Comment Turcs et Kurdes utilisent les réseaux sociaux pour défendre leur opinion sur l'offensive en Syrie

La Turquie a lancé une offensive dans le Nord de la Syrie pour combattre les milices kurdes. Depuis, la situation est largement commentée voire manipulée sur les réseaux sociaux. 

Des hommes et des femmes fuient les combats dans le Nord de la Syrie, le 9 octobre 2019. 
Des hommes et des femmes fuient les combats dans le Nord de la Syrie, le 9 octobre 2019.  (DELIL SOULEIMAN / AFP)

Alors que la Turquie a lancé son offensive en Syrie contre les forces kurdes, une autre bataille a lieu sur les réseaux sociaux. Les deux camps multiplient les messages, photos et vidéos à l'appui, pour commenter la situation. Une rhétorique qui s'approche de la propagande. 

Avec des hashtags spécifiques 

Depuis le début de l'offensive, deux tendances se dégagent sur Twitter. D'un côté les pro Kurdes qui utilisent le hashtag "#TrumpBetrayedTheKurds", c'est-à-dire "Trump a trahi les Kurdes". Ce type de messages a touché plus de 270 000 personnes selon les statistiques du site Union Metrics, qui calcule l'audience des hashtags sur internet. 

De l'autre côté, les Turcs choisissent plutôt le mot-dièse #TurkeyJustKilledTerrorists", soit en français "la Turquie tue juste les terroristes". Un hashtag lu par environ 180 000 personnes à travers le monde, toujours selon le site union metric. Ces dernières heures, des centaines de milliers de tweets ont été diffusés avec ces deux hashtags. Ils ont été envoyés principalement depuis les États-Unis et la Turquie. 

En diffusant des photos et des vidéos invérifiables ou fausses 

Comme à chaque conflit armé, les deux camps rajoutent l'horreur à leurs messages en multipliant les photos et les vidéos où figurent souvent des blessés ou des enfants. 

Du côté kurde, une photo d'un enfant revient souvent sur Twitter. Il est face contre terre, visiblement mort. Cette photo, sans contexte, est impossible à vérifier. En revanche, d'autres images tournent sur les réseaux sociaux et s'avèrent fausses. Par exemple, sur une vidéo, une rue soufflée par une explosion. À terre, des victimes hurlent et pleurent. La vidéo est accompagnée d'un commentaire pour dénoncer les "bombardements aveugles" de la Turquie. Sauf que cette vidéo n'a pas été tournée en Syrie récemment. Elle date d'avril 2017 lors d'un attentat du groupe État Islamique en Égypte.

Un tweet daté du 10 octobre 2019, qui monte en réalité l\'attentat du groupe Etat Islamique en Egypte en avril 2017.  
Un tweet daté du 10 octobre 2019, qui monte en réalité l'attentat du groupe Etat Islamique en Egypte en avril 2017.   (CAPTURE ECRAN TWITTER)

Autre exemple : des comptes anonymes kurdes diffusent une image montrant des hommes morts dans des sacs mortuaires jaunes. Là encore la photo peut laisser penser qu'il s'agit d'un évènement récent. Or, cette image est identifiable sur Google dès 2017. Elle a été prise après un raid de la police turque contre une cache du PKK, le parti des travailleurs kurdes considéré comme organisation terroriste par Ankara, en 2017. 

Du côté turc aussi la propagande a démarré. Avec par exemple de nombreuses photos de soldats qui donnent des biscuits à des enfants. Ils jouent aussi avec eux dans une ambiance bienveillante. "La Turquie est pleine de compassion et n'attaque que les terroristes", disent plusieurs comptes d'internautes. Là non plus ces photos ne sont pas récentes, elles datent d'il y a plus d'un an lors de la bataille d'Afrin en Syrie.

Un tweet daté du 10 octobre 2019 où l\'on voit un soldat bienveillant avec des enfants. 
Un tweet daté du 10 octobre 2019 où l'on voit un soldat bienveillant avec des enfants.  (CAPTURE ECRAN TWITTER)

Autre exemple : une personne âgée portée par des soldats. Il ne s'agit pas d'un homme kurde, mais d'un Turc, après un séisme en 2011 dans le centre de la Turquie. 

Un tweet daté du 10 octobre 2019 où l\'on voit un homme aidé par deux soldats. L\'image date en réalité de 2011. 
Un tweet daté du 10 octobre 2019 où l'on voit un homme aidé par deux soldats. L'image date en réalité de 2011.  (CAPTURE ECRAN TWITTER)

En profitant de l'absence de journalistes sur place

Si vous trouvez des photos ou des vidéos "tournées sur place", il faut rester prudent. La grande majorité des images diffusées actuellement sur les réseaux sociaux cherchent à convaincre, les protagonistes sont dans un exercice de propagande. Les uns et les autres cherchent à rassurer ou à attirer la sympathie, les internautes peuvent d'ailleurs remarquer la forte présence d'enfants sur les images, qu'ils soient blessés ou entourés de militaires à l'image plutôt bienveillante.  

Cependant, sur le terrain il est difficile de dire ce qu'il se passe réellement si peu de temps après le début de l'offensive. Il y a peu d'images réalisées par des journalistes. Finalement, les deux camps profitent de l'absence de témoins neutres sur le terrain pour diffuser ce qu'ils souhaitent montrer du conflit ou de ses motivations.