Affaire Kohler : Elle révèle "un problème d’hyper-concentration du pouvoir à l'Élysée, sans contrôle"

Une plainte complémentaire a été déposée par l'association Anticor. 

Le député communiste Stéphane Peu, le 22 mai 2018, à l\'Assemblée nationale. 
Le député communiste Stéphane Peu, le 22 mai 2018, à l'Assemblée nationale.  (AURELIEN MORISSARD / MAXPPP)

L'association Anticor a déposé mercredi 8 août une plainte complémentaire pour "prise illégale d'intérêt" contre le secrétaire général de l'Élysée, Alexis Kohler. Il a approuvé en 2010 et 2011 des contrats concernant l'armateur italo-suisse MSC, fondé et dirigé par des cousins de sa mère. Alexis Kohler était alors membre du conseil de surveillance du grand port maritime du Havre (GPMH) et n'avait pas signalé ces liens familiaux avec MSC.

Stéphane Peu, député PCF de Seine-Saint-Denis et membre de la Commission des lois à l'Assemblée, expliquait sur franceinfo jeudi 9 août, que cette affaire révèle "un problème d'hyper-concentration du pouvoir à l'Elysée et sans contrôle".

franceinfo : La République exemplaire que nous promettait le chef de l'État a déjà fait long feu selon vous ?

Stéphane Peu : Je pense que les Français n'avaient plus d'illusions sur la politique sociale. Il était admis pour la majorité d'entre eux qu'Emmanuel Macron était le président des plus aisés, des premiers de cordée. Mais il subsistait l'espoir quand même que ce jeune président ferait de la politique autrement et marquerait une rupture avec certains errements du passé et puis, tout s'effondre. Il y a une ivresse du pouvoir chez ce président et chez cette majorité parlementaire qui sont arrivés au pouvoir dans des conditions très particulières et très rapidement. J'ai l'impression que ce sentiment est un peu plus fort chez lui que chez ses prédécesseurs. Ce qui est certain, c'est qu'il y a une arrogance et un sentiment de toute-puissance qui, à mon avis, est très préjudiciable à l'exercice du pouvoir.

Ces affaires (Benalla et Kohler) vont-elles poursuivre Emmanuel Macron jusqu'à la fin du quinquennat selon vous ?

Je pense que c'est un sparadrap qui va lui rester et, en plus, il y a un système de défense qui crée le soupçon. Nous avons d'ailleurs voté une loi sur la moralisation de la vie politique où mon groupe avait proposé des amendements pour éviter le pantouflage, ces allers et retours permanents de hauts fonctionnaires entre le privé et le public sur des mêmes secteurs. L'amendement avait été refusé. On a proposé de faire sauter le verrou de Bercy pour mieux faire la chasse à la fraude fiscale et à l'évasion fiscale et il a été refusé. On voit bien que le monde des grands intérêts financiers pèse sur les décisions de l'Élysée.

Est-ce-que ce n'est pas notre conception de l'exercice du pouvoir qu'il faut revoir ?

Dans notre pays, il y a un problème avec l'hyper-concentration du pouvoir à l'Élysée et sans contrôle. Vous avez une Assemblée nationale qui est trop faible dans sa capacité à contrôler l'exécutif, et en particulier le gouvernement mais aussi l'Élysée qui n'est pour l'instant contrôlée par personne. On a des institutions qui ont joué un rôle à une certaine époque mais aujourd'hui, on ne peut pas dans une démocratie moderne, concentrer les pouvoirs chez un seul homme car cela peut aller très vite vers des abus de pouvoir. Il y en a eu dans le passé et on constate qu'il y en a encore aujourd'hui.