Soutien, embarras ou appel à la démission : la classe politique divisée sur le cas Richard Ferrand

Après la mise en examen du président de l'Assemblée nationale, Richard Ferrand, pour "prise illégale d'intérêts" dans l'affaire des Mutuelles de Bretagne, les réactions fusent, certaines tranchées, d'autres plus embarrassées.

Richard Ferrand, le président de l\'Assemblée nationale, arrive dans l\'Hémicyle pour la session de questions au gouvernement, le 4 juin 2019.
Richard Ferrand, le président de l'Assemblée nationale, arrive dans l'Hémicyle pour la session de questions au gouvernement, le 4 juin 2019. (LUCAS BARIOULET / AFP)

"Serein sur l'issue de la procédure", le président de l'Assemblée nationale, Richard Ferrand, a été mis en examen mercredi par les juges enquêtant à Lille sur l'affaire des Mutuelles de Bretagne. Il a aussitôt annoncé être "déterminé à poursuivre (sa) mission" à la tête de l'Assemblée. C'est ce que souhaite, d'une voix, la majorité, qui fait bloc. Les autres formations, elles, vacillent entre embarras, demi-soutien et prudente condamnation. À l'exception de Nicolas Dupont-Aignan, qui réclame la démission du président de l'Assemblée.

La majorité, solidaire, invoque le droit à la défense

Comme le président de la République, Emmanuel Macron, qui a assuré personnellement mercredi tout son soutien à Richard Ferrand, la majorité fait bloc autour de celui qui était là aux prémices de l'ascension du candidat Macron, duquel il reste un éminent conseiller. "Rien ne l'oblige à partir", indique jeudi Jacqueline Gourault. La ministre de la Cohésion des territoires et des Relations avec les collectivités territoriales évoque à cet égard "un président très estimé", qui a "toute la confiance du président de la République", selon la porte-parole du gouvernement Sibeth Ndiaye. "Il y a un principe intangible qui vaut pour chaque Français et qui vaut aussi pour Richard Ferrand : une mise en examen n'a jamais été une présomption de culpabilité, martèle Sibeth Ndiaye. Il n'y a aucune raison pour que le président de l'Assemblée Nationale démissionne."

Même son de cloche à l'Assemblée, où le président du groupe LREM, Gilles Le Gendre, indique que Richard Ferrand "doit rester dans ses fonctions" car "la mise en examen ne préjuge en rien de sa culpabilité".  "Je sais bien, indique Gilles Le Gendre, que la tradition politique a perverti le sens de cet élément de procédure : la mise en examen, c'est d'abord une disposition pour protéger les droits de la défense dans une procédure judiciaire". Le président du groupe LREM dans l'hémicycle se réfère ainsi à une règle appliquée par tous les gouvernements depuis les années 1990 qui veut qu'un ministre mis en examen démissionne. "Ces droits de la défense doivent être absolument protégés pour Richard Ferrand", a détaillé Gilles Le Gendre.

Le Parti socialiste réclame sa mise en retrait

Le Premier secrétaire du Parti socialiste Olivier Faure demande la mise en retrait de Richard Ferrand. Selon le socialiste, Richard Ferrand pourra revenir s'il est blanchi. "Comment expliquer qu'un ministre mis en examen démissionne mais que cette jurisprudence ne s'applique pas pour un président de l'Assemblée nationale ?", s’interroge Olivier Faure.

Le Rassemblement national condamne prudemment

La République en Marche se retrouve "en pleine contradiction" avec les "leçons données à la Terre entière" notamment pendant la campagne présidentielle de 2017, réagit de son côté jeudi le porte-parole du Rassemblement national Sébastien Chenu. Mais son parti ne demande pas la démission de Richard Ferrand. "Nous, nous avons des principes, et ils valent pour nos adversaires. Ils valaient hier pour François Fillon, ils valent aujourd'hui pour Richard Ferrand. Lorsqu'on est mis en examen, on est présumé innocent", explique Sébastien Chenu, ajoutant qu'il "peut rester en place, ce n'est pas à l'opposé de la loi".

Les Républicains doutent, partagés entre légalisme et pragmatisme

La porte-parole des Républicains Lydia Guirous estime sur RFI que la position du président de l'Assemblée nationale, "quatrième personnage de l'Etat", "va être très difficilement tenable sur le court terme", tout en soulignant "la présomption d'innocence" et la nécessité de "laisser faire la justice". Son collègue député Julien Aubert, député LR du Vaucluse, candidat à la présidence du parti, lui, "ne demande pas" la démission de Richard Ferrand.