Témoignages Comment ils ont vécu la journée des attentats du 11-Septembre : "On croyait à une Troisième Guerre mondiale"

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Les tours jumelles du World Trade Center en feu, le 11 septembre 2001, après l'attaque d'avions détournés par Al-Qaïda, à New York (Etats-Unis). (CRAIG ALLEN / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP)

Il y a vingt ans, le monde entier assistait en direct aux attentats contre les deux tours jumelles du World Trade Center, à New York. 

"Tout le monde sait ce qu'il faisait le jour du 11 septembre 2001", affirme Patricia, infirmière de bloc lorsque les attentats ont frappé les Etats-Unis. Il y a vingt ans, quatre avions de ligne détournés par des terroristes d'Al-Qaïda, causaient la mort de plus de 3 000 personnes. Les appareils se sont successivement écrasés sur les tours jumelles du World Trade Center, à New York, sur le Pentagone, en Virginie, et dans un champ de Pennsylvanie. Le monde entier assistait alors en direct à la télévision à l'attaque terroriste la plus meurtrière jamais connue sur le sol américain, à travers les images glaçantes de l'effondrement des deux tours.

Ecolier, infirmière, agent d'escale pour Air France... Vingt ans après les attentats, franceinfo a recueilli les témoignages de Français, ils racontent leurs souvenirs de cette journée historique.

Nathalie, en poste à l'aéroport de Roissy

Nathalie, 50 ans, aujourd'hui manager pour Air France, travaillait à l'époque en tant qu'agent d'escale au terminal C de l'aéroport de Paris-Charles de Gaulle (Roissy), dédié aux vols pour les Etats-Unis. 

"Je venais de prendre mon service. J'ai tout de suite compris qu'il se passait quelque chose de grave. Dans la salle de repos, tout le monde était choqué par ce qu'il voyait à l'écran. Cet attentat nous touchait particulièrement parce qu'il utilisait comme arme des avions, un objet central dans notre quotidien. On se demandait comment ils avaient réussi à les détourner. Je devais m'occuper du vol pour New York de 17h35. A ce moment-là, nous ne savions pas encore si les vols allaient être annulés, mais de toute façon personne n'est venu à l'aéroport prendre un avion.

Jusqu'à l'aube, nous avons traité les vols partis en début de journée qui faisaient demi-tour au-dessus de l'Atlantique. Nous étions chargés de rendre aux passagers leurs billets, et de leur donner le peu d'informations dont on disposait. A l'ouverture des portes des avions qui revenaient à l'aéroport, on demandait systématiquement aux équipages 'les passagers sont-ils au courant ?' , pour éviter les mouvements de panique. Certains commandants de bord n'avaient pas détaillé les raisons du retour en France.

"Cette journée, je ne l'ai pas vécue à la télé, mais émotionnellement, au contact des Américains."

Nathalie, agent d'escale de l'aéroport de Roissy en 2001

à franceinfo

Les Américains étaient hébétés, je me souviens de leurs larmes pudiques, et de leur incompréhension. Nous étions incapables de leur dire dans combien de temps, ils pourraient repartir chez eux."

Baptiste, coupé dans ses dessins animés

Désormais animateur dans le périscolaire, Baptiste, 6 ans à l'époque, venait tout juste d'entrer en CP.

"Mon souvenir de cette journée, c'est un flash de fin d'après-midi. Je rentrais de l'école avec ma mère, cela faisait deux semaines que j'avais commencé le CP. Il devait être entre 16 heures et 17 heures. Arrivé à la maison, j'ai déposé mon cartable, et me suis assis dans le salon pour regarder des dessins animés. Mais surprise, à la place des "Minikeums" qui passaient normalement à cette heure-là sur France 3, on est tombés sur des flashs d'information en direct.

Alors que quelques minutes auparavant, on parlait de notre journée, ma mère s'est stoppée net et a arrêté de me parler. Très vite, elle s'est assise sur le canapé pour suivre ce qui se disait. Elle avait cette tête qu'elle fait habituellement lorsqu'elle corrige les copies de baccalauréat de ses élèves, elle était très concentrée.

De mon côté, je ne me rendais pas vraiment compte de ce qui se passait. La gravité de l'événement, ça me passait un peu au-dessus parce que je n'avais pas encore assez de recul. Mais je me souviens que je me suis mis à dessiner.

"Très vite, j'ai commencé à recopier les images des tours qui fument et des gens qui sautent que je voyais à travers l'écran."

Baptiste, 6 ans le jour des attentats

à franceinfo

Lorsqu'elle m'a vu, ma mère a fait en sorte qu'on ait une petite discussion, histoire de voir si je comprenais ce qui se passait à la télévision, et comment je réagissais. Peu de temps après, elle m'a dit d'aller jouer dans ma chambre. Aujourd'hui, j'arrive encore à situer visuellement les meubles de la maison, et où était la télévision. Ça reste l'un des rares souvenirs que j'ai de cette époque."

Patricia, infirmière au bloc au moment des attentats

Patricia, 63 ans, aujourd'hui infirmière à la retraite, était en plein milieu d'une opération le 11 septembre 2001.

"A l'époque, j'étais en stage au CHU de Limoges (Haute-Vienne) pour passer le concours d'infirmière en bloc opératoire. C'était un nouveau départ dans ma vie. On était en pleine intervention en urologie lorsqu'un aide-soignant est entré pour nous annoncer la nouvelle. C'était quelqu'un qui avait l'habitude de faire des blagues alors, quand il nous a dit qu'un 'gars qui n'avait pas son permis était entré dans une tour à New York', on ne l'a pas tout de suite pris au sérieux.

Mais quelques minutes plus tard, une deuxième personne est entrée pour dire qu'un deuxième avion avait foncé dans les tours jumelles. Là, ça a jeté un froid, et tout le monde s'est regardé. 

