Tuerie dans une école au Texas : pourquoi les forces de l'ordre sont-elles restées passives face au tireur ?

La police essuie des critiques depuis la fusillade qui a fait 21 victimes, dont 19 enfants, mardi. "Environ une heure" s'est écoulée entre l'entrée du tireur dans l'école et l'assaut des forces de l'ordre, a reconnu jeudi un responsable des autorités texanes.

Article rédigé par
France Télévisions
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 4 min.
Des policiers près de l'école où 19 enfants et deux enseignantes ont été tués dans une fusillade, à Uvalde au Texas (Etats-Unis), le 24 mai 2022. (DARIO LOPEZ-MILLS / AP)

Après que 19 enfants et deux enseignantes ont été tués mardi dans l'école élémentaire Robb, à Uvalde, la police est pointée du doigt, accusée de passivité face au tireur. Vendredi 27 mai, Steven McCraw, le directeur du département de la sécurité publique du Texas, a reconnu lors d'une conférence de presse que la police avait pris une "mauvaise décision" en n'entrant pas rapidement dans l'école pour mettre fin au massacre. Franceinfo fait le point sur les critiques adressées aux forces de l'ordre.

Des récits contradictoires sur le déroulement des faits

Les interrogations sont en partie nourries par le flou qui entoure le déroulement exact de la fusillade. Les circonstances dans lesquelles le tireur, Salvador Ramos, s'est introduit dans l'école ont fait l'objet d'informations contradictoires. Des responsables des autorités ont d'abord affirmé qu'un agent de sécurité de l'école était intervenu pour tenter d'empêcher l'assaillant de pénétrer dans l'établissement, rapporte le Washington Post*. Une version contredite jeudi par Victor Escalon, le directeur régional du département de la Sécurité de l'Etat du Texas. L'auteur de la tuerie "est entré sans obstacle" dans l'école et "n'a fait face à personne", à aucun policier, a-t-il expliqué lors d'une conférence de presse.

Les médias ont également interrogé Victor Escalon à plusieurs reprises sur le temps écoulé entre le moment où le tireur est arrivé devant l'école à 11h28, et son entrée dans les lieux, douze minutes plus tard, explique National Public Radio*. Après être sorti de son véhicule accidenté, l'homme, muni d'un fusil semi-automatique et d'un sac à dos rempli de munitions, a tiré en direction de deux personnes près d'une entreprise de pompes funèbres de l'autre côté de la rue, puis a escaladé la clôture de l'école, a détaillé Victor Escalon. Salvador Ramos a ensuite tiré sur le bâtiment de l'école avant de finalement entrer dans l'établissement.

Selon ce responsable, les forces de l'ordre ont reçu un appel à 11h30 les alertant de la présence d'un homme armé. Les premiers policiers sont arrivés sur les lieux "quatre minutes" après que l'assaillant se fut introduit dans l'école. "Ils entendent des coups de feu, prennent des balles, se replient et s'abritent", a poursuivi Victor Escalon. Des renforts sont appelés et les policiers encerclent l'établissement.

"Environ une heure" avant l'assaut

Mais c'est surtout le délai pour neutraliser l'assaillant qui interroge. "Environ une heure" s'est écoulée entre l'entrée du tireur dans l'école et le lancement de l'assaut, a reconnu Victor Escalon. 

Alors que le tireur était à l'intérieur de l'école, plusieurs parents rassemblés devant l'établissement ont témoigné de leur incompréhension. "Il y avait au moins 40 agents armés jusqu'aux dents, mais ils n'ont rien fait jusqu'à ce qu'il soit trop tard", a estimé auprès d'ABC* Jacinto Cazares, père de Jacklyn Cazares, l'une des victimes, âgée de 10 ans. Les parents "étaient prêts à rentrer", raconte auprès de l'AFP Daniel Myers, un pasteur de 72 ans, témoin de la scène. 

"L'un des proches a dit : 'J'ai été militaire, donnez-moi juste un pistolet, je vais y aller. Je ne vais pas hésiter. Je vais y aller.'"

Daniel Myers, un témoin de la scène

à l'AFP

Dans une vidéo obtenue par le média Storyful*, on peut effectivement voir des parents exhorter la police à intervenir. Les forces de l'ordre ont d'abord "évacué du personnel, des élèves, des enseignants", a de son côté expliqué Victor Escalon. "Les premiers officiers arrivés sur les lieux étaient désavantagésIls n'avaient aucun moyen d'entrer", a précisé Chris Olivarez, porte-parole du département de la sécurité du Texas, auprès de CBS News*.  

Les forces de l'ordre ont attendu l'arrivée d'une unité d'élite de la police aux frontières pour lancer l'assaut, la frontière avec le Mexique se situant près d'Uvalde. Les agents sont entrés dans l'école vers 12h45, a déclaré un autre porte-parole du département, Travis Considine, rapporte AP News*. Le chef de la police aux frontières, Raul Ortiz, a de son côté affirmé sur CNN* que les membres de son unité "n'avaient pas hésité"

"Ils ont élaboré un plan. Ils sont entrés dans la salle de classe et ils ont pris en charge la situation aussi rapidement qu'ils le pouvaient."

Raul Ortiz, chef de la police aux frontières

sur CNN

En entrant dans l'établissement, les forces de l'ordre ont été la cible de tirs de l'assaillant, barricadé à l'intérieur, a détaillé sur Twitter* une responsable du département de la sécurité intérieure. Les agents "se sont placés entre le tireur et des enfants pour éloigner son attention de potentielles victimes", a-t-elle aussi raconté. L'assaillant a été tué peu avant 13 heures.

La police fait son mea culpa

Vendredi 27 mai, la police a reconnu avoir pris une "mauvaise décision" en n'entrant pas rapidement dans l'école. "Avec le recul, maintenant, bien sûr que ce n'était pas la bonne décision. C'était la mauvaise décision, point final", a déclaré Steven McCraw, directeur du département de la sécurité publique du Texas, au cours d'une conférence de presse tendue.

Lors d'une autre conférence de presse, le gouverneur du Texas, Greg Abbott, a dit avoir été "induit en erreur" sur la réponse policière par des informations initiales inexactes. "Cela me rend furieux", a-t-il assuré.

* Tous les liens suivis d'un astérisque renvoient vers des contenus en anglais.

Prolongez votre lecture autour de ce sujet

tout l'univers Fusillades aux Etats-Unis

Commentaires

Connectez-vous à votre compte franceinfo pour participer à la conversation.