De la "caissière" à "la fée Liliane" : le procès Bettencourt en cinq citations

Le procès pour "abus de faiblesse" au détriment de la femme la plus riche de France a pris fin mercredi avec les plaidoiries des avocats du principal prévenu, le "confident" de la milliardaire, François-Marie Banier.

François-Marie Banier arrive au tribunal de Bordeaux (Gironde), le 12 février 2015.
François-Marie Banier arrive au tribunal de Bordeaux (Gironde), le 12 février 2015. ( MAXPPP)

C'est la fin de quatre semaines de débats. Le procès Bettencourt s'est terminé, mercredi 25 février, au tribunal correctionnel de Bordeaux (Gironde). Au total, dix prévenus, plus ou moins proches de Liliane Bettencourt, la femme la plus riche de France, y étaient jugés car soupçonnés d'avoir profité d'elle.

Parmi eux, on trouve François-Marie Banier, son "confident", et Eric Woerth, ancien ministre du Budget de Nicolas Sarkozy et ex-trésorier de sa campagne présidentielle 2007. Selon les cas, les prévenus sont accusés de "recel", d'"abus de faiblesse", de "complicité d'abus de faiblesse" ou encore de "blanchiment". Les sommes en jeu s'étalent de 50 000 euros à 400 000 millions d'euros.

Francetv info revient, en cinq propos, sur ce procès fleuve notamment marqué par la "démesure de l'argent", selon la formule de l'avocat d'Eric Woerth.

1"Je ne suis pas une caissière"

Liliane Bettencourt, 92 ans, était la grande absente du procès. Mais elle a pu être entendue grâce aux enregistrements réalisés dès 2009 par son majordome, rapporte France Bleu. Des documents sonores qui ont alimenté l’enquête et l'instruction, et dont certains extraits ont été entendus pendant le procès.

En 2011, la propriétaire du groupe de cosmétiques L'Oréal est auditionnée par le juge des tutelles. Ils parlent, entre autres, de l'avocat Pascal Wilhelm, qui a succédé à son gestionnaire de fortune Patrice de Maistre. Ils évoquent ses rémunérations supplémentaires alors qu'il touchait déjà 200 000 euros par mois. "Je ne vis pas avec l'argent, je ne suis pas une caissière", lâche-t-elle.

Liliane Bettencourt, à Paris, le 6 juillet 2007.
Liliane Bettencourt, à Paris, le 6 juillet 2007. (PATRICK KOVARIK / FILES / AFP)

Pourtant, cette image de la caisse revient pendant le procès. Claire Thibout, ancienne comptable de Liliane Bettencourt et pièce maîtresse de l'affaire, témoigne le 10 février. Elle évoque les carnets de caisse sur lesquels elle mentionne les retraits en liquide effectués sur les comptes de la milliardaire. Et elle justifie ses accusations.

2"Oui, on peut dire qu'elle déraille"

La famille Bettencourt s'est efforcée de montrer que la milliardaire n'avait pas toute sa tête lorsqu'elle a distribué ses millions. L'un des petits-fils de Liliane Bettencourt, Jean-Victor Meyers, 28 ans, témoigne le 30 janvier. Présenté comme proche de sa grand-mère, il affirme qu'elle est confuse depuis 2006, après une chute aux Baléares, en Espagne.

"Elle me demandait à quelle heure arrivait la voiture alors qu’on était déjà chez elle." Le jeune homme relate également cette anecdote qui date du jour de l’enterrement de son grand-père, le mari de Liliane Bettencourt, en 2007 : "Alors, où est-ce que tu m’emmènes ?", demande-t-elle à son petit-fils pendant qu’elle s’installe dans la voiture. Et d'interroger encore : "Qu’est-ce qu’on fait ici ?" alors qu'ils arrivent à l'église. "Oui, on peut dire qu’elle déraille, et ça va crescendo", estime Jean-Victor Meyers.

Jean-Victor Meyers, petit-fils de Liliane Bettencourt, au tribunal de Bordeaux (Gironde), le 27 janvier 2015.
Jean-Victor Meyers, petit-fils de Liliane Bettencourt, au tribunal de Bordeaux (Gironde), le 27 janvier 2015. (NICOLAS TUCAT / AFP)

"Lorsque je lui demande quelle année nous sommes, elle a beaucoup de mal à comprendre ce que je veux lui dire", confirme à la barre la neurologue Sophie Auriacombe. Elle précise que l'héritière de L'Oréal souffre d'une "démence à un stade modérément sévère" associant maladie d'Alzheimer et symptômes de troubles vasculaires. La spécialiste fait partie du collège d'experts (composé d'un second neurologue, d'un médecin ORL et d'un psychologue) qui a rencontré la milliardaire, à son domicile, le 7 juin 2011, à la demande du juge d'instruction Jean-Michel Gentil. "Une coquille vide", tranche un expert. Des conclusions jugées partiales par la défense.

L'état de santé de la milliardaire était fragile et flou entre 2006 et 2010, période durant laquelle sont survenus les faits reprochés aux prévenus. L'Obs rapporte que Liliane Bettencourt avait fait appel aux services d'une nuée de médecins et de spécialistes comme des homéopathes et des acupuncteurs. Sans compter qu'elle suivait un traitement lourd : jusqu'à 27 cachets le matin, 7 le midi, 15 le soir et 7 au coucher.

