Affaire Denis Baupin : le parquet requiert la relaxe des médias et des femmes qui accusaient l'ancien député écologiste

Le parquet a salué "le courage" des accusatrices de Denis Baupin. Au fil des débats, le procès de la presse s'est mué en charge contre l'ancien vice-président de l'Assemblée nationale, accusé d'"agression sexuelle" et de "harcèlement". 

Denis Baupin arrive à l\'Assemblée nationale (Paris), le 19 mai 2015.
Denis Baupin arrive à l'Assemblée nationale (Paris), le 19 mai 2015. (AURELIEN MORISSARD / CITIZENSIDE / AFP)

"Aucun élément dans cette audience ne permet de remettre en cause la sincérité des témoignages." Le parquet a requis, vendredi 8 février, la relaxe des médias poursuivis en diffamation au côté de celles qui ont accusé Denis Baupin, l'ex-député écologiste, d'agression sexuelle ou de harcèlement. "Je commence par saluer le courage de ceux qui se sont présentés à votre barre", a déclaré la procureure Florence Gilbert, pour mieux remarquer "l'absence" du plaignant. La magistrate a qualifié l'enquête de Mediapart et de France Inter de "sérieuse".

Au fil des débats, le procès de la presse s'est mué en charge contre l'ancien vice-président de l'Assemblée nationale. Huit femmes ont raconté des "SMS salaces", des "gestes déplacés" et des "agressions" : "les deux mains sur les seins", le "pied coincé dans la porte", "une caresse très douce ressentie comme une grande violence".

La "fin de l'omerta"

L'audience a été le théâtre d'une douloureuse introspection au sein d'un parti revendiquant ses combats pour le féminisme et la parité. Un affrontement entre la génération des pionniers comme Dominique Voynet qui n'ont "rien vu" et affirment qu'ils n'auraient "jamais couvert" des agressions, et la jeune garde qui a regretté la "complaisance avec la violence". Ce parti où "on savait tous et on savait presque tout", selon les mots de Stéphane Sitbon Gomez, l'ancien bras-droit de Cécile Duflot, ex-secrétaire nationale des Verts.

Pour les médias poursuivis, ce procès restera comme celui de la "fin de l'omerta" pour des femmes en butte à la domination masculine. Pour Ellen Debost, une des prévenues, ce moment où une parole déjà libérée "a commencé à être écoutée".

Des faits prescrits

Tout a commencé le 9 mai 2016, quand Mediapart et France Inter publient les premiers articles faisant état d'accusation d'agressions sexuelles ou de harcèlement. Le lendemain, la justice se saisit. En mars 2017, le parquet de Paris classe sans suite son enquête, considérant que si certains des faits dénoncés étaient "susceptibles d'être qualifiés pénalement", ils sont "cependant prescrits".

Denis Baupin a toujours nié, arguant de "jeux de séduction" entre "adultes". Une "drague lourdingue" selon son avocat mais qu'on "ne peut pas qualifier pénalement". Me Emmanuel Pierrat a tout tenté pour décrédibiliser l'enquête journalistique, qu'il juge "bâclée", "à charge".

Décision le 19 avril

"Parole contre parole, on ne peut pas trancher", estime-t-il. Evoquant le témoignage de Cécile Duflot, venue raconter en larmes comment Denis Baupin avait tenté de forcer sa porte, il décrit "une vengeance" politique.

Une lecture du dossier qui a fait réagir la procureure : "On ne fait pas le procès de M. Baupin. On ne peut pas non plus tordre l'enquête pour dire qu'il est innocent." Elle a rappelé, "parce que visiblement l'avocat du plaignant ne l'a pas compris", que la justice aurait bel et bien poursuivi Denis Baupin si les faits n'avaient pas été prescrits. "La seule qualité de ce procès aura été de mettre en œuvre une impérieuse lutte contre le silence" qui entoure les violences sexuelles, conclut la magistrate. La décision sera rendue le 19 avril.