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Delphine Batho : "En aucun cas je n'ai manqué à la solidarité gouvernementale"

Evincée du ministère de l'Ecologie mardi pour avoir critiqué publiquement le projet de budget pour 2014, elle avait promis de "tout dire" sur "les circonstances de ce limogeage". 

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L'ancienne ministre de l'Ecologie Delphine Batho a organisé une conférence de presse à l'Assemblée nationale le jeudi 4 juillet 2013. (BENOIT TESSIER / REUTERS)

Ayrault, politique du gouvernement, manque de collégialité, fonctionnement du gouvernement... Delphine Batho flingue à tout va. Evincée du ministère de l'Ecologie mardi 2 juillet pour avoir critiqué publiquement le projet de budget pour 2014, elle avait promis de "tout dire" sur "les circonstances de ce limogeage". Lors d'une conférence de presse organisée jeudi après-midi à l'Assemblée nationale, l'ancienne ministre a réglé ses comptes.

A-t-elle commis une bourde en jugeant "mauvais" le budget préparé pour 2014 ? "Je n'ai jamais commis la moindre bourde ni le moindre couac (...) En aucun cas je n'ai manqué à la solidarité gouvernementale", a expliqué Delphine Batho. L'ancienne ministre, qui a été réélue en juin 2012 députée dans les Deux-Sèvres, a annoncé son intention de récupérer son siège à l'Assemblée nationale. Elle devrait reprendre officiellement ses fonctions le 3 août prochain.

La charge contre Ayrault 

L'ex-ministre a lourdement mis en cause Jean-Marc Ayrault : "Quelque chose a changé (...) mes demandes budgétaires sont remontées à l'arbitrage du Premier ministre qui procède aux arbitrages sans discussion directe avec les ministres concernés", a accusé Delphine Batho. "Mon éviction est aussi un message à mes ex-collègues pour leur dire que c'est fini, la collégialité au sein du gouvernement", a-t-elle lancé. "Je me suis parfaitement conformée à la Charte de déontologie [gouvernementale] que j'ai signée (...) Cette Charte prévoit la collégialité", a argumenté l'ancienne ministre ."Il n'y a pas eu débat collégial au sein du gouvernement sur les arbitrages budgétaires, comme il n'y en a plus sur tant d'autres sujets", a-t-elle dit aussi.

La charge contre la méthode du gouvernement

"Quand nous recevons nos lettres de cadrage (...), nous menons les uns et les autres une négociation budgétaire avec le ministre du Budget [Bernard Cazeneuve], puis avec le Premier ministre [Jean-Marc Ayrault] ou son cabinet pour les sujets qui n'ont pas été réglés", a précisé Delphine Batho. "Il n'y a pas de discussions collectives collégiales sur, notamment ce que tous les ministres ont découvert samedi, l'architecture des équilibres entre les différents ministères", a-t-elle accusé. Le budget 2014 "marque un tournant par rapport à la volonté de mener à bien la transition écologique. Je n'ai pas accepté ce changement en silence", a-elle expliqué.

La charge contre les "forces (...) qui voulaient ma tête"

Delphine Batho a-t-elle été remerciée pour sa critique du budget 2014 ou bien a-t-elle été victime de lobbys ? "Parce que je suis fidèle à mes engagements et à mes convictions depuis plusieurs mois, certaines puissances économiques n'acceptaient pas le niveau d'ambition que je fixais pour la transition énergétique", a expliqué Delphine Batho lors d'une conférence de presse à Paris. "Ce combat s'est cristallisé notamment que la question des gaz de schiste et plus discrètement sur la réduction de la part du nucléaire en France", a-t-elle ajouté. "Ces forces dont je parle ne se sont pas cachées de vouloir ma tête mais si le gouvernement avait été solidaire, elles n'y seraient pas parvenues", a-t-elle estimé.

La charge contre le patron de Vallourec

Dans la même logique que la dénonciation de "certaines forces économiques", Delphine Batho s'en est également pris au patron de l'entreprise de tubes en acier Vallourec, Philippe Crouzet, époux de Sylvie Hubac, directrice de cabinet du président François Hollande. "Est-il normal que le patron de l'entreprise Vallourec directement intéressé par l'exploitation des gaz de schiste ait pu annoncer ma marginalisation des semaines à l'avance devant des responsables de son entreprise aux USA ?" a-t-elle demandé. L'ex-ministre fait une référence à une information révélée par Challenges. Le magazine affirme que "le limogeage de Delphine Batho était dans les tuyaux" citant des déclarations du patron de Vallourec. En juin dernier,  Philippe Crouzet a estimé que la ministre était un "un vrai désastre". Il "avait ajouté que le problème Batho était en passé d’être réglé, car son influence au gouvernement allait désormais décroître".

La charge contre le "tournant de la rigueur qui ne dit pas son nom"

C'est une attaque en règle contre le budget 2014 et, in fine, contre la politique menée par le gouvernement. Delphine Batho dénonce également un "tournant de la rigueur qui ne dit pas son nom, et qui prépare la marche au pouvoir de l'extrême droite dans notre pays".

"Ce dont il est question, ce n'est pas d'un poste ministériel, c'est du droit de ma génération à avoir des espoirs et à agir. Le temps est venu de reprendre la main du changement, j'appelle la gauche à un sursaut en faveur de l'écologie, de l'espoir et des générations futures."

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