Etats-Unis : ce que l'on sait de la tuerie dans les locaux d'un journal à Annapolis

Les autorités ont révélé que le suspect est un homme blanc armé d'un fusil. Les enquêteurs s'intéressent à d'éventuels contentieux qui auraient opposé l'auteur présumé et le quotidien. Les cinq victimes travaillaient pour le journal.

La police sécurise la zone où a éclaté une fusillade dans les locaux d\'un journal à Annapolis (Etats-Unis), le 28 juin 2018.
La police sécurise la zone où a éclaté une fusillade dans les locaux d'un journal à Annapolis (Etats-Unis), le 28 juin 2018. (JOSHUA ROBERTS / REUTERS)

Un homme a délibérément ouvert le feu dans la salle de rédaction d'un journal à Annapolis, la capitale de l'Etat américain du Maryland (Est), faisant cinq morts, jeudi 28 juin, selon les autorités locales. Les victimes, trois hommes et deux femmes, dont le rédacteur en chef-adjoint, travaillaient aussi pour le journal. L'attaque a également fait deux blessés légers. Un contentieux ancien opposait le suspect, un homme blanc originaire du Maryland, au Capital Gazette d'Annapolis. Franceinfo fait le point sur ce que l'on sait des événements.

La tuerie a eu lieu dans la rédaction du journal

Un homme a pénétré dans la salle de rédaction du quotidien d'Annapolis Capital Gazette et y a ouvert le feu. Selon le Baltimore Sun, propriétaire du Capital Gazette depuis 2014, les tirs ont commencé à 14h40, heure locale (soit 20h40, heure de Paris).

"Un homme a tiré à travers la porte vitrée du bureau et a ouvert le feu sur plusieurs employés", a décrit un journaliste sur place.

"Il n'y a rien de plus terrifiant que d'entendre plusieurs personnes se faire tirer dessus alors que vous êtes caché sous votre bureau et que vous entendez le tireur recharger son arme", a-t-il également raconté alors qu'il se trouvait dans les locaux de la police, attendant d'être interrogé par les enquêteurs.

Le journal partage cet immeuble avec d'autres entreprises. Il a été rapidement évacué, les rescapés ont été mis en sécurité, et les locaux entièrement fouillés par la police.

Les victimes étaient toutes des employés du "Capital Gazette"

Le Baltimore Sun, propriétaire du Capital Gazette, a annoncé que Robert Hiaasen, rédacteur en chef-adjoint, figurait parmi les personnes tuées par le tireur. Une responsable des ventes et trois autres journalistes sont tombés sous ses balles, a précisé la police du comté d'Anne Arundel. Il s'agit de Rebecca Smith, une assistante commerciale récemment embauchée, John McNamara, un rédacteur sportif, Wendi Winters, une reporter free-lance, qui travaillait depuis une douzaine d'années pour la Gazette, et Gerald Fischman, l'éditorialiste du titre depuis 25 ans.

Dans son édition de vendredi, The Capital Gazette consacre un article à chacune des victimes, trois hommes et deux femmes. 

Le suspect avait un contentieux avec le quotidien

Un suspect a été arrêté et est actuellement interrogé par la police, a précisé de son côté Steven Schuh, un responsable du comté d'Anne Arundel. "Nous savons que c'était un homme adulte blanc et l'arme utilisé est un fusil", a déclaré le lieutenant Ryan Frashure, un porte-parole de la police locale. "Il n'est pas particulièrement coopératif", a précisé Steve Schuh, à la chaîne CNN (en anglais).

La police n'a pas révélé son identité mais selon plusieurs médias américains, il s'agit de Jarrod Ramos, un habitant de Laurel (Maryland), âgé de 38 ans. Un contentieux l'opposait au journal. En 2011, il avait porté plainte pour diffamation contre Capital Gazette, à la suite de la publication d'un article affirmant qu'il avait harcelé une femme sur Facebook. Il avait été débouté, comme l'atteste un article du journal, posté sur son site internet le 22 septembre 2015 et consulté par l'AFP. Il mentionne une décision favorable au quotidien, confirmée en appel.

Un journaliste du Los Angeles Time a interviewé l'ancien directeur de publication du Capital Gazette, en poste jusqu'en 2012. Il a confié s'être senti démuni face au harcèlement du suspect. "Si c'est lui, je vais me sentir terriblement responsable de [la fusillade]. Je prie pour que ça ne soit pas lui."

Le journal a quand même paru

Malgré la tragédie, les journalistes ont tenu à ce que le quotidien paraisse vendredi. Installé sur un parking, un journaliste a notamment pu travailler depuis son smartphone, sur lequel le système rédactionnel du journal est accessible.

Le membre de la rédaction Paul W. Gillespie a également témoigné de l'ambiance qui a suivi au journal : "Priez pour mes collègues qui n'ont pas été aussi chanceux que moi [...] Je suis sous le choc et j'essaye d'intégrer cette horrible situation."

Invitée à réagir sur la chaîne d'information CNN, Selena San Felice, journaliste au Capital Gazette, a de son côté ciblé les réactions de politiques qu'elle accuse d'inaction : "Une couverture médiatique de deux jours, des pensées et des prières ne suffiront pas parce que ce sont nos vies qui ont été dévastées. Alors merci pour vos prières, mais je n'en ai rien à foutre si elles ne sont accompagnées de rien d'autre", a-t-elle poursuivi sans que ses propos ne soient censurés.