VIDEO. "Très inquiétant pour l'état de la démocratie américaine" : l'analyse du premier débat entre Donald Trump et Joe Biden

Le président sortant des Etats-Unis et son challenger démocrate se sont affrontés pendant 90 minutes à Cleveland (Ohio), mardi, pour le premier débat, émaillé d'échanges confus et d'injures. L'analyse de Thomas Snégaroff, journaliste et spécialiste des Etats-Unis.

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Le premier débat entre les deux candidats à l'élection présidentielle américaine, mardi 29 septembre, a été "catastrophique, chaotique", explique Thomas Snégaroff, historien et spécialiste des Etats-Unis. "Donald Trump accuse son adversaire d'être un idiot, de ne pas être 'smart'. Inversement, Joe Biden accuse son opposant d'être 'un clown' et lui demande de se taire", raconte Thomas Snégaroff, journaliste et historien, spécialiste des Etats-Unis. Des invectives qui reflètent bien l'esprit du débat.

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"Donald Trump avait prévu dès le début de venir pourrir le débat, couper Joe Biden", comme dans un match de boxe. "Son discours était clair : 'Je suis du côté de la loi et de l'ordre, et mon adversaire est un anarchiste entre les mains des socialistes'", explique Thomas Snégaroff. De l'autre côté, Joe Biden a joué sur l'empathie, regardant la caméra à plusieurs reprises "pour s'adresser directement aux Américains". L'ancien vice-président démocrate a notamment mis en cause la gestion de la crise sanitaire liée au Covid-19.

Mais "chaque candidat est resté dans son tunnel, avec sa propre vérité, retient Thomas Snégaroff. C'est très inquiétant pour la démocratie américaine parce qu'il n'y a finalement pas eu de débat. Aucun des deux n'était capable de se retrouver sur les bases qui permettraient de débattre. Je ne sais pas si la démocratie y a gagné."

L'enjeu : l'incarnation de l'Amérique

L'état des "suburbs", les banlieues résidentielles américaines, est un "enjeu capital dans cette élection". Elles ont permis à Donald Trump d'être élu à la Maison blanche en 2016, face à Hillary Clinton. Mais elles ne l'ont pas soutenu aux élections de mi-mandat de 2018. Pendant le débat, le président Trump a décrit ces banlieues comme "à feu et à sang dans les villes ou Etats tenus par les démocrates", explique Thomas Snégaroff. Joe Biden a répondu en expliquant que les "banlieues sont désormais plus intégrées socialement, racialement qu'à l'époque", accusant son adversaire de ne pas les connaître et de ne jamais y aller.

"Dans un débat et dans une campagne présidentielle, celui qui gagne, c'est celui qui parvient à dire aux Américains qu'il est l'incarnation de l'Amérique. Pendant le débat, chacun des participants a décrit son adversaire comme étant l'opposé de l'Amérique", décrypte Thomas Snégaroff. Joe Biden a présenté l'actuel président comme une "incarnation des milliardaires, qui ne connaît pas véritablement l'Amérique". A l'inverse, le démocrate est critiqué pour sa défense "d'une Amérique des minorités".

"Je ne sais pas quel sera l'effet de ce débat à moyen terme. En 2016, tous les commentateurs donnaient Hillary Clinton gagnante, rappelle Thomas Snégaroff. Ce n'est pas ce qui s'est produit quelques semaines plus tard dans les urnes."

Thomas Snégaroff, le 30 septembre 2020, après le premier débat entre les candidats à la présidentielle américaine.
Thomas Snégaroff, le 30 septembre 2020, après le premier débat entre les candidats à la présidentielle américaine. (FRANCEINFO / RADIOFRANCE)