L'auteur de l'attentat à Manhattan a le profil du "lumpen-terroriste", selon le criminologue Alain Bauer

Pour le criminologue Alain Bauer, l'attentat qui a touché Manhattan, mardi soir, est l'oeuvre de "terroristes de basse intensité", "lointains", "dont certains sont même inconnus de l'Etat islamique ou de ce qu'il en reste".

Des policiers près des lieux de l\'attentat qui a touché Manhattan, le 31 octobre 2017. 
Des policiers près des lieux de l'attentat qui a touché Manhattan, le 31 octobre 2017.  (MAXPPP)

Le chauffeur d'une camionnette a fauché des cyclistes et des passants mardi 31 octobre à Manhattan pendant les célébrations d'Halloween. Huit personnes ont été tuées, dont six étrangers, et onze blessées. L'auteur de cet attentat, le premier à New York depuis 2001, a été arrêté. Selon les médias américains, il s'agit un émigré d'Ouzbékistan.

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Le criminologue Alain Bauer, auteur de Comment vivre au temps du terrorisme (First), a expliqué mercredi sur franceinfo que le terroriste fait partie de ce qu'il appelle les "lumpen-terroristes" (terrorisme du pauvre).

franceinfo : que dire du mode opératoire ? Il rappelle celui de Nice ou plus récemment de Barcelone.

Alain Bauer : Oui, ou à Stockholm, où c'était déjà un Ouzbek. Il y a toute une série d'indications qui montre que (d'après) le niveau d'équipement et d'armement de ces opérateurs (il s'agit de) 'lumpenterroristes' : des terroristes de basse intensité, lointains, dont certains sont même inconnus de l'Etat islamique ou de ce qu'il en reste, (qui) utilisent les moyens du bord. Quand on sait la facilité avec laquelle on peut s'armer aux Etats-Unis, le fait qu'il n'ait que des armes factices indiquait une volonté suicidaire dans cette affaire, la version locale du kamikaze. L'Etat islamique procède avec un dispositif très étrange, ou en tous cas très particulier, dans l'histoire du terrorisme. 

Ils n'ont rien inventé mais ils utilisent tout ce que les autres ont fait avant eux, sans plus de signature, pas plus en termes opératoires qu'en termes d'opérateurs.Le criminologue Alain Bauerà franceinfo

L'Etat islamique a ses agents salariés, les lions du califat, ses sous-traitants, les soldats du califat et toute une série d'opérateurs avec lesquels ils n'ont probablement même pas de contacts et qu'ils découvrent après les attentats. L'Etat islamique aléatoirement reconnaît, assume ou ne dit rien sur ces attentats dans un désordre de communication qui est parfois très étrange mais qui est aussi l'état de ce qu'il est ou de ce qui reste de ce qu'il est depuis qu'il a perdu beaucoup de ses bastions et donc de ses moyens de communication.

Comment peut-on lutter contre ce terrorisme low cost improvisé ?

Normalement le renseignement humain, le renseignement humain et encore le renseignement humain. Après, la très grande discrétion du FBI sur le cas de cette personne mérite qu'on s'interroge. On découvre souvent qu'on avait un certain nombre d'éléments sur eux et qu'on n'en avait pas beaucoup tenu compte, ce fut le cas des frères Tsarnaev à Boston. Il faut se rappeler que l'Ouzbékistan est l'un des plus grands pays de l'Asie centrale. Cela a été un des points de fixation des talibans et le mouvement islamique d'Ouzbékistan a signalé son allégeance à l'Etat islamique en 2014-2015. Donc normalement les Ouzbeks qui sont turcophones, où le salafisme est extrêmement implanté pour des raisons historiques, ont toujours été connus comme un sujet d'intérêt voire d'inquiétude et donc il va falloir voir ce qui existait dans les archives des services de renseignement. Hélas pour New York, il habitait la Floride, il venait de s'implanter dans le New Jersey, qui sont deux Etats hors de la juridiction du NYPD qui est très attentif, notamment pour les locations de véhicule à vérifier que n'importe qui ne loue pas n'importe quoi et qui a mis un dispositif de renseignements très efficace mais sur son territoire et malheureusement pas sur les territoires d'à côté.

Les Etats-Unis ont été frappés il y a quelques semaines à Las Vegas. Faut-il redouter une recrudescence d'attentats sur le sol américain ?

Il y a simplement des effets d'aubaine, des circonstances, là c'était la parade d'Halloween et, comme on a pu le constater, la sécurisation de la parade était telle qu'il a fallu se rabattre sur une piste cyclable avec malheureusement un nombre de victimes important. Il n'y a pas de recrudescence particulière. Au contraire, on a plutôt un éparpillement et une assez grande difficulté à imaginer des tempos particuliers. C'est plutôt quand ils peuvent, comme ils peuvent et avec les moyens du bord.

La grande parade a quand même été maintenue, juste après l'attentat.

C'est la position permanente des Etats-Unis et particulièrement de New York qui est de démontrer que la manière de lutter c'est la vigilance. (...) La démonstration, c'était de maintenir la parade qui a d'ailleurs recueilli énormément de monde.