Procès Bygmalion : l'ombre de Jean-François Copé plane sur la première journée d'audience

Les avocats de Franck Attal, employé de la société Bygmalion lors de la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy, demandent un supplément d'information à propos d'un document bancaire qui mettrait à mal la défense de l'ancien secrétaire général de l'UMP.

Article rédigé par
Tristan Waleckx - Clément Parrot
France Télévisions
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 4 min.
Jean-François Copé, le 3 mars 2014, lors d'une conférence de presse au siège de l'UMP, à Paris. (JOEL SAGET / AFP)

Il est le grand absent du procès de l'affaire Bygmalion qui s'est ouvert, mercredi 17 mars, devant le tribunal de Paris. Jean-François Copé, ancien secrétaire général de l'UMP, qui n'a pas été mis en examen dans ce dossier, a pourtant été au centre des discussions de la première journée d'audience. 

>> L'article à lire pour comprendre le procès du financement de la campagne de Nicolas Sarkozy en 2012

"Je suis extrêmement surpris qu'il ne soit pas renvoyé devant le tribunal", confiait ainsi récemment l'ancien cadre de Bygmalion Franck Attal à France Télévisions. A l'ouverture du procès mercredi, ses avocats se sont montrés plus précis, demandant un supplément d'information après la découverte d'un document bancaire dans les scellés. Ce supplément d'information, s'il était accepté, aurait pour conséquence de rouvrir l'enquête dans un sens potentiellement défavorable pour Jean-François Copé.

Un document "exhumé" des scellés

A l'audience, l'avocat Luc Brossollet a précisé que ce document "exhumé" des scellés lundi par la défense d'un autre prévenu montre qu'un contrat de prêt pour 55 millions a été passé par l'UMP auprès de la Société générale à l'été 2012. Et émis l'hypothèse que Jean-François Copé ait pu en être le demandeur. 

Il s'agit d'un contrat de prêt accordé par plusieurs banques, dont la Société générale, afin de renflouer un parti au bord de la banqueroute après la campagne présidentielle. Sur ce document, les avocats ont découvert une ligne "meetings et manifestations" créditée de 27,11 millions d'euros, comme le détaillait mardi Le Point. La version trouvée dans les scellés est un projet de prêt et n'est donc pas signée.

Mais les avocats de Guillaume Lambert, qui soutiennent la demande de supplément d'information, affirment qu'il existe une version vraisemblablement signée et paraphée par Jean-François Copé.

Selon les avocats, le document pourrait donc suggérer que Jean-François Copé a eu connaissance du système de fausses factures et de double comptabilité mis en place par l'entreprise Bygmalion et l'UMP afin de couvrir les dépenses excessives de la campagne présidentielle de 2012 de Nicolas Sarkozy. "Compte tenu de sa fonction de l'époque, de sa relation avec son directeur de cabinet Jérôme Lavrilleux et de sa proximité avec mon patron de l'époque Bastien Millot [dirigeant de Bygmalion], je ne comprends pas comment il peut affirmer ne pas avoir été au courant d'un tel montage", expliquait Franck Attal quelques jours avant le procès.

La constitution de partie civile de l'UMP contestée

"Je rappelle qu'après de très minutieuses investigations, aucun élément matériel ni aucun témoignage ne l'a mis en cause dans cette affaire", avait répondu l'avocat de Jean-François Copé à Franck Attal. Le maire de Meaux a bénéficié d'un non-lieu il y a cinq ans. Dans l'ordonnance de renvoi, le juge Serge Tournaire explique : "L'enquête n'a pas permis de découvrir d'éléments matériels laissant penser qu'il était avisé du système de fausses facturations mis en place ou en capacité de le détecter." 

Au-delà du cas personnel de Jean-François Copé, les avocats de Franck Attal s'opposent également à la constitution de partie civile de l'UMP. Au premier jour du procès, le parti (devenu depuis Les Républicains) siège en effet du côté des victimes présumées dans cette affaire.

"C'est le monde à l’envers. Je suis aujourd’hui accusé par un parti qui m'a demandé de participer à une histoire qui n'était pas la mienne. Tout s'est décidé à l’UMP, et maintenant l’UMP voudrait le statut de victime. Je me retrouve accusé par ceux que je considère comme les principaux coupables."

Franck Attal

à France Télévisions

Plusieurs avocats ont d'ailleurs ironisé à l'audience sur cette constitution de partie civile de l'UMP, qui réclame aujourd'hui 16 millions d'euros aux prévenus. L'avocat du parti a de son côté estimé que la demande de supplément d'information n'était pas fondée. Il a évoqué "une incompréhension matérielle et chronologique des faits", car l'emprunt a été souscrit après la campagne. "Cet emprunt n'est pas un moyen de la fraude, il en est une conséquence", a ajouté l'avocat. Le parquet s'est également opposé au supplément d'information, estimant que le document bancaire "n'apportait pas particulièrement d'éléments nouveaux". La décision du tribunal concernant ce supplément d'informations sera examinée le 20 mai par le tribunal, lors de le reprise du procès.

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