"Jusqu’ici nous n’avons que des excuses" : le pape attendu en Irlande sur les scandales de pédophilie dans l'Église

Le pape François est attendu samedi 25 août en Irlande. Il sera largement question des scandales de pédophilie au sein de l'Église catholique. 

Le pape François le 22 août 2018, au Vatican.
Le pape François le 22 août 2018, au Vatican. (VINCENZO PINTO / AFP)

Le pape François s'envole samedi 25 août pour l'Irlande. Officiellement, il vient clore à Dublin la rencontre mondiale des familles, un rendez-vous organisé tous les trois ans. Dans les faits, c’est la thématique des abus sexuels dans l’Église qui sera placée au centre de cette visite papale.

Dans une lettre aux catholiques du monde entier du 20 août, le pape François a reconnu que l’Église n’avait pas su protéger les enfants et condamner les agresseurs. Cette lettre marque une avancée, mais les victimes d’abus sexuels, à travers le monde entier, attendent encore davantage du pape argentin. C'est le cas de Francesco Zanardi, victime dans sa jeunesse d’un prêtre pédophile. Il n’épargne pas le pape François. Pour lui, le mea culpa exprimé par le chef de l’Église catholique dans sa "lettre au peuple de Dieu" ne vaut rien, à moins qu’il soit suivi des faits.

Les victimes réclament du concret

Dans son cas, son agresseur a continué à exercer plus de dix ans avant que la lumière soit faite sur ses agissements. Les signalements faits en interne n’ont pas été entendus, regrette Francesco Zanardi, aujourd’hui à la tête d’une association de victimes la Rete l’Abuso. "Le pape aurait des instruments pour mettre fin à la pédophilie dans le clergé, affirme Francesco Zanardi. Il suffirait qu’au lieu d’écrire des lettres et de demander des excuses, il impose aux êvêques de dénoncer ces crimes aux autorités judiciaires dans tous les pays."

Le pape François est de plus en plus critiqué pour son inaction. Le tribunal pour juger les évêques négligents, ceux qui ont couvert des prêtres pédophiles, n’a, par exemple, jamais vu le jour alors que cette réforme était demandée par tant de victimes, dont Marie Collins. Cette Irlandaise a claqué la porte de la Commission pontificale pour la protection des mineurs, instituée en 2014 par le pape François pour lutter contre les abus sexuels"Cette structure aurait permis d’établir la responsabilité des évêques, il y aurait eu des sanctions pour toutes les personnes qui n’ont pas protégé les enfants, regrette Marie Collins. Mais la Curie n’a jamais mis en place ce tribunal. Le pape qui, dans un premier temps, avait donné son feu vert pour cette structure a finalement renoncé."

La visite boycottée par des victimes

Marie Collins attend de pied ferme le pape François chez elle, à Dublin. Elle espère surtout des actes concrets pour stopper les abus et les réflexes qui au sein de l’Église ont permis de les couvrir. "Jusqu’ici nous n’avons que des excuses. Aujourd’hui, avec la crise qui secoue le monde entier, le pape doit faire quelque chose pour dissuader ses évêques et les responsables de l’Église de protéger les agresseurs. Il doit affronter la question avec plus de force."

Le pape rencontrera des victimes de prêtres pédophiles en Irlande comme il le fait depuis quelques mois. Il préparerait selon un blog bien informé sur ses intentions un document détaillant les procédures contre les évêques négligents. En attendant une réponse efficace à leurs yeux, des victimes organisent ce week-end à Dublin des rassemblements. Ils vont boycotter les événements plus officiels auxquels participera le pape François.