VIDÉO. Procès Karachi : "Je regrette que les ministres ne soient pas jugés en même temps", déplore Marc Trévidic

Marc Trévidic, ancien juge antiterroriste, président de chambre à la cour d’appel de Versailles, était invité sur franceinfo ce lundi alors que s'ouvre le procès du volet financier de l'affaire Karachi, qu'il avait instruite à l'époque.

FRANCEINFO / RADIO FRANCE

"Je regrette qu'on saucissonne, que les ministres ne soient pas jugés en même temps", déplore Marc Trévidic, ancien juge antiterroriste, président de chambre à la cour d’appel de Versailles, lundi 7 octobre sur franceinfo, alors que s'ouvre le procès du volet financier de l'affaire Karachi. Six hommes sont jugés à partir de lundi au tribunal correctionnel de Paris pour des soupçons de commissions occultes en marge de la campagne présidentielle d'Édouard Balladur en 1995.

L'attentat de Karachi au Pakistan, en 2002, a causé la mort de onze employés français de la Direction de la construction navale. Cette attaque à la voiture piégée pourrait avoir été une vengeance à l'arrêt de rétrocommissions illégales. L'attentat avait également blessé douze personnes. Selon Marc Trévidic, les familles des victimes et les personnes blessées "ont envie de savoir".

Ils savent qu'ils n'auront pas toute la vérité mais des parcelles de vérité. Ils ont envie de savoir notamment s'il y a des gens qui se faisaient de l'argent pendant que leur père, leur mari risquaient leur peau.

Marc Trévidic

à franceinfo

Ce qui ne fait, selon lui, aucun doute : "Pour moi oui, maintenant ce n'est pas à moi de dire qui est coupable de ça, après je regrette qu'on saucissonne, que les ministres ne soient pas jugés en même temps".

"Ce système n'a aucun sens"

Un décalage lié au principe de la séparation des pouvoirs "qui veut qu'un juge ne puisse pas aller embêter un ministre quand il est en train de travailler, ça serait dangereux". "Mais quand ce sont des gens qui ne sont plus en poste depuis des années, en quoi il va y avoir une intrusion ?", s'interroge Marc Trévidic. Selon lui, ce système, n'a "aucun sens" et Edouard Balladur et son ancien ministre de la Défense François Léotard devraient être eux aussi jugés lundi. Tous deux viennent d’être renvoyés devant la Cour de justice de la République, seule juridiction habilitée à juger les membres du gouvernement pour des actes commis dans l’exercice de leurs fonctions.

"Il y a eu une période, quand j'ai commencé à travailler sur ce mobile, où je n'ai pas eu d'enquêteurs du tout", affirme Marc Trévidic à propos de la difficile instruction de l'attentat de Karachi dont il était chargé. "Quand le pouvoir a envie d'enquêter sur un dossier, vous avez tous les fonctionnaires de police qu'il vous faut...Quand il n’a pas envie, vous n’avez que la portion congrue…"

Cela gênait pas mal de monde qu'on aille fouiller dans les poubelles de la République sur l'aspect financier. L'État ne veut pas que soient rendus publics des dysfonctionnements majeurs, des bassesses politiques.

Marc Trévidic

à franceinfo

Ces pratiques de rétrocommissions, est-ce une pratique du passé ? "Je n'y mettrais pas ma main à couper !", sourit Marc Trévidic. "Il y a une loi qui a pénalisé le fait de corrompre un fonctionnaire étranger, mais figurez-vous qu'on avait le droit légalement, c'est phénoménal ! Qu'il ne se passe pas de corruption dans les contrats à l'armement, je serai bien surpris qu'on soit une République aussi vertueuse que ça", a conclu l'ancien juge antiterroriste.

Marc Trévidic, ancien juge antiterroriste, président de chambre à la cour d’appel de Versailles, sur franceinfo lundi 7 octobre.
Marc Trévidic, ancien juge antiterroriste, président de chambre à la cour d’appel de Versailles, sur franceinfo lundi 7 octobre. (FRANCEINFO / RADIOFRANCE)