Absentéisme à l'Assemblée : les "bonnets d'âne" s'expliquent

A l'approche des vacances parlementaires, franceinfo a épluché les données sur l'activité des députés depuis le début de leur mandat.

Les députés assistent à une séance de questions au gouvernement, le 26 juillet 2017, à l\'Assemblée nationale, à Paris.
Les députés assistent à une séance de questions au gouvernement, le 26 juillet 2017, à l'Assemblée nationale, à Paris. (ERIC DESSONS/JDD/SIPA)
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Yann ThompsonFrance Télévisions

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Plus que quelques jours avant de pouvoir souffler. Après un mois et demi sur les bancs de l'Assemblée nationale, les 577 députés élus lors des législatives de juin prendront la route des vacances, mercredi 9 août, à l'issue du vote de la loi de moralisation de la vie politique. Un repos bienvenu pour nombre de parlementaires, qui se disent "épuisés" par leur début de mandature.

Mais tous les députés ont-ils de quoi justifier un tel accablement ? L'examen des données de l'Assemblée nationale et du Journal officiel, recensées par le collectif Regards citoyens sur le site NosDéputés.fr, révèle en effet des niveaux d'implication très variables d'un élu à un autre. S'ils ont été, en moyenne, actifs durant quatre semaines et demi, participant à sept réunions de commission et s'exprimant au moins une vingtaine de fois, certains députés affichent un présentéisme proche de zéro. Ces mauvais élèves aux profils très différents ont accepté de livrer leurs explications à franceinfo.

Le déserteur : "Il y a peu d'intérêt à siéger"

Elu dans la Vienne sous les couleurs de La République en marche (LREM), Jean-Michel Clément, 62 ans, a brillé par sa discrétion : aucune intervention dans l'Hémicycle ni en commission, aucun amendement signé, ni question écrite, et seulement deux présences en commission. "Depuis le début, j'ai déployé mon activité sur ma circonscription", explique à franceinfo cet ancien du PS, qui dit avoir multiplié les rencontres et planché sur des sujets locaux de santé, d'éducation et de transports.

"De toute manière, il n'y a pas beaucoup d'intérêt à siéger dans cette majorité pléthorique, où on nous impose un devoir de silence", ajoute-t-il.

Passer son temps sur un banc à ne rien dire, ce n'est pas l'idée que je me fais de la vie parlementaire.

Jean-Michel Clément

à franceinfo

Visiblement pas à l'aise dans cet Hémicycle largement renouvelé, ce député sortant dit "laisser passer la vague" des "jeunes parlementaires fougueux et ambitieux" qui foncent "comme s'ils venaient d'avoir leur permis de conduire". Il dit aussi attendre de pouvoir s'emparer de textes d'un autre calibre que la loi sur la moralisation de la vie politique, qu'il juge "non prioritaire""futile" et "intellectuellement pauvre".

L'ultramarin : "J'étais en circonscription"

Cité en exemple dans le discours de politique générale d'Edouard Philippe, l'élu guyanais LREM Lenaïck Adam a raté de nombreuses séances. "Je suis retourné deux fois en circonscription, pour une dizaine de jours, pour des visites protocolaires de début de mandat, explique-t-il à franceinfo. A chaque fois, c'est neuf heures de vol et trois heures de voiture pour rentrer chez moi. Les élus d'outre-mer ne peuvent pas rentrer en circonscription d'un coup de Vélib' ou de scooter." Il envisage de jongler entre Paris et la Guyane par phases de dix jours durant son mandat.

Moetai Brotherson arrive à l\'Assemblée nationale, le 20 juin 2017, à Paris.
Moetai Brotherson arrive à l'Assemblée nationale, le 20 juin 2017, à Paris. (MAXPPP)

Pour Moetai Brotherson, joint par franceinfo, ce ne sont pas neuf mais "22 heures d'avion" qu'il faut pour rallier Paris depuis la Polynésie française. Ce primo-député, membre du parti indépendantiste Tavini Huiraatira, reconnaît avoir pris "le temps de prendre ses marques et de constituer une équipe" en circonscription. Soucieux de ne pas être un "député hors-sol", il prévoit de ne venir en métropole qu'une fois par mois, pour une petite dizaine de jours.

Le dispensé : "Je suis malade"

Mercredi 1er août, Stéphane Testé, député LREM de Seine-Saint-Denis, a été critiqué pour son absentéisme par son ancien adversaire de la France insoumise aux législatives, Juan Branco : "Zéro présence. (…) La honte", écrit ce dernier sur Twitter.

Interrogé par franceinfo, l'élu affirme avoir "été très assidu jusqu'au mardi 19 juillet". Sa faible activité à l'Assemblée depuis est due à "un double problème familial majeur", qui le contraint à s'absenter. "J'ai prévenu mon groupe parlementaire", précise-t-il.

L'élue LREM de l'Hérault Patricia Mirallès a elle aussi été contrainte de déserter le palais Bourbon. "Elle a un gros empêchement au niveau du pied, elle s'est retrouvée en fauteuil roulant, explique un de ses collaborateurs à franceinfo. On a fourni un certificat médical, en espérant son retour en septembre." Même justification médicale pour son collègue héraultais de la majorité, Patrick Vignal, qui confie à 20 Minutes être "malade" et "lessivé".

Le faux cancre : "J'ai été plus que présent"

"Si l'on se fie aux chiffres, je n'étais jamais présent. Mais si vous demandez à mon épouse, elle va vous dire tout le contraire, et ça ne la réjouit pas !" Interrogé par franceinfo sur ses timides statistiques, le député LREM de l'Ain Stéphane Trompille se défend de tout absentéisme. "J'estime avoir été plus que présent en commission comme dans l'Hémicycle, y compris lors des nocturnes, affirme-t-il. Je n'ai pas encore pu m'exprimer en commission, mais j'ai bien essayé de poser des questions, qui n'ont tout simplement pas été prises."

Stéphane Trompille a d'ailleurs écrit au collectif Regards citoyens pour lui faire savoir que sa fiche "ne reflétait pas la réalité""Le problème, c'est que vous pouvez siéger et voter dans l'Hémicycle et ne pas rentrer dans les statistiques, qui ne prennent en compte que les prises de parole", déplore-t-il. Un tort reconnu par le collectif qui, pour corriger ce biais, appelle l'Assemblée nationale à rendre publiques les informations sur la présence et le vote des élus dans l'Hémicycle.