Racisme, mensonges et collusion avec la Russie... Huit déclarations accablantes de l'ancien avocat de Trump devant le Congrès

Ancien avocat du président des Etats-Unis, pendant dix ans, Michael Cohen a été auditionné publiquement, mercredi, par une commission d'enquête parlementaire.

Michael Cohen, ancien avocat de Donald Trump, prête serment avant son témoignage devant une commission de la Chambre des représentants américaine, à Washington, le 27 février 2019.
Michael Cohen, ancien avocat de Donald Trump, prête serment avant son témoignage devant une commission de la Chambre des représentants américaine, à Washington, le 27 février 2019. (JONATHAN ERNST / REUTERS)

Une bonne partie de l'Amérique a retenu son souffle pendant cinq heures, mercredi 27 février, suspendue aux déclarations de Michael Cohen. Pendant dix ans, cet avocat a été celui qui "réglait les problèmes" de Donald Trump, quand il n'était qu'un magnat de l'immobilier, puis quand il s'est tourné vers la politique. Il a, depuis, rompu avec le président des Etats-Unis, et il était auditionné, mercredi, par la commission de contrôle de la Chambre des représentants, désormais contrôlée par les démocrates. Une audition publique et diffusée à la télévision. Il avait déjà été auditionné à huis clos, mardi, par la commission sénatoriale du Renseignement, et le sera, jeudi, devant la commission du Renseignement de la Chambre des représentants, toujours à huis clos.

Dans son propos liminaire puis ses réponses aux questions des parlementaires, Michael Cohen a accablé Donald Trump, qu'il a qualifié d'entrée de "raciste", d'"escroc" et de "tricheur""Il a beaucoup menti", a réagi le président américain jeudi depuis le Vietnam, tandis que les soutiens du président rappelaient que Michael Cohen a été condamné, en décembre, à trois ans de prison après avoir été reconnu coupable, notamment, d'avoir menti lors d'une précédente audition par le Congrès. Mais c'était avant que les deux hommes coupent les ponts, et l'avocat a d'ailleurs expliqué que son employeur lui avait alors "fait comprendre" qu'il devait mentir pour le protéger. Franceinfo résume les nombreuses accusations et déclarations fracassantes de cette audition.

Donald Trump est "un raciste"

Le président des Etats-Unis "est un raciste. C'est un escroc. C'est un tricheur", a lancé Michael Cohen dès l'introduction de son témoignage. Et il a notamment développé cette accusation de racisme. "On était un jour en voiture et on traversait un quartier difficile de Chicago, il a dit que seuls des Noirs pouvaient vivre ainsi", a-t-il raconté.

Il m'a dit que les Noirs ne voteraient jamais pour lui parce qu'ils étaient trop stupides.Michael Cohen, ancien avocat de Donald Trumpdevant le Congrès

"Un jour, il m'a demandé si je pouvais nommer un pays dirigé par une personne noire qui n'était pas un 'pays de merde', a aussi affirmé Michael Cohen. C'était à l'époque où Barack Obama était président des Etats-Unis."

Cohen a des "soupçons" sur une possible collusion entre Trump et la Russie

Le témoignage de l'ancien avocat de Donald Trump n'a pas apporté de preuve définitive d'éventuels liens entre la campagne du milliardaire et Moscou, liens qui font l'objet d'une enquête. Mais les déclarations de Michael Cohen n'ont pas non plus disculpé son ancien employeur. "Je n'ai pas" de preuves directes d'une collusion, "je veux être clair", a déclaré Michael Cohen lors de son propos liminaire. "Mais j'ai mes soupçons."

Il a ainsi affirmé se souvenir d'avoir vu le fils de Donald Trump, Don Jr., confirmer à son père l'organisation d'une "rencontre". Celle-ci pourrait, pense Michael Cohen, être celle qui a réuni Don Jr. et une avocate proche de Moscou qui affirmait avoir des informations compromettantes sur Hillary Clinton.

Rien, dans le monde de Trump, et surtout sa campagne, ne se passait sans que M. Trump en ait connaissance et donne son accord.Michael Cohen, ancien avocat de Donald Trumpdevant le Congrès

Trump aurait été prévenu par WikiLeaks de la publication d'e-mails de la campagne de Clinton

A quelques semaines de l'élection présidentielle de 2016, l'organisation WikiLeaks avait mis en ligne de nombreux e-mails et documents de l'entourage d'Hillary Clinton. Après sa défaite, la candidate démocrate avait soupçonné Moscou d'être derrière ce piratage. Selon Michael Cohen, Donald Trump était prévenu de la publication de ces documents embarrassants pour sa rivale.

L'avocat affirme avoir assisté à une conversation entre son employeur et son conseiller Roger Stone : "M. Stone a dit à M. Trump qu'il venait d'avoir Julian Assange [fondateur de WikiLeaks] au téléphone, et que M. Assange avait dit à M. Stone que, dans les jours à venir, sortirait un gros paquet d'e-mails qui feraient du mal à la campagne d'Hillary Clinton." "Ce serait génial", aurait répondu en substance Donald Trump, selon les affirmations de Michael Cohen.

