Colonies israéliennes : "C'est la loi du plus fort qui s'impose et la situation est extrêmement préoccupante", estime un spécialiste du Moyen-Orient

Didier Billion, directeur adjoint de l’Iris, a réagi sur franceinfo à la décision des États-Unis de ne plus considérer les colonies israéliennes comme contraires au droit international. 

Un habitant de Bilin face à une colonie israélienne.  
Un habitant de Bilin face à une colonie israélienne.   (?YANN RENOULT/WOSTOK PRESS / MAXPPP)

Les Etats-Unis ne considèrent plus que les colonies israéliennes en Cisjordanie sont contraires au droit international, a annoncé lundi 18 novembre le secrétaire d'Etat américain Mike Pompeo, revenant sur la position officielle affichée depuis 1978 par Washington sur cette question. "C'est la loi du plus fort qui s'impose. Nous sommes dans une situation extrêmement préoccupante", a expliqué mardi sur franceinfo Didier Billion, directeur adjoint de l’Iris, spécialiste du Moyen-Orient.

franceinfo : Ce changement vous étonne-t-il ?

Didier Billion : Non, parce que nous assistons sur ce dossier, comme sur quelques autres, à une entreprise de déconstruction systématique de la part de l'administration Trump du droit international. Nous l'avons constaté à propos du dossier iranien où unilatéralement Donald Trump a dénoncé l'accord sur le nucléaire. Sur ce dossier israélo-palestinien nous assistons, depuis son accession à la Maison Blanche, à un certain nombre de décisions qui systématiquement prennent la défense exclusive des intérêts israéliens. Donc, cela veut dire que Trump se situe dans une perspective de règlement de ce dossier qui nie totalement la possibilité au peuple palestinien de se doter d'un Etat, donc c'est l'abandon de la part de cette administration d'accepter une solution à deux Etats, ce qui est contradictoire avec toutes les résolutions de l'ONU.

L'Autorité palestinienne dénonce cette décision et parle d'une loi de la jungle. Pourquoi un tel terme ?

Je ne sais pas si l'expression est la plus appropriée. Ce qui est important c'est qu'en réalité ce qui se trame, et qui est la ligne de l'administration Trump, c'est cette volonté de refuser toute possibilité de construire des relations internationales basées sur le bilatéralisme. Donc, systématiquement cette administration prend des décisions unilatérales, quand on prend des décisions unilatérales, c'est la loi du plus fort. C'est ce que les dirigeants palestiniens ont voulu dire en parlant de loi de la jungle puisqu'il n'y a plus de possibilité de dialogue, de compromis, donc, c'est la loi du plus fort qui s'impose. C'est la négation même de tout ce qui a été mis en œuvre depuis des décennies. Nous sommes dans une situation extrêmement préoccupante.

Ce choix peut-il attiser les tensions entre Israéliens et Palestiniens ?

Oui, très probablement. Nul ne peut prédire quand et comment, mais il faut bien comprendre que cette extension permanente des colonies israéliennes, illégales, c'est le lieu de confrontation physique entre les Palestiniens et les forces d'occupation. Donc, si celles-ci deviennent totalement légales, les Palestiniens ne vont pas l'accepter. Cela va sûrement susciter des réactions. Je doute que le peuple palestinien accepte sans broncher ce que l'administration veut lui imposer en appui à la politique israélienne. Donc, je crains qu'une nouvelle flambée de violence ne surgisse dans les jours, les semaines ou les mois à venir.