Présidentielle 2017 : les quatre obstacles que doit franchir Yannick Jadot dans sa course à l'Elysée

Méconnu du grand public, le candidat investi lundi par EELV doit faire face à une série de problèmes qui risquent de perturber sa campagne.

Le candidat écologiste à la présidentielle Yannick Jadot, le 7 novembre 2016 au siège du parti à Paris. 
Le candidat écologiste à la présidentielle Yannick Jadot, le 7 novembre 2016 au siège du parti à Paris.  (TRISTAN REYNAUD/SIPA)

Porter le drapeau du renouveau de l'écologie politique lors de la prochaine présidentielle. La tâche est lourde pour Yannick Jadot, investi lundi 7 novembre par son parti pour le scrutin de 2017, même si l'eurodéputé EELV assure s'en sentir capable. Méconnu du grand public, cet ancien de Greenpeace doit désormais éviter une série d'embûches qui pourraient potentiellement lui barrer la route qui mène à la présidentielle. 

Entre crise du parti, galère des parrainages et problème de financement, franceinfo revient sur les principaux écueils qui pourraient plomber la candidature de Yannick Jadot.

1Reconstruire un parti en ruine

Il a observé depuis son siège de parlementaire européen la décomposition et l'éclatement de son parti. Après le remaniement en début d'année, qui a vu l'entrée de ministres verts au sein du gouvernement et la disparition du groupe écologiste à l'Assemblée nationale en mai, Yannick Jadot hérite d'un champ de ruine pour mener la bataille présidentielle.

Classé à droite par une partie des adhérents,Yannick Jadot doit également fédérer toutes les familles de l'écologie. Une tâche à laquelle s'est déjà attelé l'eurodéputé dans l'entre deux tours de la primaire EELV. Candidate malheureuse, Karima Delli, incarnant l'aile gauche du parti, l'a rallié, tout comme plusieurs soutiens de l'ancienne ministre désavouée Cécile Duflot. Au sein d'EELV, on veut croire aux vertus de la campagne du candidat. "Il a la capacité d'élargir le champ de l'écologie et il doit maintenir ce discours ouvert et tolérant pour parler à toute la société", explique au Figaro le député européen Pascal Durand, proche de Nicolas Hulot.

2Résoudre les problèmes de financement 

"Nous sommes criblés de dettes, on ne s'en relèvera pas. Il faut euthanasier EELV pour apurer les comptes et créer quelque chose de nouveau", soupirait un cadre du parti, interrogé par le Journal du dimanche lorsque la secrétaire nationale Emmanuelle Cosse intégrait le gouvernement en février.

Contraints aux appels aux dons dans la fédération Nord-Pas-de-Calais-Picardie après une sévère banqueroute aux élections régionales de 2015, les finances du parti écologiste n'ont jamais été autant dans le rouge. Face à une perte sèche d'élus régionaux, dont les cotisations servent à financer leur parti, Yannick Jadot est contraint de mener une campagne low-cost. Sans parler de la frilosité des banques qui rechignent à prêter de l'argent à un "client à risques", qui pourrait ne pas dépasser les 5% à la présidentielle. Un seuil qui permet d'être remboursé de se frais de campagne. 

3Décrocher les 500 parrainages

C'est l'autre nerf de la guerre de la présidentielle. Pour Yannick Jadot, la course aux 500 parrainages commence dès à présent. Un casse-tête auquel même Jean-Luc Mélenchon, pourtant crédité entre 10% et 15% des intentions de vote pour 2017, doit faire face

Les signatures d'élus, "c'est tout le temps compliqué", reconnaît de son côté le secrétaire national d'EELV, David Cormand, qui confie que son "emploi du temps, pendant les six mois qui viennent, c'est d'aller chercher les parrainages". Selon ses calculs, il y aurait actuellement 270 élus EELV ou apparentés, donc "un potentiel de 270 signatures". Une centaine de moins qu'en 2011, en raison des différents revers électoraux du parti sous le quinquennat de François Hollande. 

Convaincre au-delà des cercles écologistes est donc un impératif pour Yannick Jadot. Un défi de taille quand de nombreux thèmes portés par EELV sont contestés par une partie de l'arc politique français.

4Gérer la question des alliances avec le PS

Porte-parole de la campagne présidentielle d'Eva Joly en 2012, Yannick Jadot avait quitté le navire, reprochant  à la candidate de ne pas avoir ménagé suffisamment Solférino. Malgré 2,31% des suffrages, EELV avait, grâce à un accord avec le PS, envoyé 17 députés à l'Assemblée nationale. Cinq ans plus tard, Yannick Jadot nie en bloc tout accord passé avec les socialistes en vue des prochaines législatives.

Je n'ai jamais passé d'accord avec les socialistes, aucun de mes mandats n'a un lien avec les socialistes, je n'ai jamais bidouillé des trucs avec les socialistes, je ne vais pas commencer maintenant.Yannick Jadotdans une lettre adressée aux membres du Conseil fédéral d'EELV

Pour autant, des cadres du parti s'interrogent sur les intentions de leur candidat d'aller "jusqu'au bout" de la présidentielle. En coulisses, certains craignent que ce dernier ne cède aux sirènes du "rassemblement de la gauche", prôné par Arnaud Montebourg, François Hollande ou encore Manuel Valls, en embuscade si le président sortant venait à renoncer à une candidature en 2017.

Lucide, Yannick Jadot sait que ses chances pour la prochaine présidentielle sont, quoi qu'il arrive, infimes. Pour ne pas dire inexistantes"Je ne crois pas qu'il y aura un président écologiste en 2017, je pense que si nous voulons reconquérir l'électorat, c'est par la crédibilité de notre discours, la crédibilité de nos solutions sur le climat, sur la démocratie, sur les inégalités", a-t-il lancé le 6 octobre, lors du second débat télévisé de la primaire.