Trump lui aurait "fait comprendre" qu'il fallait mentir au Congrès

En décembre, Michael Cohen a été condamné à trois ans de prison, notamment pour "parjure" : auditionné sous serment par le Congrès américain, il avait menti au sujet d'un projet de tour négocié par Donald Trump à Moscou, affirmant que les discussions avaient pris fin en janvier 2016 alors qu'elles se sont, en réalité, prolongées pendant plusieurs mois. Ceci pendant que le milliardaire faisait campagne pour la présidence des Etats-Unis.

Selon l'avocat, c'est Donald Trump qui lui a suggéré, sans le dire, de mentir. "M. Trump ne m'a pas directement dit de mentir au Congrès. Ce n'est pas comme ça qu'il fonctionne", a expliqué Michael Cohen lors de sa nouvelle audition, mercredi. Mais, pendant la campagne, "au moment même où je négociais activement pour lui en Russie, il me regardait dans les yeux, me disait qu'il ne faisait pas d'affaires en Russie". Il a déclaré : "Donald Trump m'avait fait comprendre (...) qu'il voulait que je mente", d'autant plus qu'il affirme que les réponses qu'il devait donner au Congrès, lors de son premier témoignage, avaient été "relues et modifiées" par les avocats personnels du président.

Travailler pour Trump, c'était "mentir pour lui (...) tous les jours"

Plus largement, Michael Cohen, qui a travaillé pendant dix ans pour la Trump Organization, peint le tableau d'une entreprise dans laquelle les mensonges étaient monnaie courante.

Le travail de chaque personne à la Trump Organization est de protéger M. Trump. Tous les jours, la majorité d'entre nous savait que l'on allait mentir pour lui à propos de quelque chose.Michael Cohen, ancien avocat de Donald Trumpdevant le Congrès

Il assure que le milliardaire lui a demandé, à de nombreuses reprises, de menacer des individus ou des entités en son nom. L'avocat explique que ces comportements lui semblaient "insignifiants" quand ils servaient uniquement les affaires d'un entrepreneur dans l'immobilier. Mais quand il s'agit de mentir "pour un président, je considère que c'est important et dangereux".

Michael Cohen dit, notamment, avoir organisé le versement, lors de la campagne présidentielle, de 280 000 dollars à deux femmes, l'ancienne actrice pornographique Stormy Daniels et la playmate Karen McDougal, pour acheter leur silence sur leurs liaisons supposées avec le milliardaire. A l'appui, il a présenté mercredi une copie du chèque venant, selon lui, du compte personnel du président américain et que ce dernier a signé, une fois arrivé à la Maison Blanche, pour lui rembourser le paiement à Stormy Daniels.

L'ancien collaborateur du président des Etats-Unis a fait le portrait d'un homme mû par son ego et un fort sentiment d'impunité, qui a notamment prétexté une fausse excuse médicale pour ne pas aller combattre au Vietnam, et fait acheter un portrait de lui vendu aux enchères à un montant prohibitif par un faux acheteur. Donald Trump "est capable de se comporter avec bonté, mais il n'est pas bon. Il est capable de gestes généreux, mais il n'est pas généreux. Il est capable d'être loyal, mais il est fondamentalement déloyal", a martelé Michael Cohen.

D'autres faits, qui n'ont pas été rendus publics, feraient l'objet d'une enquête contre Trump

C'est sans doute la déclaration la plus mystérieuse faite par Michael Cohen devant la commission d'enquête du Congrès. Après qu'il a été interrogé au sujet de la collusion entre la campagne Trump et la Russie, sur les paiements secrets faits à des maîtresses supposées du président et les affaires commerciales de la famille Trump, un membre démocrate de la commission a demandé à l'avocat : "Y a-t-il d'autres malversations ou actes illégaux liés à Donald Trump dont vous ayez connaissance et que nous n'avons pas encore évoqués aujourd'hui ?"

Michael Cohen a répondu par l'affirmative. Ces faits "font partie de l'enquête actuellement menée par" un tribunal fédéral de New York, qui aurait demandé à l'avocat de ne pas en parler publiquement. Il n'a pas donné plus de détails.

Le milliardaire "n'a jamais pensé qu'il gagnerait l'élection"

Il n'est pas le premier à l'affirmer : pour Michael Cohen, Donald Trump "n'a jamais pensé qu'il gagnerait la primaire. Il n'a jamais pensé qu'il gagnerait l'élection. La campagne – pour lui – avait toujours été une opportunité marketing". Le président des Etats-Unis "n'avait aucun désir ni aucune intention de diriger cette nation", et parlait "souvent" de sa candidature comme du "plus grand publi-reportage de l'histoire politique". C'est pour cela, assure l'avocat, que l'homme d'affaires a notamment continué à négocier son projet de tour à Moscou pendant la campagne et a menti à ce sujet.

Cohen craint que Trump n'accepte pas une "transition pacifique" en cas de défaite en 2020

Si Donald Trump n'avait pas vraiment, selon Michael Cohen, l'intention de diriger les Etats-Unis, l'avocat a conclu son témoignage en exprimant ses craintes sur le fait qu'il acccepte de quitter la Maison Blanche, maitenant qu'il s'y est installé. "D'après l'expérience que j'ai eue au service du président Trump, je crains que s'il perd l'élection en 2020, il n'y ait jamais de transition pacifique du pouvoir", a lancé l'ancien collaborateur du président, qui explique que cette crainte est la raison pour laquelle il a accepté de témoigner publiquement devant la commission d'enquête du Congrès.