INFO FRANCEINFO. Attentat de Karachi : le parquet de Paris refuse aux victimes l'ouverture d'une enquête pour violation du secret défense

Le parquet de Paris a refusé aux victimes de l'attentat de Karachi au Pakistan, qui a tué 11 Français de la Direction des constructions navales en 2002, l'ouverture d'une enquête pour violation du secret défense, a appris, vendredi, franceinfo.

Des officiels pakistanais examinent le bus, dans lequel 11 employés français de la Direction des constructions navales ont perdu la vie, à Karachi le 8 mai 2002.
Des officiels pakistanais examinent le bus, dans lequel 11 employés français de la Direction des constructions navales ont perdu la vie, à Karachi le 8 mai 2002. (AAMIR QURESHI / AFP)

Le parquet de Paris a refusé aux victimes de l'attentat de Karachi au Pakistan, qui avait couté la vie à 14 personnes, dont 11 employés français de la DCN, et blessé douze autre personnes. l'ouverture d'une enquête pour violation du secret défense, selon les informations recueillies, vendredi 16 décembre, par franceinfo. La décision a été adressée aux avocats des victimes le 7 décembre dernier.

Gilles Sanson, l'un des blessés de l'attentat, demandait la déclassification d’un audit de sécurité réalisé sur le site de Karachi par le GIGN (Groupe d’intervention de la gendarmerie nationale), en octobre 2002, soit cinq mois après l’attentat. Malgré les tentatives du juge antiterroriste Marc Trévidic, cet audit, confidentiel défense, n’a jamais été déclassifié. 

Un audit interne transmis en partie au Pakistan 

Pourtant, l’armée pakistanaise, soupçonnée d’être impliquée dans l’attentat, y a eu accès. L'enquête a démontré que certains responsables de la Direction des constructions navales (DCN) ont communiqué des extraits de ce rapport à l’armée et au ministère de la Défense pakistanais dès le mois de novembre 2002.
La DCN avait eu connaissance d’un rapport interne baptisé "Nautilus" mettant en cause l’armée pakistanaise. Elle aurait été en lien avec des réseaux islamistes dans l’attentat de Karachi.

Les plaignants estiment qu'il y a eu "violation du secret défense". A l'audience, le 22 novembre 2016, pour la troisième fois, l'avocate de Gilles Sanson, Me Dosé, a dénoncé des "faits susceptibles d’être poursuivis sous la qualification de violation d’informations couvertes par le secret de la Défense nationale"

La justice a donc rejeté la demande. Dans son courrier, le procureur adjoint, Véronique Degermann, explique qu’elle "n’envisage pas d'ouvrir une enquête préliminaire du chef de compromission, en l’absence de dénonciation de l’autorité qui aurait procédé à la classification de l’audit de sécurité visé [le ministère de la Défense]." Le parquet de Paris précise que les faits "supposés établis, apparaissent en toute hypothèse, prescrits."

Je ne comprends pas pourquoi le parquet n’ouvre pas une enquête sur une violation manifeste du secret-défenseGilles Sanson, victime de l'attentat de Karachi à franceinfo

"C’est comme si on voulait empêcher la vérité sur l’attentat de Karachi", affirme Gilles Sanson, une des victimes de l'attentat.