Etats-Unis : à quoi va ressembler la convention démocrate au temps de la pandémie ?

Ce grand rendez-vous politique s'ouvre lundi. Les grands discours du candidat, Joe Biden, et de la candidate à la vice-présidence, Kamala Harris, sont attendus. Mais ils seront prononcés en ligne, et non devant une foule de militants démocrates survoltés.

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France Télévisions
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Le candidat démocrate à la Maison Blanche, Joe Biden, annonce que la sénatrice Kamala Harris est candidate à la vice-présidence des Etats-Unis à Wilmington (Caroline du Nord), le 12 août 2020. (EYEPRESS NEWS / AFP)

Du jamais-vu aux Etats-Unis. La convention démocrate, qui démarre lundi 17 août et durera jusqu'à jeudi, ne ressemblera à aucune autre. Elle sera quasi entièrement virtuelle pour ne pas favoriser la propagation de l'épidémie de coronavirus, qui a déjà fait 170 000 morts dans le pays, l'un des plus touchés au monde par la maladie.

A quoi ressemblera cette séquence, qui verra Joe Biden désigné candidat à la présidentielle contre le président républicain sortant Donald Trump ? Discours en ligne, absence de grand-messe... Voici ce qu'il faut savoir de cette convention inédite, à quelques semaines de l'élection très attendue du 3 novembre 2020.

Pas de "grand-messe"

Dans une décision sans précédent, les démocrates ont annoncé, début août, qu'à cause de "l'aggravation de la pandémie", aucun intervenant ne viendrait parler en personne à la convention qui s'ouvre officiellement, lundi 17 août, à Milwaukee, dans l'Etat-clé du Wisconsin.

Dans cette ville au bord du lac Michigan, le Wisconsin Center ne devrait accueillir qu'une activité très réduite. Ses abords étaient très peu fréquentés au cours du week-end. Oubliée, donc, l'ambiance traditionnelle de ces grand-messes politiques qui marquent tous les quatre ans le coup d'envoi officiel de la campagne pour l'élection présidentielle, attirant des milliers d'adhérents survoltés des deux partis, démocrate et républicain.

Au lieu des flonflons, des banderoles et des applaudissements des militants en délire, il faudra se contenter de la campagne en ligne et des affiches et clips de campagne sur les réseaux sociaux. Sur Twitter, Joe Biden promet ainsi de "réparer les dégâts" des quatre années de la présidence Trump dès "le premier jour" s'il est élu, sans perdre de temps.

Des discours en ligne

Les points forts seront donc les allocutions des personnalités démocrates qui tenteront de galvaniser l'électorat. L'épouse de l'ancien président des Etats-Unis, Michelle Obama, sera tête d'affiche lundi 17 août, tout comme le grand rival de Joe Biden dans la primaire, le sénateur indépendant Bernie Sanders.

L'épouse du candidat, Jill Biden, 69 ans, enseignante, sera l'invitée d'honneur mardi 18 août,  tandis que la jeune star du Congrès, Alexandria Ocasio-Cortez, n'aura droit qu'à... une minute pour s'exprimer. Pour mémoire, c'est à la convention démocrate de 2004 qu'un jeune sénateur de l'Illinois encore peu connu et faisant campagne pour le candidat démocrate à la présidentielle de 2004, John Kerry, allait crever l'écran. Il s'appelait Barack Obama, rappelle France 24.

L'ancien président des Etats-Unis prendra la parole mercredi 19 août, tout comme la candidate à la vice-présidence tout nouvellement désignée, Kamala Harris, dont le discours sera guetté de près. Sénatrice, ex-procureure, cette fille d'immigrés jamaïcain et indienne est la première candidate noire et d'origine du sud de l'Asie choisie par un grand parti, comme l'explique cette vidéo.

Quant à Joe Biden, il prendra la parole le dernier soir, jeudi 20 août, depuis Wilmington, dans le Delaware, où il réside. Les observateurs estiment que le candidat démocrate, en avance dans les sondages, est le bénéficiaire involontaire de la pandémie. Cette campagne réduit le risque de faux pas, alors qu'il est souvent gaffeur, et épargne au septuagénaire le rythme éreintant d'une campagne pour la Maison Blanche.

L'ancien vice-président de Barack Obama déclinera sa vision pour rassembler l'Amérique "afin de nous faire sortir du chaos constant et de la crise", ont annoncé les démocrates. Il promet d'"unir le pays" plutôt que de le diviser (sous-entendu : comme le fait Donald Trump).

Le vétéran de la politique, sénateur pendant plus de trente-cinq ans, acceptera alors sa nomination pour défier Donald Trump le 3 novembre. 

Un coup dur pour Milwaukee

Mais cette campagne virtuelle est un coup dur pour Milwaukee, cette ville sur la rive du lac Michigan, qui se préparait depuis des mois à accueillir l'événement. Vendredi soir, les trottoirs autour du centre de convention étaient quasi déserts. "Je pensais que ça serait bien pour la ville, parce que cela aurait ramené beaucoup d'argent", raconte à l'AFP Dan, 40 ans, qui préfère ne pas donner son nom de famille. "C'est juste une mauvaise année", soupire-t-il sous son masque.

Les démocrates n'ont pas choisi le Wisconsin au hasard : Donald Trump avait créé la surprise en remportant en 2016 cet Etat par une très courte avance, ce qui lui avait ouvert, avec d'autres victoires sur le fil dans des Etats du Midwest, les portes de la Maison Blanche. Beaucoup de "Wisconsinites" démocrates avaient alors déploré que Hillary Clinton n'y ait pas fait campagne après la convention.

Cette fois, il s'agissait pour les démocrates de mobiliser les électeurs noirs de Milwaukee, qui s'étaient abstenus en bien plus grand nombre pour Hillary Clinton que pour Barack Obama, mais aussi de reconquérir les agriculteurs, tout en séduisant les habitants des banlieues résidentielles. Sauf que Donald Trump s'est saisi de l'annonce que la convention serait uniquement virtuelle pour affirmer que les démocrates "ignor[ai]ent encore une fois les gens merveilleux du Wisconsin".

Pied de nez évident : le président républicain, faisant fi de la pandémie, vient d'ailleurs d'annoncer qu'il ferait un discours lundi 17 août, en personne, à Oshkosh, au nord de Milwaukee.

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