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Attentats en Turquie : "On a l'impression que c'est interminable"

Jean Marcou, professeur à Sciences Po Grenoble et spécialiste de la Turquie, apporte dimanche sur franceinfo son point de vue sur la situation turque après le double attentat à Istanbul.

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Radio France
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Siège de la police à Istanbul, le 11 décembre 2016. (OZAN KOSE / AFP)

Au lendemain d'un attentat, revendiqué par les Faucons de la liberté du Kurdistan, qui a fait près de 40 morts dans le centre d'Istanbul, le président turc Recep Tayyip Erdogan a promis dimanche 11 décembre de lutter "jusqu'au bout contre le terrorisme". Depuis le début de l'année 2015, c'était le cinquante-septième attentat en Turquie. "On a l'impression que c'est interminable", a témoigné Jean Marcou, professeur à Sciences Po Grenoble et spécialiste de la Turquie, invité de franceinfo dimanche.

franceinfo : Pourquoi la Turquie est-elle la cible des terroristes ?

Jean Marcou : La Turquie se trouve au carrefour de deux types d'actions terroristes : celle de Daech et celle des groupes radicaux kurdes. L'attentat a été revendiqué par les Faucons de la liberté du Kurdistan. Ils avaient déjà revendiqué trois attentats importants cette année : les deux attentats d'Ankara, en février et en mars, et un autre, déjà à Istanbul, qui avait fait une douzaine de morts en juin dernier. Tous ces attentats frappent la Turquie très durement puisque c'est le cinquante-septième depuis le début de l'année 2015. Au total, 252 personnes ont péri. C'est considérable et on a l'impression que c'est interminable.

Un processus de paix a été initié en 2012. Pourquoi a- t-il échoué ? La politique nationaliste du président turc est-elle en partie responsable ?

Sans doute en partie. Il y avait un processus de paix, engagé fin 2012, qui a commencé à se développer au début de l'année 2013. Il a été un peu télescopé par le mouvement de Gezi et reporté ensuite par des échéances électorales. Ce sont ces échéances, en 2015, qui ont fait changer la position de Recep Tayyip Erdoğan; il a pris une position très nationaliste et interrompu le processus de paix. Après l'attentat de Suruç, attribué à Daech pendant l'été 2015, la guérilla dans le sud-est du pays a repris. Depuis, on est dans une situation extrêmement tendue. Depuis maintenant un peu plus d'un an, la pression des attentats est permanente .

La Turquie a longtemps été considérée comme étant la base arrière de Daech. Est-ce toujours le cas ?

Non, ce n'est plus véritablement le cas puisque, on l'a vu à plusieurs reprises depuis un an, Recep Tayyip Erdoğan a engagé une lutte contre Daech. C'est dû au fait qu'il ait subi des attentats. En particulier celui de l'aéroport d'Istanbul qui avait fait près de 30 morts. Et surtout l'attentat du 20 août 2016, dans la ville de Gaziantep, qui avait fait près de 60 morts. En outre, la Turquie est engagée dans des actions militaires en Syrie – l'opération bouclier de l'Euphrate – mais justement elle se trouve confrontée à la fois à Daech, puisqu'elle essaie de le repousser de sa frontière, et aux Kurdes, car elle les empêche de prendre la place de Daech sur les territoires qui sont libérés. Dès lors, on comprend un peu le contexte des attentats actuels.

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