États-Unis : l'espérance de vie diminue à cause des overdoses liées aux opiacés

Le nombre d'overdoses liées aux opiacés est en augmentation dans le pays.

Une manifestation à New York pour réclamer des mesures pour lutter contre les overdoses d\'opiacés, le 17 août 2017.
Une manifestation à New York pour réclamer des mesures pour lutter contre les overdoses d'opiacés, le 17 août 2017. (SPENCER PLATT / GETTY IMAGES NORTH AMERICA)

L'espérance de vie des Américains a une nouvelle fois baissé en 2017. Elle est maintenant d’un peu plus de 76 ans pour les hommes et de 81 ans pour les femmes. Cette baisse est principalement liée à deux facteurs : l’augmentation du nombre de suicides, et surtout du nombre d’overdoses liées aux opiacés. C'est un fléau qui s’accélère depuis quatre ans.

En 2017, il y a eu plus de 70 000 overdoses aux États-Unis. En 20 ans, le chiffre a été multiplié par quatre dans ce pays. Le centre national des statistiques de santé différencie deux types d’overdoses : celles liées à des drogues non opiacées, comme la cocaïne, ou la MDMA : 27 000 morts par an. Et puis l’autre catégorie, ce sont les opiacés : là on parle d’héroïne, de morphine, du fentanyl, ce dernier étant ce qui a provoqué la mort du chanteur Prince il y a 2 ans et demi. Parmi les opiacés, il y a aussi les traitements antidouleur, des médicaments qui sont détournés de leur usage initial. Cela représente 15 000 morts par an aux États-Unis.

"Tout le monde sniffe" les antidouleurs

L'État le plus touché par ce fléau est la Virginie occidentale, sur la côte est. Ce phénomène des antidouleurs pris comme une drogue remonte aux années 1990 quand, sous la pression des laboratoires pharmaceutiques, les médecins prescrivaient de l’oxycodone à à peu près tout le monde, pour la moindre douleur. Et c’est comme ça que beaucoup sont devenus accros. "Tout commence avec quelques pilules, explique le docteur John Aldis. Je demande toujours à mes patients comment c'est arrivé. 'Les antidouleurs, vous les avalez ou vous les sniffez ?' Mais maintenant, quand je pose la question, ils croient que je plaisante. Parce que tout le monde sniffe ces médicaments, personne ne les avale. Les lycéens en récupèrent par des amis, ils vont en prendre dans l'armoire à pharmacie des parents. Et parfois même ils volent le traitement du grand-père qui est soigné pour un cancer."

Ce témoignage est corroboré par Kevin Knowles, lui aussi rencontré en janvier 2018 à Martinsburg, où il a ouvert un centre d’accueil et d’orientation pour toxicomanes. "À l'époque, on prescrivait beaucoup ces antidouleurs, raconte-t-il. Surtout ici, en Virginie occidentale. La population ici, c'est 1,3 million de personnes. En moyenne, sur toutes les pilules commercialisées ici, ça en fait chaque année 462 par personne, femmes, hommes, enfants. C'est absurde. Quand les gens n'ont plus eu accès à ces pilules, ils se sont rabattus sur l'héroïne. On n'est pas loin de Baltimore, et l'héroïne arrive de là-bas."

Et aujourd’hui dans la rue, en Virginie occidentale, ces cachets d’oxycodone, ces antidouleurs, se vendent huit dollars pièce, et c’est pour ça notamment que le fléau frappe particulièrement les jeunes de la région.

Priorité nationale

L’an passé, la Maison Blanche en a fait une priorité nationale. Sans véritablement de résultats pour l’instant, on le voit avec les derniers chiffres sur les overdoses et sur l’espérance de vie. On estime à deux millions et demi le nombre d’Américains qui sont aujourd’hui dépendants aux opiacés. Et les overdoses sont devenues la première cause de mortalité accidentelle aux États-Unis.