VIDEO. Conférence des évêques de France : "L’homosexualité est un phénomène complexe que l’Eglise ne sait pas bien analyser"

Alors que s'achève vendredi la Conférence des évêques de France, son nouveau président et des fidèles s'expriment sur l'homosexualité, dont le Vatican n'a toujours pas accepté la dépénalisation universelle. 

FRANCE INFO

"Je ne suis pas à l’aise, mais qu’on ne condamne jamais les personnes !", répond une religieuse, interrogée sur l'homosexualité à la sortie de la messe, sur le parvis de la basilique Notre-Dame-du-Rosaire de Lourdes. Un sentiment qui reflète la position de l'Eglise, alors que se termine vendredi 5 avril l'assemblée plénière de la Conférence des évêques de France.

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"L’homosexualité pour moi, ce n’est pas tourné vers la vie. Mais les homosexuels sont bienvenus", poursuit la religieuse. Une habitante de Lourdes, Marie-Jeanne, 86 ans, accepte de répondre sur ce sujet délicat pour certians pratiquants. "On n’a pas le droit de juger", dit-elle, enchaînant sur ses convictions.

Pour moi, c’est une maladie, depuis la naissance. J’ai des amis qui sont homosexuels, je les aime bien.

Marie-Jeanne, une habitante de Lourdes

à franceinfo

A son tour, Monseigneur Eric Moulins-Beaufort, 57 ans, nouveau président élu de la Conférence des évêques de France, répond sans hésitation : "L'Église doit aller plus loin dans la compréhension de ce qu’est le fait d’être homosexuel." Celui qui prendra ses fonctions en juillet prochain estime que "l’homosexualité est un phénomène complexe que l’Eglise, mais peut-être la société de façon générale, ne sait pas bien analyser aujourd’hui".

Personnellement, ce qui m’impressionne, dans les affaires de ces derniers mois, c’est la révélation de toute la violence qui est contenue dans la sexualité.

Eric de Moulins-Beaufort, à la tête de la Conférence des évêques

à franceinfo

"Je trouve que c’est un vrai défi parce qu’il faut que pour les jeunes arrivent à sentir que la sexualité peut être une force d’humanisation, mais que cela demande des choix, poursuit l'actuel évêque de Reims. Cela demande de l’orienter et j’espère que nous pourrons progresser. Que l’on respecte les personnes."

Une dépénalisation de l’homosexualité doit-elle être soutenue par l’Église ? "Oui, dans les sociétés où cela serait criminalisé. En tout cas, la criminalisation de l’homosexualité me parait une fausse voie, affirme Eric Moulins-Beaufort. En France, le problème ne se pose pas dans ces termes-là, donc je n’ai de mérite à le soutenir. Si j’étais à Brunei, ce serait sans doute plus ennuyeux". Le nouveau président fait référence à cet État qui vient d'instaurer la peine de mort pour les l'homosexualité et l'adultère. "La criminalisation des comportements intimes n’est jamais un bon signe pour la société", conclut-il. Pourtant, en 2008, le Vatican s'était opposé à une déclaration portée par la France à l'ONU appelant à la dépénalisation universelle de l'homosexualité.

Au centre, Monseigneur Eric de Moulins-Beaufort, nouveau président de la Conférence des évêques de France, à Lourdes le 4 avril 2019.
Au centre, Monseigneur Eric de Moulins-Beaufort, nouveau président de la Conférence des évêques de France, à Lourdes le 4 avril 2019. (RADIO FRANCE / FRANCEINFO)