Affaire Cahuzac : ce qu'il faut retenir des auditions de Taubira, Valls et Moscovici

Les ministres se sont expliqués sur d'éventuels dysfonctionnements dans la gestion de l'affaire.

Christiane Taubira, Manuel Valls et Pierre Moscovici à l\'Assemblée nationale, le 3 juillet 2012.
Christiane Taubira, Manuel Valls et Pierre Moscovici à l'Assemblée nationale, le 3 juillet 2012. (PATRICK KOVARIK / AFP)

Trois ministres interrogés en une journée. Christiane Taubira, Manuel Valls et Pierre Moscovici ont répondu aux questions des parlementaires, mardi 16 juillet, trois semaines après Jérôme Cahuzac. La commission d'enquête a pour mission d'établir d'éventuels dysfonctionnements dans l'action du gouvernement et des services de l'Etat, entre le 4 décembre 2012, date de la publication par Mediapart d'informations sur l'existence d'un compte en Suisse détenu par Jérôme Cahuzac, et le 2 avril 2013, jour de ses aveux.

"L'une des questions que nous devons trancher, c'est l'attitude du ministre de l'Economie" dans cette affaire, avait déclaré le président de la commission, Charles de Courson (UDI), lors de l'ouverture des auditions, le 21 mai. Les trois ministres ont rejeté toute idée d'un dysfonctionnement au sein du gouvernement, chacun à sa manière. Résumé de la journée.

Taubira : "La justice a bien fonctionné"

La ministre de la Justice, Christiane Taubira, a assuré que la "justice avait bien fait son travail" et qu'elle n'avait pas cherché à en savoir davantage sur le compte en Suisse de son ancien collègue du gouvernement. Visiblement agacée par les questions des parlementaires de la commission, Christiane Taubira a haussé le ton pour répéter qu'elle n'avait pas évoqué cette affaire ni avec Manuel Valls, ni avec Pierre Moscovici.

Valls : "La note de la DCRI ne citait pas Cahuzac"

Interrogé mardi après-midi, Manuel Valls a démenti avoir eu connaissance des faits reprochés à l'ancien ministre du Budget jusqu'à l'ouverture d'une enquête préliminaire par le parquet, le 8 janvier. Etait-il au courant du compte suisse de Jérôme Cahuzac ? Le ministre de l'Intérieur dit avoir reçu une note de la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI), le 19 décembre 2012, mais celle-ci "ne cite à aucun moment le nom de Jérôme Cahuzac". 

Selon lui, cette note est à l'origine de "certains articles [de presse] erronés indiquant que le ministère de l'Intérieur, le ministre de l'Intérieur, aient pu être informés en amont. Il n'en est évidemment rien." Manuel Valls a expliqué d'ailleurs que la DCRI n'avait pas ouvert d'enquête, puisque la "matière relevait des compétences" de la commission bancaire (actuelle Autorité de contrôle prudentiel).

Moscovici défend une administration "exemplaire"

A l'instar de Christiane Taubira et Manuel Valls, Pierre Moscovici a lui aussi rejeté d'éventuels dysfonctionnements. "Je n'hésite pas à redire ici que cette administration a agi sous ma responsabilité avec probité, efficacité ; bref, de façon exemplaire." Et si l'administration n'a pas retrouvé la trace du compte bancaire de Jérôme Cahuzac à l'étranger, "c'est à la fois parce que le mensonge fut d'une exceptionnelle ampleur et parce que l'information dont nous sommes partis pour étayer notre demande était non pas inexacte, mais incomplète".

Lors de cette demande d'entraide administrative, adressée fin janvier à la Suisse, la France s'est contentée d'interroger les autorités locales sur un éventuel compte de Jérôme Cahuzac chez UBS, sans imaginer qu'il existait "un autre établissement" (Reyl & Cie, dont la direction nie en bloc). Le cas échéant, Pierre Moscovici l'assure : "Nous aurions interrogé les autorités suisses sur ces deux hypothèses. La réponse aurait été différente, la vérité aurait éclaté dès la fin janvier grâce à notre action."