Etats-Unis : climat, immigration, ironie de Trump… Ce qu'il faut retenir du premier débat des primaires démocrates

Les dix premiers candidats aux primaires démocrates ont abordé, dans la nuit de mercredi à jeudi, les questions migratoires et climatiques sous l'œil amusé de Donald Trump.

Dix premiers candidats aux primaires démocrates ont débattu le 26 juin 2019 à Miami, en Floride (Etats-Unis).
Dix premiers candidats aux primaires démocrates ont débattu le 26 juin 2019 à Miami, en Floride (Etats-Unis).(JOE RAEDLE / GETTY IMAGES NORTH AMERICA)

La course à la Maison Blanche est ouverte chez les démocrates. Mercredi 26 juin, dix candidats aux primaires du parti, sur 21 déclarés, étaient pour la première fois réunis sur un plateau de télévision à Miami, en Floride (Etats-Unis), un Etat clé dans les élections américaines. 

Pendant un peu plus de deux heures, Bill de Blasio (maire de New York), Tim Ryan (représentant de l'Ohio), Julian Castro (ex-secrétaire au Logement de Barack Obama), Cory Booker (sénateur du New Jersey), Elizabeth Warren (sénatrice du Massachusetts), Beto O'Rourke (représentant du Texas), Amy Klobuchar (sénatrice du Minnesota), Tulsi Gabbard (représentante de Hawaï), Jay Inslee (gouverneur de l'Etat de Washington) et John Delaney (représentant du Maryland) ont échangé. Voici ce qu'il faut en retenir.

La sénatrice du Massachusetts Elizabeth Warren se distingue

En l'absence des deux favoris, le centriste Joe Biden, ancien vice-président d’Obama, et le sénateur socialiste du Vermont Bernie Sanders, qui seront présents au deuxième débat prévu jeudi 27 juin, la sénatrice progressiste Elizabeth Warren a parfaitement occupé l'espace et assis un peu plus sa stature de troisième membre du trio en tête des sondages. Créditée de 15% des intentions de vote, elle a déroulé son programme, appelant à faire "des changements structurels", notamment dans le domaine de la santé, qui est "un droit humain fondamental", a-t-elle asséné. Elle a ainsi été la seule, avec le maire de New York, Bill de Blasio, à affirmer qu’elle serait prête à renoncer à son assurance santé privée, au bénéfice d’une sécurité sociale gérée par le gouvernement.

Profitant de l'absence en plateau de son rival direct Bernie Sanders, elle a dénoncé "une économie qui marche parfaitement pour ceux qui ont de l'argent mais pas pour les autres". Si elle a un peu disparu au milieu du débat, elle a conclu en rappelant son enfance modeste pour exposer sa vision : "Je suis dans ce combat car je suis convaincue que nous pouvons faire marcher notre gouvernement, notre économie et le pays non seulement pour ceux qui se trouvent au sommet mais pour tous" les Américains. 

Certains observateurs craignent toutefois qu'elle ne soit trop vulnérable dans un éventuel duel présidentiel avec Donald Trump, qui la surnomme "Pocahontas" pour moquer sa revendication controversée de très lointaines origines amérindiennes.

L'immigration a occupé une grande part du débat

Le lieu de ce premier débat et l'actualité ont emmené, logiquement, les candidats à se pencher sur le thème de l'immigration. En effet, à Miami, sept habitants sur dix sont hispaniques. Et dans cette ville, comme dans le reste du pays, la gestion de la crise migratoire à la frontière avec le Mexique par Donald Trump fait débat. Encore plus après les révélations sur les conditions de vie sordides de jeunes migrants dans un centre de rétention et la noyade d'un père et de sa fillette, dont la photo a fait le tour du monde. 

Cette image "est déchirante. Elle devrait aussi nous mettre tous en colère", s'est indigné Julian Castro, ancien secrétaire au Logement d’Obama, qui espère devenir le premier président hispanique des Etats-Unis. "Si j'étais président aujourd'hui, je signerais un décret pour annuler la politique de tolérance zéro de Trump", a-t-il lancé.

Dans une ville où la communauté hispanique est très forte, plusieurs candidats ont tenu à montrer leurs compétences en espagnol. Notamment lorsque le débat s'orientait sur cette question"La situation est maintenant inacceptable", a déclaré le sénateur Cory Booker en espagnol. "Ce président a attaqué, il a diabolisé les immigrants. Je vais changer cela", a-t-il ajouté. Julian Castro et le représentant du Texas Beto O'Rourke se sont eux aussi exprimés dans cette langue, parlée par plus de 37 millions de personnes aux Etats-Unis, selon le Pew Research Center (en anglais).

La question climatique n'a jamais été aussi évoquée (mais cela a été rapide)

Vox (en anglais) a décompté le temps durant lequel les candidats ont abordé le thème du climat. Résultat : "A peine sept minutes d'antenne." Sur deux heures, ce n'est pas beaucoup, mais c'est déjà plus que durant "tous les débats présidentiels de 2016 entre Hillary Clinton et Donald Trump", écrit le site. Pourtant, ce thème arrive tout en haut des préoccupations des électeurs démocrates.

Ainsi, lorsqu'on leur a demandé ce qu'ils considéraient comme la plus grande menace pour les Etats-Unis, trois des dix candidats sur la scène, Beto O'Rourke, Elizabeth Warren et Julian Castro, ont mentionné le changement climatique. Jay Inslee, gouverneur de l'Etat de Washington, a, lui, déclenché les vivats du public en répondant "Donald Trump".

Donald Trump s'est ennuyé

Dans un premier temps, le président américain avait assuré qu'il était peu impressionné par la perspective de ce débat, en soulignant que le premier débat serait diffusé pendant qu'il volerait vers Osaka (Japon) pour le sommet du G20, qui commence jeudi. "Cela me semble juste très ennuyeux mais je vais le regarder parce que je suis obligé", avait-il lâché dans un entretien au Fox Business Network. "C'est un groupe vraiment peu enthousiasmant", avait-il insisté. Il avait aussi affiché son dédain pour ses rivaux potentiels, ironisant sur Twitter : "Désolé, je suis à bord d'Air Force One, en route pour sauver le monde libre !" Il a finalement jeté un œil au débat, qu'il a commenté d'un laconique "ENNUYEUX !"