Je ne suis allée qu'une seule fois en salle de repos pour pouvoir regarder ce qui se passait sur les écrans de télévision. Et je me souviens très bien d'une phrase, que j'ai entendu plusieurs fois sortir de la bouche des gens présents dans la salle : 'Ça y est, c'est la Troisième Guerre mondiale.' Nous n'avions jamais vu ça. Tout le monde était prostré, sidéré.

"On enchaînait les opérations, alors je n'ai pas pu passer mon temps devant la télévision comme tous ceux qui ont suivi l'événement en direct."

Patricia, alors infirmière de bloc en formation

à franceinfo

Il fallait qu'on reste concentrés. On ne pouvait pas se permettre de laisser le patient sur la table pour faire la navette entre le bloc et la salle de repos. Mais il est clair qu'on ne pouvait pas s'empêcher d'y penser, fatalement."

Patrick, à la maternité pour la naissance de son fils

A 59 ans, Patrick, formateur peintre en centre d'apprentissage, se souvient de cette journée qui a chamboulé le souvenir heureux de la naissance de son fils.

"Nous sommes arrivés à la clinique autour de 6 heures du matin, le temps que le travail se déclenche pour ma femme. Notre fils est né vers 11h30, mais nous sommes restés à la maternité toute la journée pour des examens de santé classiques. Tranquillement installés dans une chambre, nous avons allumé la télévision, aux alentours de 15 heures.

Et là, nous sommes tombés nez à nez avec une tour en feu. Nous avons été happés par cette image. Impossible de savoir si c'était réel, à cette époque, il n'y avait pas de bandeaux comme on peut le voir sur les chaînes d'information en continu aujourd'hui.

"A ce moment-là, je sors d'un moment d'adrénaline heureux, et je tombe brutalement dans une forme de stupeur et de stress."

Patrick, à la maternité le 11 septembre 2001

à franceinfo

On est restés devant la télévision tout l'après-midi. Entièrement submergés par ce qu'on voyait, on en a presque oublié la naissance de notre fils. Tous les moments de bonheur de la matinée ont été comme effacés.

Aujourd'hui, avec le recul, je me souviens beaucoup mieux des naissances de mes deux premiers enfants, que du dernier. Et à chaque anniversaire de notre fils, on se sent presque obligé de repenser à cette journée tragique. Ce fut une journée à deux chapitres, alors qu'il y aurait dû n'en avoir qu'un.

Grégory, en classe de troisième

Grégory a 34 ans. A l'époque des attentats, il étudiait la Première et la Seconde Guerre mondiale au collège.

"Nous avions fini plus tôt ce jour-là, parce que notre professeure devait aller chercher son enfant qui était souffrant. J'ai fait la route avec mon meilleur ami, je l'ai raccompagné jusque chez lui et suis rentré chez moi. Le temps de faire mon devoir d'anglais, il me rappelle et me dit d'allumer la télévision : un avion aurait foncé dans une tour à New York.

Au début, je ne le crois pas tout de suite. Quelques jours plus tôt, par pur hasard, j'ai regardé un film avec Lino Ventura, La Grande menace, dans lequel un avion de ligne percute une tour. Ma première réaction a donc été de dire : 'Oh, mais c'est juste un film.' Voyant son insistance, j'ai finalement décidé d'allumer la télévision.

"Avec ma mère, on a regardé l'horreur en direct, et on est restés scotchés devant la télé jusqu'à 22 heures."

Grégory, en classe de troisième au moment des faits

à franceinfo

Le lendemain, au petit-déjeuner, je me souviens de mon père qui feuilletait les pages du quotidien La Voix du Nord. Le journal avait fait une édition spéciale dédiée à l'événement. Au collège, tout le monde parlait tout bas. C'était comme si on se sentait espionnés, ou qu'on avait honte de parler de cette tragédie. Personnellement, j'étais inquiet.

L'attaque remettait en question les traditionnels conflits entre pays qu'on était justement en train d'apprendre en cours. Se dirigeait-on vers une Troisième Guerre mondiale ? Notre professeur d'histoire, qu'on a eu le jeudi suivant, nous a très vite expliqué ce qui s'était passé et a pris un peu de recul pour nous parler des enjeux à venir."

Valérie, en plein trek à Madagascar

Ecologue et enseignante en lycée agricole, Valérie, 48 ans, était au beau milieu d'un voyage à la découverte de la nature malgache.

"Cela faisait deux jours qu'on marchait dans un parc naturel, au milieu de paysages magnifiques, de canyons et de roches rouges dignes du Colorado américain. En fin d'après-midi, en approchant du bureau des guides du parc, nous avons entendu d'autres Français discuter sur le chemin. L'un d'eux demandait aux autres dans quelle auberge ils avaient réservé. Ce à quoi un autre a répondu : 'Dans cette auberge, car il y a la télé.'

Nous avons échangé un regard complice avec mes amis en pensant 'quels boulets ces touristes français qui veulent regarder la télé, alors qu'ils viennent de faire, comme nous, une randonnée dans un des paysages les plus extraordinaires au monde !'

Arrivés à l'auberge, nous avons finalement eu accès à une télévision. Dans mon champ de vision, je voyais les images des tours. Au début, j'ai cru à un film catastrophe style Piège de cristal, mais quand j'ai vu le présentateur débarquer, j'ai su que c'était réel.

"On était dans notre ambiance 'voyage nature à la découverte de la flore malgache', on n'avait pas du tout envie de savoir ce qui se passait."

Valérie, alors en voyage à Madagascar

à franceinfo

Comme l'événement ne s'était pas passé en France, nous n'étions pas inquiets pour nos proches. Nous étions un peu perdus dans la nature, comme coupés du reste du monde."

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