Annexion des colonies par Israël, "Jérusalem indivisible", Etat palestinien sous conditions... Ce qu'il faut retenir du "plan de paix" de Donald Trump

Le président des Etats-Unis a dévoilé, mardi 28 janvier, ses principales propositions pour le Proche-Orient en l'absence des Palestiniens.

Le président des Etats-Unis, Donald Trump, et le Premier ministre israélien, Benyamin Nétanyahou, présentent le \"plan\" de Trump pour le Proche-Orient, le 28 janvier 2020 à Washington.
Le président des Etats-Unis, Donald Trump, et le Premier ministre israélien, Benyamin Nétanyahou, présentent le "plan" de Trump pour le Proche-Orient, le 28 janvier 2020 à Washington. (MANDEL NGAN / AFP)

Benyamin Nétanyahou était tout sourire. Devant le Premier ministre israélien et en l'absence des Palestiniens, Donald Trump a présenté, mardi 28 janvier à Washington, ce qu'il a appelé un "plan de paix" très favorable à Israël. Plus exactement, le président des Etats-Unis en a "dévoilé les grandes lignes, mais c'est Benyamin Nétanyahou qui en a révélé les détails", selon le correspondant au Moyen-Orient de Radio France, Frédéric Métézeau.

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Avec ce plan, Washington reconnaît Jérusalem comme "capitale indivisible d'Israël" et donne à l'Etat hébreu le droit d'annexer ses colonies en Cisjordanie. Quant au futur Etat palestinien, il ne pourrait voir le jour que sous de multiples conditions.

Toutes les dispositions sont détaillées dans un document de la Maison Blanche de 181 pages.

Franceinfo vous résume les principales dispositions de ce projet, qui constituent, selon Le Monde, un "alignement sans précédent sur les exigences israéliennes".

 Israël a le droit d'annexer les colonies

Le plan reconnaît à Israël le droit d'annexer les colonies qu'il a créées en Cisjordanie occupée. Il octroie ainsi à l'Etat hébreu la souveraineté sur la vallée du Jourdain que réclamait Benyamin Nétanyahou. 

Qualifiant cette zone de "vitale" pour Israël, le Premier ministre a aussitôt annoncé que l'Etat hébreu allait "appliquer sa souveraineté". Dans la foulée, l'ambassadeur des Etats-Unis, David Friedman, s'est fait encore plus explicite, affirmant qu'Israël pouvait annexer ses colonies "sans attendre". 

Sur Twitter, Donald Trump a publié une carte de l'"Etat d'Israël" avec ce message : "Je serai toujours aux côtés de l'Etat d'Israël et du peuple juif. Je soutiens avec force leur sécurité et leur droit à vivre sur leur patrie historique. Voici le temps de la paix !"

A quoi ressembleraient les zones revenant aux Palestiniens dans une Cisjordanie amputée de la vallée du Jourdain? Elles seraient "globalement centrées sur les grandes agglomérations arabes de Jénine, Naplouse, Ramallah, Jéricho, Bethléem et Hébron", énumère Le Figaro, "avec de profonds couloirs taillés pour relier les grands blocs de colonies israéliennes. Quinze colonies restant enclavées seraient reliées à Israël par des routes sous contrôle israélien."

Seraient aussi attribuées aux Palestiniens, toujours selon le quotidien, "deux zones dans le désert du Neguev pour développer une zone industrielle de haute technologie". La superficie du futur Etat palestinien serait donc nettement en-deçà de ce que demandent les Palestiniens, qui voudraient récupérer l'ensemble des Territoires occupés depuis 1967 par Israël. Au passage, le plan Trump balaie les résolutions du Conseil de sécurité de l'ONU sur le sujet, dont la résolution 242. Celle-ci prévoit depuis un demi-siècle le retrait des forces armées israéliennes des territoires occupés depuis la guerre de 1967.

