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Présidentielle en Turquie : Recep Tayyip Erdogan a 60 fois plus de temps de parole sur la télévision publique que son rival

La Turquie fait partie des 20 pays dans le monde où la situation est considérée comme très grave en matière de liberté de la presse, selon un classement dévoilé mercredi par Reporter sans Frontières.
Article rédigé par Marie-Pierre Vérot, franceinfo
Radio France
Publié
Temps de lecture : 2 min
Le président Turc et candidat de l'Alliance du Peuple Recep Tayyip Erdogan en plein discours pendant la campagne électorale à Ankara, le 30 avril 2023. (ADEM ALTAN / AFP)

À l’approche des élections présidentielles du 14 mai, une nouvelle pierre s'ajoute à la disparition de la pluralité en Turquie. L’opposition estime que la télévision publique TRT, est transformée en véritable organe de propagande au service du gouvernement. Deux de ses représentants au sein du conseil supérieur de la radio télévision ont ainsi analysé les retransmissions de meetings politiques en direct sur TRT entre le 1er avril et le 1er mai. Il en ressort que le président Recep Tayyip Erdogan a eu droit à plus de 32 heures contre 32 minutes pour son rival dans la course à la présidence Kemal Kiliçdaroglu.

>>> En Turquie, l’opposition se met en ordre de marche alors que la campagne électorale va démarrer

Il en va de même pour leurs soutiens respectifs, 35 heures pour le chef du MHP d’extrême droite allié à Recep Tayyip Erdogan, contre 10 minutes pour Meral Aksener qui dirige le deuxième parti de l’alliance d’opposition. L’opposition s’était déjà insurgée contre le refus des chaînes publiques de diffuser le premier spot de campagne de Kemal Kiliçdaroglu dans lequel il promettait de récupérer chaque centime des 418 milliards de dollars détournés selon lui par le gouvernement. Il a désormais choisi de s’adresser quotidiennement aux Turcs par des vidéos postées sur son compte twitter. 

Reporter sans Frontières dévoile mercredi 3 mai la 21e édition de son classement annuel sur la liberté de la presse dans le monde. Classée 165e sur 180, la Turquie fait partie des 20 pays dans le monde où la situation est considérée comme très grave en matière de liberté de la presse. La Norvège conserve pour la septième année consécutive la tête du classement, alors que la France se trouve au 24e rang.

Les voix indépendantes ont de plus en plus de mal à se faire entendre


En Turquie, 80% des médias sont aux mains du gouvernement ou de ses proches et les rares sites ou chaînes d’opposition sont en butte à une forme de harcèlement judiciaire, près de 200 représentants de médias ont été traduits en justice ces trois derniers mois. Le plus grave bien sûr ce sont les arrestations de journalistes kurdes, les violences impunies contre les journalistes mais on a aussi pu remarquer récemment la censure d’articles dénonçant la corruption du pouvoir, l’instrumentalisation de l’islam à des fins politiques ou mettant en cause le bilan officiel des morts lors du tremblement de terre. Le climat est à une extrême polarisation dont les journalistes sont les premières victimes. Et la dernière loi sur la désinformation qui cible les réseaux sociaux permet de poursuivre le moindre post critique, avec des peines de prison à la clef.

Dans son rapport, RSF dénonce cette année les effets de la désinformation, la propagande politique ou les manipulations économiques. Des signes visibles également en Turquie. Deux exemples récents le montrent : la question de l’inflation est extrêmement sensible ici. Le pays est à genoux. Les statistiques officielles publiées mercredi 3 mai au matin font état du tassement de l’inflation à moins de 44% sur un an quand les économistes indépendants la chiffrent à plus du double, soit 105%. L’opposition accuse cette semaine le gouvernement d’avoir recruté une armée de trolls sur le darknet pour diffuser à vaste échelle de fausses informations la concernant juste avant le scrutin.

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