Banlieues : le rapport de Jean-Louis Borloo est "une bonne nouvelle" pour éviter d'aller "droit dans le mur"

Mohamed Mechmache, porte-parole d'AC le Feu, a expliqué, jeudi sur franceinfo, que le rapport sur la politique de la ville, remis par Jean-Louis Borloo, prend "le problème à la racine".

Des jeunes jouent au football, le 31 décembre 2017.
Des jeunes jouent au football, le 31 décembre 2017. (KIRILL KUDRYAVTSEV / AFP)

Jean-Louis Borloo propose la création d'un fonds de cinq milliards d'euros dans son rapport sur la politique de la ville remis, jeudi 26 avril, pour aider les quartiers prioritaires. Ce rapport est "une bonne nouvelle", selon Mohamed Mechmache, le porte-parole d'AC le Feu et président d'honneur de la coordination nationale Pas sans nous, invité de franceinfo jeudi.

franceinfo : Que pensez-vous du rapport remis par Jean-Louis Borloo au gouvernement ?

Mohamed Mechmache : Si on prend, une bonne fois pour toutes, le problème à la racine et traite les causes plutôt que les conséquences, c'est une bonne chose et une bonne nouvelle. Si on traite la question humaine et sociale, parce que jusqu'à présent c'est ce qui a manqué. Il faut absolument qu'on ait le courage en politique. Mais, maintenant que ce rapport a été remis, est-ce que le gouvernement sera en capacité d'y répondre et d'y mettre réellement les moyens ? Suffisament, en tout cas pour qu'on puisse sortir de ces quartiers qui sont assignés depuis ces 30 dernières années et qui aujourd'hui ne demandent qu'une chose : aspirer aux mêmes droits que les autres, pas plus, pas moins. Avoir accès à la culture, à la santé, pouvoir avoir une éducation normale, une sécurité normale, avoir du travail et puis entreprendre.

Un point important, pour vous, c'est de bien choisir les destinataires du fonds ?

Souvent, on nous a pointés du doigt, disant qu'on avait déjà mis beaucoup d'argent sur les quartiers populaires et que cela n'avait servi à rien, je tiens à rappeler que c'est faux. C'est juste une question de fléchage de cet argent, vers qui il va. Il faudrait s'appuyer sur les petites associations de proximité, parce qu'elles sont sur place au quotidien, 24 heures sur 24. Nous sommes aussi experts, nous avons aussi des solutions. Nous ne sommes pas un problème, nous sommes une partie de la solution. Il faut absolument qu'on arrive à travailler y compris avec les grosses associations. Il faut aussi qu'on puisse remettre en question leur façon de travailler parce qu'on ne peut pas redonner tous les moyens à ceux à qui on a donné depuis 30 ans et laisser de côté les petites associations qui œuvrent au quotidien dans les banlieues.

Faire un nouveau plan pour les quartiers prioritaires est-il nécessaire aujourd'hui ?

Il y a les mots pour séduire et les actes pour convaincre. Les acteurs associatifs s'essoufflent sur le terrain. On reste peut-être les derniers interlocuteurs, avec les élus de proximité, à pouvoir combler ce qu'on est malheureusement en train de vivre en ce moment avec la quatrième génération qui ne se bat même plus pour être française, a du mal à se reconnaître dans cette République, et à qui il faut donner un espoir de s'accrocher à quelque chose. Donc soit on saisit cette main tendue, soit, je suis désolé, à un moment ou un autre, on sera forcés de constater qu'encore une fois, malgré ce qui s'est passé il y a 30 ans avec la marche de l'égalité contre le racisme. Ou ce qui s'est passé en 2005 lors de révoltes urbaines et ce qu'on a fait avec AC le Feu - 200 000 doléances, 120 000 propositions -, le rapport de Marie-Hélène Bacqué et moi-même "pour une réforme radicale de la politique de la ville", celui de Jean-Louis Borloo, [...] : on va droit dans un mur.