Ce qu'il faut savoir sur les soupçons de collusion avec l'Ukraine, à l'origine de la procédure de destitution qui vise Donald Trump

Le président américain est accusé d'avoir demandé à son homologue ukrainien de relancer deux enquêtes sur la famille de Joe Biden, candidat à l'investiture démocrate pour la présidentielle de 2020. 

Donald Trump lors d\'un meeting en marge du sommet de l\'ONU à New York (Etats-Unis), le 24 septembre 2019. 
Donald Trump lors d'un meeting en marge du sommet de l'ONU à New York (Etats-Unis), le 24 septembre 2019.  (SAUL LOEB / AFP)

Les démocrates de la Chambre des représentants ont initié, mardi 24 septembre, une enquête en vue d'une destitution de Donald Trump. Nancy Pelosi, cheffe de file de ces parlementaires, a estimé dans son discours que le président américain avait "violé la Constitution" en usant de ses pouvoirs officiels pour nuire à Joe Biden, candidat à l'investiture démocrate pour l'élection présidentielle de novembre 2020.

Un lanceur d'alerte censuré

Cette enquête parlementaire fait suite à une déclaration de l'inspecteur général des services de renseignement. Michael Atkinson a informé le Congrès le 9 septembre qu'il avait été saisi, début août, d'un problème urgent par un lanceur d'alerte issu de la communauté du renseignement.

A l'époque, le directeur par intérim du renseignement national, Joseph Maguire, s'était opposé à la transmission au Congrès des informations reçues par Michael Atkinson. Le département de la Justice avait soutenu ce choix. Mais après cette révélation, plusieurs médias américains ont enquêté. 

Le Washington Post (en anglais) a rapporté, le 19 septembre, que le locataire de la Maison Blanche avait profité d'un échange téléphonique avec Volodymyr Zelensky, fraîchement élu président, pour inciter l'Ukraine à relancer des enquêtes sur Joe Biden. Le quotidien américain précise également que cet échange ne constitue qu'un élément incriminant parmi d'autres.

Un appel pour lutter contre la corruption en Ukraine

Au lendemain de la parution de cet article, le New York Times (en anglais) a apporté de nouvelles informations. Lors de cet appel, le 25 juillet dernier, Donald Trump aurait enjoint Volodymyr Zelensky à "améliorer sa réputation et ses relations avec les Etats-Unis", en luttant contre la "corruption". Le quotidien cite un résumé de la discussion (en anglais) établi par le gouvernement ukrainien, alors qu'à l'époque, le compte-rendu de cet appel publié par la Maison Blanche était succinct.

Le Wall Street Journal (en anglais) fait état d'un Donald Trump insistant, réclamant à "huit reprises" de lancer des enquêtes, deux en particulier, en direction de Joe Biden et de ses proches. Le président américain appelait l'Ukraine à enquêter sur Hunter Biden, fils de Joe Biden, qui a travaillé pour un groupe gazier ukrainien à partir de 2014, alors que son père était à l'époque le vice-président de Barack Obama.

Une aide financière gelée pour faire pression

Il aurait également réclamé l'ouverture d'une autre enquête, sur les liens éventuels entre des responsables de l'administration ukrainienne et des émissaires démocrates. Ces liens auraient notamment permis de dévoiler la fraude fiscale et bancaire de Paul Manafort, l'un des directeurs de campagne de Donald Trump en 2016 condamné à de la prison après cette affaire. 

D'après plusieurs médias américains (en anglais), citant des sources officielles au sein de l'administration Trump, le versement d'une aide militaire de 391 millions de dollars à l'Ukraine aurait été utilisée comme moyen de pression par Donald Trump. Officiellement, l'administration américaine avançait que cette aide était retenue à cause de la corruption dans le pays. Elle a finalement été débloquée fin août sous la pression d'élus du Congrès (républicains et démocrates). 

Donald Trump dénonce des "fake news"

Depuis, Donald Trump dénonce une "chasse aux sorcières", un "harcèlement présidentiel" à son égard. "Cet appel était totalement normal", a-t-il argué. Interrogé sur CNN, Rudy Giuliani, l'un des avocats de Donald Trump, a pourtant confirmé que l'administration Trump a demandé aux autorités ukrainiennes d'enquêter sur Joe Biden. L'ancien maire de New York soutient, pour la défense du principal intéressé, que Joe Biden aurait en 2016 fait limoger, par les autorités ukrainiennes, un procureur général qui enquêtait sur la société de son fils Hunter. 

Interrogé sur sa conversation avec Volodymyr Zelensky, Donald Trump a estimé que ses échanges avec le président ukrainien n'avaient "pas d'importance". Il a toutefois ajouté que "quelqu'un devrait se pencher sur Joe Biden". Le président des Etats-Unis a également attaqué la personne à l'origine de l'affaire : "C'est ridicule ! C'est un lanceur d’alerte partial", a-t-il estimé. 

Joe Biden a de son côté réclamé que la retranscription de l'appel du 25 juillet soit publiée "afin que le peuple américain puisse juger par lui-même". Le président américain a assuré qu'elle le serait dans la journée du 25 septembre, après l'annonce du déclenchement de la procédure d'impeachment initiée par Nancy Pelosi. Le Sénat, malgré sa majorité républicaine, a lui aussi réclamé, à l'unanimité, l'intégralité du rapport du lanceur d'alerte sur le dossier ukrainien. Le résumé de l'échange entre les deux dirigeants a finalement été mis en ligne le 25 septembre. Il confirme que Donald Trump a bien demandé à son homologue d'enquêter sur Joe Biden, mais ne mentionne pas l'aide bloquée.