Affaire Karachi : un an de prison avec sursis requis contre Edouard Balladur et deux ans avec sursis contre François Léotard

Les deux anciens membres du gouvernement dans les années 1990 encourent également de lourdes amendes.

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L'ancien Premier ministre, Edouard Balladur, et son ancien ministre de la Défense, François Léotard, lors de leur procès devant la Cour de justice de la République, à Paris, le 20 janvier 2021.  (ELISABETH DE POURQUERY / FRANCEINFO)

Le parquet a requis, mardi 2 février, une peine d'un an d'emprisonnement avec sursis et de 50 000 euros d'amende contre l'ex-Premier ministre Edouard Balladur, jugé à Paris dans l'un des volets de la tentaculaire affaire Karachi. Le ministère public a demandé deux ans de prison avec sursis et 100 000 euros d'amende contre son ancien ministre de la Défense, François Léotard. Tous deux sont jugés pour des soupçons de financement occulte de la campagne présidentielle d'Edouard Balladur, en 1995.

L'ex-Premier ministre, aujourd'hui âgé de 91 ans, est accusé d'avoir imposé avec François Léotard un réseau d'intermédiaires "inutiles" et aux commissions "exorbitantes" sur d'importants contrats d'armement avec l'Arabie saoudite et le Pakistan. Selon l'accusation, une partie de l'argent était reversé sous la forme de rétrocommissions illégales sur le compte de campagne du candidat, dans une élection marquée par la guerre fratricide à droite avec Jacques Chirac.

Le ministère public a estimé que l'ancien ministre de la Défense était "beaucoup plus impliqué" qu'Edouard Balladur dans la gestion de ces rétrocommissions illégales. Au terme d'un réquisitoire à deux voix de plus de deux heures prononcé en l'absence des prévenus, le procureur général François Molins a toutefois avancé que l'ancien locataire de Matignon avait "nécessairement connaissance de l'origine délictueuse des fonds" qui ont alimenté en partie ses comptes de campagne.

L'ancien Premier ministre dénonce des accusations "mensongères"

Edouard Balladur, qui comparaît pour "complicité d'abus de biens sociaux" et recel de ce délit, avait longuement clamé son innocence face à ses juges, trois magistrats professionnels et douze parlementaires. Il avait dénoncé des accusations "mensongères" fondées sur des "rumeurs". "Rien ne m'aura été épargné" dans cette "affaire hors du commun", avait-il déploré à la barre. L'avocate de François Léotard a commencé à plaider à l'issue des réquisitions, la défense d'Edouard Balladur plaidera mercredi après-midi.

Les soupçons de financement occulte de la campagne Balladur n'ont émergé que des années plus tard, au cours de l'enquête sur l'attentat commis en 2002 à Karachi, au Pakistan, dans lequel onze employés français de la Direction des constructions navales (DCN) ont trouvé la mort. Point de départ d'un dossier aux multiples ramifications, l'enquête sur cet attentat est toujours en cours.

Dans le volet financier mais non gouvernemental de l'affaire Karachi, le tribunal correctionnel de Paris a infligé en juin dernier de sévères condamnations à six prévenus, dont l'homme d'affaire franco-libanais Ziad Takieddine et d'anciens proches des deux ministres. Ces six hommes ont fait appel.

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