Nucléaire iranien : "Le discours de Donald Trump a fait l'unanimité dans la classe politique israélienne"

Quelle est l'ambiance en Israël, au lendemain de l'annonce de Donald Trump de sortir de l'accord sur le nucléaire iranien ? Franceinfo a interrogé Franck Genauzeau, le correspondant de France Télévisions dans la région.

Donald Trump et Benyamin Nétanyahou après une conférence de presse, à Jérusalem, le 22 mai 2017. 
Donald Trump et Benyamin Nétanyahou après une conférence de presse, à Jérusalem, le 22 mai 2017.  (MANDEL NGAN / AFP)

Benyamin Nétanyahou "soutient totalement" Donald Trump. Le Premier ministre israélien a immédiatement salué, mardi 8 mai, la décision du président américain de se retirer de l'accord nucléaire avec l'Iran. Quelle est l'ambiance sur place au lendemain de cette annonce ? Faut-il craindre un regain de tension dans la région ? Franceinfo a interrogé Franck Genauzeau, le correspondant de France Télévisions en Israël.

Franceinfo : Comment le discours de Donald Trump a-t-il été accueilli par les autorités israéliennes ?

Franck Genauzeau : Les autorités israéliennes sont ravies car Donald Trump a décidé de s'aligner totalement sur le discours israélien, un discours tenu depuis maintenant trois ans et qui affirme que l'Iran mentait sur le contenu de l'accord. Cela donne à Israël une légitimité dans ce conflit. C'est un discours qui a fait l'unanimité au sein de la classe politique israélienne.

Benyamin Nétanyahou s'est exprimé à peine quelques secondes après l'allocution du président américain. Cela signifie d'une part qu'il était briefé et cela confirme ce que beaucoup d'experts s'accordent à dire, à savoir que le discours de Donald Trump rappelle celui du Premier ministre israélien.

Mardi soir, Israël a placé le Golan en état d'alerte élevée devant l'éventualité d'une attaque iranienne venue de Syrie. Quelle est l'ambiance aujourd'hui ?

Hier, les autorités israéliennes ont demandé à ouvrir les abris anti-roquettes par crainte de représailles depuis le territoire syrien. L'alerte a été levée ce matin, ce qui donne l'impression qu'Israël avait envie de prouver le bien-fondé de la décision de Donald Trump. Ils ont déployé des renforts militaires sur la frontière, avec des batteries d'artillerie et des chars. Ils ont aussi mobilisé des unités de réserve, mais celles-ci concernent surtout des troupes de renseignement, pas des troupes combattantes.

On est plus sur une volonté des autorités [israéliennes] d'entretenir une atmosphère de veillée d'armes.Franck Genauzeauà franceinfo

Existe-t-il un risque imminent de conflit direct ?

Imminent, je ne crois pas. La tension est plus forte ce matin, mais ce regain de tension ne date pas d'hier soir. On a assisté à des tensions très vives depuis le début de l'année, avec notamment l'intrusion d'un drone lancé de Syrie sur le plateau du Golan en février dernier.

Il y a donc une montée en tension progressive. La déclaration de Donald Trump a rajouté un cran, mais il est difficile de présager que cette déclaration aboutira à une flambée de violence. Ce serait risqué, pour les Etats-Unis et Israël, de lancer une opération en Syrie contre les troupes iraniennes sans en avoir discuté avec Vladimir Poutine et les dirigeants européens. Je vois mal une opération massive d'Israël en territoire syrien tant que cela n'aura pas été discuté avec la Russie.

Quel rôle la diplomatie française peut-elle jouer ?

La diplomatie française n'agira pas seule, elle doit se coordonner avec les Britanniques et les Allemands. Ils doivent se pencher sur l'étude d'une solution qui pourra à la fois satisfaire Donald Trump et les Iraniens, trouver une solution qui permettrait à tout le monde de sortir de ce conflit la tête haute. Et toute la question est de savoir si la position de Trump n'est qu'une position de façade. La plupart des experts pensent que pour le président américain, la seule solution est un changement du régime en Iran. Mais ce n'est pas la position des Européens. Les prochaines semaines de discussions entre les Etats-Unis et les Européens vont être intenses.