Etats-Unis : trois questions sur les "caravanes de migrants" contre lesquelles Donald Trump veut envoyer l'armée

Tweets dissuasifs, soldats mobilisés à la frontière sud, annonce de l'abrogation du droit du sol… Depuis quelques jours, Donald Trump emploie les grands moyens pour bloquer des groupes de réfugiés, principalement honduriens, qui se dirigent vers les Etats-Unis.

Des réfugiés venus d\'Amérique centrale en exil vers les Etats-Unis se reposent au Mexique, le 25 octobre 2018.
Des réfugiés venus d'Amérique centrale en exil vers les Etats-Unis se reposent au Mexique, le 25 octobre 2018. (JESUS ALVARADO / SPUTNIK)

A quelques jours des élections de mi-mandat du mardi 6 novembre, Donald Trump durcit à nouveau le ton sur l’immigration. Le président américain a multiplié les sorties à propos des "caravanes de migrants" venues d’Amérique centrale, en marche depuis plusieurs semaines vers les Etats-Unis. Pour contenir les quelque 6 000 réfugiés hors du territoire américain, Donald Trump envisage ainsi d’envoyer jusqu’à 15 000 soldats à la frontière avec le Mexique.

Qui sont ces réfugiés ?

Le 14 octobre, un cortège de 2 000 migrants s’est mis en marche, depuis le Honduras, en Amérique centrale, dans le but d’atteindre les Etats-Unis. Le trajet s'annonce long : pour atteindre la frontière américaine, ils doivent passer par le Guatemala et le Mexique. Au fil des jours, plusieurs milliers de réfugiés se sont joints au cortège initial, espérant fuir la misère économique de leurs pays, et parfois la violence. D’autres migrants, eux, ont choisi de faire demi-tour, épuisés par les conditions inhumaines de cet exil. "La route est difficile parce que nous ne savons pas ce qui nous attend", confiait Jimmy, un jeune Hondurien du cortège, à l’AFP, le 28 octobre.

Il y a des zones dangereuses où on peut se faire enlever. Nous sommes nombreux, mais nous serons peu nombreux à arriver.Jimmy, Hondurien en exilà l'AFP

Composée d’hommes, de femmes et d’enfants, la caravane poursuit sa route, à pied, en camion ou en train. Les réfugiés dorment dans des camps de fortune, aidés par certaines associations qui leur fournissent de l’aide alimentaire et médicale. Entre les arrivées et les abandons en cours de route, l’ONG Pueblos sin Fronteras estime qu’environ 4 000 migrants font désormais partie du cortège, qui a atteint le 30 octobre la localité de Juchitan de Zaragoza, dans l’Etat mexicain d’Oaxaca.

Un deuxième groupe, composé lui de 2 000 marcheurs à majorité honduriens, s’est également mis en marche depuis plusieurs jours. Le 29 octobre, il est parvenu à franchir le fleuve Suchiate, séparant le Guatemala du Mexique, contournant les barrages de la police mexicaine. La veille, les autorités avaient en effet bloqué l’entrée depuis le Guatemala, à l’aide de policiers anti-émeutes, causant la mort d’un Hondurien, touché par un projectile.

Quelle a été la réaction des Etats-Unis ?

Au total, environ 6 000 réfugiés venant d’Amérique centrale cheminent donc actuellement vers les Etats-Unis, afin d’y demander l’asile. Le président mexicain Enrique Peña Nieto a annoncé, le 26 octobre, le lancement du plan Tu es dans ta maison, qui propose une couverture médicale, de l’éducation pour les enfants et un travail temporaire aux migrants qui accepteraient de déposer des demandes d’asile dans les Etats du Chiapas et d’Oaxaca. Mais rien n’y fait : la plupart des réfugiés préfèrent poursuivre leur chemin vers les Etats-Unis.

En réaction, Donald Trump a annoncé le déploiement de l'armée américaine à la frontière avec le Mexique. "Nous avons environ 5 000 soldats et nous irons jusqu’à 10 000 ou 15 000", a-t-il affirmé depuis les jardins de la Maison Blanche, mercredi 31 octobre. Ils s’ajoutent aux 2 100 membres de la Garde nationale déjà mobilisés à la frontière. L'opération militaire, baptisée Patriote fidèle, doit renforcer les postes-frontières du Texas, à l'est, à la Californie, à l'ouest, afin d’apporter un soutien logistique aux agents du Service des douanes et de la protection des frontières (CBP) sur d’autres zones moins bien protégées.

Depuis plusieurs jours, le président américain enchaînait déjà les déclarations chocs et les tweets alarmistes. "De nombreux gangs et de très mauvaises personnes se sont mélangés à la caravane qui se dirige vers notre frontière sud", a-t-il tweeté lundi, déplorant une "invasion". "S’il vous plaît, faites demi-tour", a ajouté le président américain dans son tweet, menaçant les réfugiés d’un : "Nos militaires vous attendent."

S’ils demandent l’asile, nous allons les retenir jusqu’à ce que leur cas soit examiné. Nous les retiendrons, nous allons construire des villes de tentes, nous allons dresser des tentes partout là-bas.Donald Trump, président américainsur Fox News

Pourquoi une réaction si virulente de Donald Trump ?

Ce phénomène migratoire est loin d’être inédit : en avril, l’association Pueblo Sin Fronteras avait organisé un convoi d'un peu plus d'un millier de migrants. Selon le New York Times (article en anglais), seuls 150 d'entre eux étaient finalement arrivés à la frontière américaine. 

Mais Donald Trump voit surtout dans cette crise une manière de réaffirmer sa volonté de lutter contre l'immigration illégale, à l’approche des élections législatives de mi-mandat qui auront lieu le 6 novembre et qui menacent la majorité du président au Congrès.

Le chef d'Etat américain multiplie donc les déclarations chocs pour mobiliser ses électeurs. Il a ainsi annoncé vouloir abroger le droit du sol, afin d’empêcher les enfants d’immigrés en situation irrégulière d’acquérir la nationalité américaine. Le 30 octobre, il assurait que la mesure serait prise par décret.

Pourtant, le droit du sol est inscrit dans le 14e amendement de la Constitution américaine, et ne peut pas être remis en cause par la simple volonté du président américain. Cet amendement stipule en effet que "toute personne née ou naturalisée aux Etats-Unis, et soumise à leur juridiction, est citoyen des Etats-Unis et de l’Etat dans lequel elle réside". Sur Twitter, Donald Trump a indiqué que "ce cas serait tranché par la Cour suprême des Etats-Unis", plus haute juridiction du pays.