Reportage Turquie : à une semaine de l'élection présidentielle, le leader de l'opposition en démonstration de force à Istanbul

Et s'il pouvait faire tomber Erdogan ? Kemal Kiliçdaroglu en rêve. Le leader de l'opposition, à la tête d'une alliance de six partis, tenait un meeting samedi pour séduire les électeurs d'Istanbul.
Article rédigé par France Info - Marie-Pierre Vérot
Radio France
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Temps de lecture : 2 min
Le leader de l'opposition Kemal Kiliçdaroglu et sa femme lors du meeting d'Istanbul (Turquie) le 6 mai 2023 (BERK OZKAN / ANADOLU AGENCY / AFP)

"Êtes-vous prêts au changement ? Êtes-vous prêts à apporter la démocratie à la Turquie ? Êtes-vous prêts à bâtir une Turquie dans laquelle plus jamais un enfant n’ira au lit en ayant faim ? Vous le promettez ?" Kemal Kiliçdaroglu se veut offensif dès son entrée sur scène. Face à lui, une marée humaine, hérissée de drapeaux rouge et blanc aux couleurs de la Turquie, agitant des fanions bleus. La foule le salue en formant de ses mains un cœur devenu viral dans ses meetings.

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Le leader de l'opposition à Erdogan le sait : il a une vraie chance de défaire dans les urnes celui qui tient les rênes du pays depuis 20 ans. Pour la première fois depuis qu'il est au pouvoir, le président du pays, Recep Tayyip Erdogan, paraît en effet en difficulté dans les sondages, malgré un temps de parole 60 fois supérieur à celui de son rival à la télévision publique et un durcissement récent du discours vis-à-vis des oppositions

Pour se relancer, le président turc a prévu un meeting à Istanbul dimanche 7 mai, et entend bien faire une démonstration de force. Mais son rival, un social-démocrate qui a rassemblé derrière lui six partis de l'opposition, compte bien disputer la mégalopole à Erdogan, elle qui rassemble près d'un cinquième du corps électoral turc. Samedi, Kemal Kiliçdaroglu a donc lui aussi donné rendez-vous à ses partisans à Istanbul. Et il leur a promis de faire de la Turquie un paradis où tous vivront ensemble en paix. Sibel, la quarantaine, est conquise : "Je suis très heureuse et pleine d’espoir. Cette fois, on va gagner."

"Le droit, la loi et la justice régneront. Aujourd'hui, le peuple n’a plus de pouvoir. Nous devons gagner pour nos enfants, pour nos jeunes et pour notre avenir."

Sibel

à franceinfo

Kemal Kiliçdaroglu parle de réconcilier le pays, de lui rendre la démocratie. Hakan, 20 ans, le front ceint d’un bandeau "J’aime Kiliçdaroglu" n’en doute pas. "Avec le leadership de Kemal Kiliçdaroglu, cette alliance permettra à la Turquie de retrouver les droits, la justice et la loi. Et aussi la stabilité économique", espère le jeune homme.

La foule rassemblée pour le meeting de Kemal Kiliçdaroglu à Istanbul (Turquie) le 6 mai 2023 (CHP)

"On n'a jamais été autant dans le besoin"

L’économie en lambeaux, l’inflation qui étrangle : c’est pour cela qu’Eminé votera pour l’opposition. "J’ai connu beaucoup de gouvernements, mais on n’a jamais autant souffert. On n’a jamais été autant dans le besoin", raconte la sexagénaire.

"Avant on a déjà été pauvres. On n’avait pas d’argent, mais nous n’étions pas dans une situation aussi terrible."

Eminé

à franceinfo

À ses côtés, une jeune femme voilée souffle : "Erdogan va partir, inchallah ". Une autre tient à dire qu’il faut que la Turquie revienne dans la Convention d’Istanbul, et protège les femmes qui ne se sentent plus en sécurité. D’autres encore parlent de leur désir d’égalité, de leur soif d’un pouvoir honnête qui n’accapare plus toutes les richesses. On parle de démocratie, du pouvoir d’un seul homme auquel il faut mettre fin. Kemal Kiliçdaroglu a soulevé un vent d'espoir, qui s’accompagne aussi d’attentes immenses. 

Le meeting de Kemal Kiliçdaroglu à Istanbul : reportage de Marie-Pierre Vérot

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