Jérusalem, "capitale indivisible d'Israël"

Premier président des Etats-Unis à reconnaître Jérusalem comme capitale de l'Etat israélien, Donald Trump a affirmé que la ville resterait "la capitale indivisible d'Israël". Certes, il a aussi assuré qu'un futur Etat palestinien pourrait avoir sa capitale, Al-Qods, dans "Eastern Jerusalem".  Mais le terme est ambigu. Il peut être compris comme Jérusalem-Est, c'est-à-dire la partie occupée et annexée par Israël en 1967 que les Palestiniens revendiquent comme capitale de leur Etat. Mais l'administration Trump, semble-t-il, songe plutôt à des faubourgs situés dans l'est de la Ville sainte.

En clair, il s'agirait de localités comme Abou Dis, techniquement situées à Jérusalem, mais du côté oriental de la barrière de sécurité séparant Israël des Territoires palestiniens. Cette hypothèse avait déjà été envisagée par le prédécesseur de Donald Trump, Barack Obama, rappelle le correspondant du Monde au Proche-Orient, Benjamin Barthe.

Sur la question des lieux saints, le président américain a appelé au maintien du statu quo sur l'esplanade des Mosquées. Mais les auteurs du plan ébauchent surtout, selon Libération, "une contradiction hautement explosive". "S'ils mentionnent leur attachement au statu quo actuel, ils appellent à la liberté de prière sur l'esplanade des Mosquées (le mont du Temple pour les juifs), revendication phare des nationalistes religieux israéliens, farouchement combattue par les Palestiniens et les Jordaniens, gardiens du site", explique le journal.

Un éventuel Etat palestinien sous conditions

Sur le papier, les Palestiniens ont droit à un Etat, mais sous de multiples conditions. Ils doivent reconnaître Israël comme "Etat juif", "rejeter le terrorisme sous toutes ses formes" et renforcer leurs institutions.

S'ils acceptent de négocier et accèdent finalement à un tel Etat, celui-ci sera "démilitarisé": Israël resterait responsable de la sécurité et du contrôle de l'espace aérien à l'ouest de la vallée du Jourdain, tandis que le Hamas, qui contrôle la bande de Gaza, serait "désarmé".

"Sans contrôle des frontières et des axes de communication, l'Etat qu'on promet [aux Palestiniens] n'aura d'Etat que le nom", écrit le journaliste du Monde Benjamin Barthe. Le correspondant de Radio France au Proche-Orient observe en outre qu'aux yeux du chef du gouvernement israélien, ce plan n'est qu'"un chemin vers un Etat israélien". 

Pas de droit au retour pour les Palestiniens

Donald Trump enterre le "droit au retour" des réfugiés palestiniens. Ceux-ci ne pourront pas rentrer sur le sol israélien, même s'ils appartiennent à des familles ayant fui ces terres, notamment lors de la guerre de 1967. "Les réfugiés palestiniens auront le choix entre vivre dans le futur Etat palestinien, s'intégrer dans les pays où ils résident actuellement, ou s'installer dans un pays tiers", affirme la Maison Blanche.

Les Etats-Unis promettent néanmoins de "travailler avec la communauté internationale" pour aider "généreusement" ce processus de réinstallation. Mais dans les faits, Washington a cessé de contribuer à l'agence de l'ONU pour ces réfugiés, sous l'impulsion de l'actuel locataire de la Maison Blanche.

Un volet économique à venir

En juin 2019, les Etats-Unis avaient déjà présenté le volet économique censé accompagner le plan plus général exposé par Donald Trump mardi. Washington veut mettre à contribution ses alliés dans la région, et notamment l'Arabie saoudite pour lever 50 milliards de dollars (44 milliards d'euros) afin de favoriser un développement économique des Territoires palestiniens.

L'idée consiste à faire pression sur les Palestiniens, par l'intermédiaire des pays arabes amis des Etats-Unis, pour qu'ils acceptent le plan général en échange de ces investissements. Mais la Jordanie a déjà exprimé ses réserves. En Arabie saoudite, le roi Salmane a réaffirmé, lors d'un entretien téléphonique avec le président de l'Autorité palestinienne Mahmoud Abbas, l'engagement du royaume sur la question des droits palestiniens, a rapporté l'agence de presse officielle saoudienne, même si le ministère des Affaires étrangères a redit le soutien du royaume à toutes les initiatives visant à parvenir à une solution "juste et globale de la question palestinienne". Quant aux détails concrets de ce projet, souligne Le Monde, ils "restent l'objet de spéculations".