,5 million de vues. Yannick Jadot parle d'un "coup de bol", mais dans son entourage, on jubile : "C'est plus qu'un discours d'Obama", se félicite-t-on.

Après une charge sur le traité Europe-Canada (Ceta), qui favoriserait les sables bitumineux, les gaz de schiste et l'élevage intensif, Yannick Jadot s'en prend au "modèle européen" de Donald Tusk, président du Conseil européen, synonyme "de circulation sans entrave des biens, des marchandises, des investissements, mais des barbelés, des camps et des murs pour les personnes". Il l'accuse au passage "de dérouler le tapis rouge de l'extrême droite et des nationalismes".

S'il sait lever la voix, Yannick Jadot bosse aussi ses dossiers - en particulier le traité transatlantique et le climat - et il est l'un des députés les plus assidus à Bruxelles. Ce bon élève n'hésite pas à tacler les absentéistes qui "occupent un emploi fictif". Comme Jean-Luc Mélenchon, par exemple.

Mais l'Europe ne suscitant pas un grand intérêt chez les Français, Yannick Jadot reste peu exposé médiatiquement. Et ne bénéficiant pas de mandat national, "il n'est pas un bon client de la salle des quatre colonnes", résume Alexis Braud, son assistant parlementaire. 

"Je suis pour une désobéissance civile pacifique"

Comme sa rivale Michèle Rivasi, Yannick Jadot vient du milieu associatif. Il est identifié par les militants comme un homme qui a mis les mains dans le cambouis. "C'est de là que je tire ma légitimité d'élu", assure-t-il auprès de franceinfo.

Yannick Jadot "est monté dans des zodiaques pour sauver les baleines", affirme un militant dans une vidéo du Huffington Post. L'intéressé corrige : pas de zodiaque, mais il s'est déjà attaché à l'ancre d'un bateau abordé par le Rainbow Warrior au large de Sète (Hérault). L'ancien directeur de campagne de Greenpeace, de 2002 à 2008, raconte d'un air un peu crâne ses faits d'armes : il explique avoir été espionné par EDF quand il était cadre chez Greenpeace (affaire pour laquelle la société a été relaxée), raconte avoir fauché des champs d'OGM avec José Bové, et rappelle qu'il a été condamné pour avoir franchi l'enceinte de la base militaire de l'Ile Longue, à Brest, dans le cadre de l'opération Plutonium.

Des frasques de jeunesse ? Pas vraiment. Dans le dossier Notre-Dame-des-Landes, le député au ton posé a renouvelé son soutien à la "désobéissance civile" – précisant "pacifique", tout de même. "Le Parlement européen, c'est moins aventureux, mais ça ne nous a pas empêché de rouvrir avec un pied-de-biche les maisons fermées par Vinci à Notre-Dame-des-Landes", se plaît-il à raconter. 

Son engagement associatif est le point de départ de son engagement politique. Déçu par le Grenelle de l'environnement, qu'il contribue à négocier mais qui n'est "pas appliqué", il se dit que "face à la crise écologique, l’offre politique est indigente" et cofonde EELV en 2008. "L'aventure a bien marché, alors beaucoup se sont rangés derrière", glisse-t-il. Huit ans plus tard, il déplore à nouveau le "hiatus" entre une écologie de terrain foisonnante et une écologie politique qui a sombré "dans les tactiques politiciennes." 

"Le paysage politique français, c'est 'Walking Dead'"

Quand on lui parle de son "déficit de notoriété", Yannick Jadot met en avant le "renouveau politique". Son pari ? "Que ma nouveauté génère curiosité et adhésion", affirme-t-il à franceinfo. Ajoutant : "Je veux sortir du règlement de comptes du sarkozysme à droite et du hollandisme à gauche." 

Persuadé que les Français veulent de nouvelles têtes et de nouvelles idées, il explique d'ailleurs à L'Obs que "le paysage politique français, c’est Walking Dead, un film de zombies, des morts-vivants qui, quels que soient leurs échecs, se relèvent toujours pour faire croire que ce sont eux qui ont la solution".

Un écueil auquel le parti qu'il a cofondé n'échappe pas, selon lui. Yannick Jadot n'a jamais digéré que Jean-Vincent Placé, Barbara Pompili et Emmanuelle Cosse quittent EELV pour devenir ministres, les accusant d'"instrumentaliser l'écologie politique à des fins d'ambition personnelle"Cette crise, et la décision de Nicolas Hulot de ne pas se présenter en 2017, l'ont poussé à se lancer dans l'aventure présidentielle.  

Ceux qui travaillent avec lui parlent d'un homme "normal, sympa, abordable". Depuis le résultat du premier tour de la primaire, Yannick Jadot, qui cultive avec soin son côté "bon camarade", assure publiquement que "Cécile Duflot paye très injustement le prix de son entrée au gouvernement". Mais dans son entourage, on glisse que l'ex-ministre du Logement est surtout sanctionnée pour avoir "servi ses intérêts personnels avant l'écologie". Bref, l'ambitieuse Cécile Duflot est peut-être connue du grand public, mais "son image est mauvaise". Le peu médiatique Yannick Jadot répète à l'envi qu'il n'est pas "marqué par les magouilles politiciennes". Sous-entendu : contrairement aux autres.

"Il n'y aura pas de président écolo en 2017"

Cette petite phrase, lancée par Yannick Jadot pendant le débat de la primaire écologiste, a suscité de nombreux commentaires, parfois à coup de notes de blog. Pour certains, elle favoriserait les candidats concurrents, comme Jean-Luc Mélenchon. Mais Yannick Jadot persiste : "Il ne faut pas qu'on passe pour de doux-rêveurs."

Pour l'eurodéputé, la candidature écologiste de 2017 servira avant tout à "faire avancer les idées de l'écologie politique dans la société française". Il ajoute : "Pour être crédible sur la sortie du nucléaire ou la fin des pesticides, il faut commencer par dire la vérité aux gens." Lucide, il ne table pas sur plus de 5% à la présidentielle - ce qui serait déjà beaucoup si l'on regarde les précédents résultats des candidats écologistes - , et attend 2022 pour une possible "recomposition politique"Mais il refuse fermement le "vote utile" pour Alain Juppé ou Emmanuel Macron : "A force de voter pour le moins pire, on fait avancer le pire", répète-t-il.

Partir perdant tout en demandant aux électeurs de voter pour lui, Yannick Jadot joue au funambule. Comme quand il affirme que l'écologie n'a "pas besoin d'homme ou de femme providentiel(le)", mais qu'il faut bien l'incarner pour la porter. Un paradoxe de plus pour Yannick Jadot, qui représente un parti anti-présidentaliste qui va quand même à l'élection présidentielle. Ce même parti "masochiste", dixit José Bové, qui a tendance à couper les têtes qui dépassent trop. Yannick Jadot espère, lui, que la sienne tiendra.