3Un million d'euros en cash ? "Une brique de lait"

Pendant le procès, les montants évoqués sont faramineux. "Du majordome à l'infirmier en passant par les femmes de chambre, leurs salaires vont de 6 000 à 18 000 euros mensuels", rappelle Metronews. Des chèques de 50 000 ou 60 000 euros ? "Des petits montants", commente Christiane Djenane, qui fut la secrétaire de Liliane Bettencourt pendant plus de quatorze ans.

De fait, 50 000 euros, ce n'est pas grand-chose dans la famille la plus riche de France. C'est le montant que Claire Thibout, l'ancienne comptable, retirait en liquide chaque semaine "sur un compte officiel de la BNP pour les 'dépenses courantes', en plus du règlement des fournisseurs par chèques", note L'Humanité.

Chez les Bettencourt, les choses deviennent sérieuses lorsque l'on commence à parler de centaines de milliers d'euros. Pour eux, "une donation se chiffre rarement en dessous de 100 000 euros", remarque France inter. Du coup, pendant le procès, il arrive fréquemment que soient mentionnés 500 000 euros ou un million d'euros, parfois en liquide. Difficile d'imaginer ce que cela représente en terme de volume, avec des coupures de 500 euros. "Une brique de lait", explique le président du tribunal, qui ajoute aussitôt : "Je n’ai jamais eu un million d’euros."

4"C'est pour la campagne de Nicolas Sarkozy"

Eric Woerth est poursuivi pour "recel" d'une somme qui lui aurait été remise en 2007, alors qu'il était trésorier de campagne de Nicolas Sarkozy. Pendant le procès, Claire Thibout, l'ancienne comptable, a maintenu l'intégralité de ses accusations. 

D'après elle, Patrice de Maistre, l'ancien gestionnaire de la fortune de Liliane Bettencourt, a réclamé 150 000 euros à la milliardaire. Et "quand elle lui a demandé pourquoi, il lui a répondu : 'C'est pour remettre à Eric Woerth, je dois le voir, c'est pour la campagne de Nicolas Sarkozy'", a-t-elle raconté. "Quelques jours plus tard, Patrice de Maistre m'a dit (...) : 'Ça sert d'avoir des comptes en Suisse.' J'ai compris qu'il avait récupéré le reste en Suisse", a poursuivi l'ex-comptable de 56 ans. "Il m'a dit cela, je ne l'ai pas inventé. Je m'en rappelle comme si c'était hier."

"Je sais ce que j'ai fait, je sais ce que je n'ai pas fait", s'est défendu Eric Woerth. "Je n'ai pas reçu d'argent liquide de M. de Maistre pour financer cette campagne ou quoi que ce soit d'autre", a-t-il poursuivi. "La preuve est impossible, la preuve est totalement impossible", a asséné le député UMP.

5"Chaque homme est un petit tas de secrets minables"

François-Marie Banier était le principal prévenu de ce procès. Surnommé "le photographe des stars" depuis les années 1970, il est devenu un intime de Liliane Bettencourt, et est accusé d'avoir abusé de ses largesses à hauteur de plus de 400 millions d'euros.

François-Marie Banier quitte le tribunal de Bordeaux (Gironde), le 25 février 2015, après une audience au procès Bettencourt.
François-Marie Banier quitte le tribunal de Bordeaux (Gironde), le 25 février 2015, après une audience au procès Bettencourt. (JEAN-PIERRE MULLER / AFP)

Le 30 janvier, la fille de l'héritière de L'Oréal témoigne. Françoise Meyers raconte que son père l'avait avertie peu avant de mourir. "Banier est un escroc, un jour il y aura un procès. Nous y voilà", lance-t-elle. Et de s'interroger : "Était-elle sous emprise, sous influence, embobinée, ou les trois à la fois ?"

Christiane Djenane, l'ancienne secrétaire de Liliane Bettencourt, a dépeint le photographe en manipulateur et en "gourou". Elle a également détaillé ses comportements grossiers, relevant qu'il appelait parfois Liliane Bettencourt "ma grosse". "C'était un bouffon qui la faisait rire. Et à quel prix !", a-t-elle déclaré au micro de France Inter.


Les écrits retrouvés dans les carnets de François-Marie Banier, dont des extraits ont été lus lors du procès, ne jouent pas en sa faveur. En 2002, Liliane Bettencourt lui offre du vin. Pas assez à son goût. "Sur 4 000 bouteilles, elle m’en envoie 12. Un autre indice de sa guerre, de son désir de vengeance, de sa médiocrité", écrit-il, rapporte un journaliste du quotidien Le Monde sur son blog. Ou encore : "C'est à 80 ans que tout cela va me tomber sur la tête. Elle rit de me voir vieillard couvert d'or. Pas moi." François-Marie Banier est alors invité à s'expliquer sur ses notes. "Comme à chaque fois qu'il ne trouve pas les mots, il emprunte ceux d'un autre. Il choisit alors Malraux : 'Chaque homme est un petit tas de secrets minables'", raconte Metronews.

Laurent Merlet, l'un des avocats de François-Marie Banier, a rejeté toute manipulation de la part de son client, mercredi, lors du dernier jour du procès. "On peut trouver choquant de choisir un ami pour le couvrir d'or, mais cela n'en fait pas un acte abusif", a-t-il déclaré. "On ne va pas mentir, il [Banier] est content d'être noyé sous cet or", a convenu l'avocat. Mais, là encore, selon lui, "ce n'est pas un acte abusif".

Un autre de ses défenseurs a également souligné que les dons au cœur du dossier n'étaient que des "confirmations de décisions" prises des années auparavant, bien avant la période des faits poursuivis. Et de vanter la générosité de "la fée Liliane" qui, chaque année, "régularise les dons, les donations".