Etats-Unis : trois questions sur Truth Social, le réseau social que veut lancer Donald Trump

La plateforme de l'ancien président des Etats-Unis devrait entrer en service au premier trimestre 2022.

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France Télévisions
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Une image illustrant le futur réseau Truth Social lancé par l'ancien président Donald Trump s'affiche sur un écran d'ordinateur à Los Angeles (Californie, Etats-Unis) le 20 octobre 2021. (CHRIS DELMAS / AFP)

Il revient sur le devant de la scène. L'ex-président des Etats-Unis Donald Trump a annoncé, mercredi 20 octobre, le lancement de son propre réseau social, baptisé Truth Social. Pourquoi cette initiative du milliardaire républicain, qui avait été évincé de Facebook, Twitter et YouTube après l'assaut meurtrier contre le Capitole mené par ses partisans le 6 janvier 2021 ? Explications autour de trois questions.

1De quoi s'agit-il ?

Ce réseau social créé par l'homme d'affaires de 75 ans devrait être lancé au premier trimestre 2022. "J'ai créé Truth Social et le groupe Trump Media and Technology (TMTG) pour résister face à la tyrannie des géants des technologies", a détaillé l'ancien président dans un communiqué. 

"Son groupe TMTG va fusionner avec Digital World Acquisition, une entreprise cotée au Nasdaq, la Bourse des valeurs technologiques", précise la radio RFI. "Le but claironné [par Donald Trump] est (…) de riposter face aux grandes compagnies technologiques".

La plateforme Truth Social "sera accessible depuis un ordinateur, via son navigateur web, mais aussi par une application mobile développée pour iOS. Elle est déjà référencée sur l'App Store, mais inaccessible en octobre", relève Numerama. Les internautes pourront rejoindre ce réseau social en version bêta sur invitation dès novembre 2021, précise le communiqué de la société de Donald Trump. Le nouveau groupe médiatique du milliardaire, TMTG, comprendra aussi un service de vidéo à la demande avec des programmes de divertissement.

2Pourquoi Trump crée-t-il son propre réseau ?

Il s'agit de pouvoir rassembler le plus largement possible ses partisans sur un réseau social non seulement acquis à sa cause, mais dont il est le propriétaire. Battu par Joe Biden en 2020 à l'élection présidentielle américaine, Donald Trump n'a en effet pas supporté d'être évincé des grands réseaux sociaux américains, Facebook, Twitter et YouTube (propriété du groupe Google), après l'envahissement du Capitole par ses partisans le 6 janvier 2021. Car selon lui, les grandes entreprises de la Silicon Valley ont "utilisé leur pouvoir unilatéral pour réduire au silence les voix dissidentes en Amérique".

Avant d'être banni, Donald Trump comptait près de 89 millions d'abonnés sur Twitter, où il avait annoncé nombre de grandes décisions présidentielles et des limogeages tonitruants, ainsi que 35 millions sur Facebook et 24 millions sur Instagram. Réunir à nouveau autant de monde sera difficile, constate Jean-Eric Branaa, spécialiste des Etats-Unis et maître de conférences à l'université Assas-Paris 2, qui était l'invité de franceinfo jeudi 21 octobre.

"C'est un pari à très haut risque puisque tout le monde va attendre le chiffre des gens qui le suivent sur ce [nouveau] réseau."

Jean-Eric Branaa, maître de conférences à l'université Paris 2

sur franceinfo

"On en est resté à 89 millions [d'abonnés] sur son compte Twitter qui a désormais disparu. Mais ce n'étaient pas uniquement ses fans, c'étaient ceux qui s'intéressaient à son actualité de président, et au moins la moitié étaient des opposants politiques, constate le spécialiste des Etats-Unis. Ce qui faisait le charme de son compte Twitter, c'est qu'il y avait beaucoup de débats et beaucoup de commentaires à la suite de chacun de ses tweets. Or, le risque, c'est que sur ce nouveau réseau social, ce soit de l'entre-soi, avec ses propres amis, ceux qui l'adulent, et ceux qui seront là uniquement pour répéter ce qu'il dit sans véritablement de contradiction. A ce moment-là, ce sera un raté pour Donald Trump."

3Comment peut-il s'en servir dans la perspective de la présidentielle de 2024 ? 

"C'est une étape en vue de réfléchir à une future candidature [à l'élection présidentielle de 2024] pour essayer de recréer une dynamique", estime encore Jean-Eric Branaa. Au risque d'une future escalade.

"Ce qui a marché dans sa candidature en 2015, c'est que ses provocations déclenchaient aussitôt les gros titres de tous les médias américains et du monde entier. Mais aujourd'hui, ça va être très difficile car il a déjà tout fait."

Jean-Eric Branaa, maître de conférences à l'université Paris 2

sur franceinfo

"Et pour arriver à faire de la provocation plus forte qu'en 2015, on se rapproche de la zone noire de la dictature, estime encore l'universitaire. Il sera donc difficile pour lui de porter une candidature à la prochaine présidentielle." 

Du côté du Parti républicain, le futur réseau Truth Social sera suivi de près. Les élus du parti "savent bien que l'électorat républicain est toujours en majorité derrière Donald Trump. Donc, pour pouvoir être réélus, il faut qu'ils collent à la parole de Trump, analyse Jean-Eric Branaa. Alors bien sûr, aujourd'hui, ils vont saluer ce réseau social au minimum, ou alors ne rien dire. Il n'y aura pas de voix contre, puisque Donald Trump fait la pluie et le beau temps du côté du Parti républicain."

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