Royaume-Uni : où en est l'enquête sur les 39 corps retrouvés dans un camion frigorifique ?

Quatre autres personnes ont été arrêtées dans l'enquête sur la découverte de 39 personnes mortes, à l'arrière d'un poids-lourd.

Des policiers inspectent un camion, dans lequel 39 corps ont été découverts, le 23 octobre 2019 à Grays (Royaume-Uni).
Des policiers inspectent un camion, dans lequel 39 corps ont été découverts, le 23 octobre 2019 à Grays (Royaume-Uni). (BEN STANSALL / AFP)

L'enquête "avance vite", selon la police britannique. Le chauffeur du véhicule a été mis en examen pour 39 homicides involontaires, dans l'affaire des corps découverts dans un camion frigorifique, à Grays, près de Londres (Royaume-Uni). Quatre autres personnes ont été interpellées. La police a un temps évoqué des victimes de nationalité chinoise, mais des familles vietnamiennes craignent que leurs enfants se trouvent parmi les victimes. La police cherche encore à identifier les corps et à reconstituer le trajet du conteneur. Franceinfo fait le point sur l'avancée de l'enquête.

Les victimes doivent encore être identifiées

Les victimes sont 31 hommes et huit femmes, selon la police britannique. Après avoir avancé, dans un premier temps, qu'il s'agissait de ressortissants chinois, les autorités sont désormais plus prudentes. Une porte-parole de la police a déclaré, vendredi, que le processus d'identification n'était pas achevé, sans plus de détail.

Depuis vendredi, plusieurs familles vietnamiennes expriment leur crainte d'apprendre que leurs enfants font partie des victimes. L'ambassade du Vietnam à Londres a déclaré avoir été contactée par des parents inquiets et avoir demandé des informations à la police britannique.

Nguyen Dinh Gia, le père d'un jeune Vietnamien de 20 ans, a raconté à l'AFP avoir reçu un appel glaçant, quelques jours plus tôt. Son interlocuteur lui annonçait : "Quelque chose d'inattendu s'est produit". La famille de Pham Thi Tra My, 26 ans, partage cette inquiétude. La jeune aurait envoyé un message à sa mère expliquant qu'elle ne pouvait "plus respirer", qu'elle était "en train de mourir", a raconté son frère à l'AFP. Ces deux familles sont originaires de Ha Tinh, une région très pauvre du Vietnam, d'où partent nombre de migrants, précise l'AFP.

Les enquêteurs ont commencé à pratiquer des autopsies vendredi, afin de déterminer les causes exactes de la mort de ces 39 migrants. Ensuite pourra commencer le travail d'identification des corps. "Nous nous sommes entendus avec l'ambassade vietnamienne pour é changer des empreintes digitales", a déclaré la police britannique, samedi 26 octobre. "L'identification des victimes prendra du temps." Le Premier ministre vietnamien a, de son côté, annoncé avoir demandé une enquête sur cette affaire.

Cinq personnes ont été interpellées

Le chauffeur du camion est le premier à avoir été interpellé. Il a été inculpé samedi de 39 homicides involontaires. Âgé de 25 ans, il est originaire d'Irlande du Nord. Selon la police, il s'agit de Maurice Robinson, un habitant de Portadown, dans le comté d'Armagh.

La police a annoncé trois interpellations supplémentaires, vendredi, dans cette enquête qui "avance vite". Un Nord-irlandais de 48 ans a été arrêté à l'aéroport londonien de Stansted. Un homme et une femme de 38 ans, tous deux domiciliés à Warrington, dans le nord de l'Angleterre ont aussi été interpellés. Tous sont soupçonnés de trafic d'êtres humains et d'homicides. Selon la BBC (en anglais), le couple, interrogé par les médias avant son arrestation, a "nié avoir quoi que ce soit à voir avec le camion", mais tout de même reconnu l'avoir "vendu l'année précédente".

Un cinquième suspect, un homme d'une vingtaine d'années, a été arrêté samedi matin, en Irlande, selon des médias britanniques et l'agence Reuters. Originaire d'Irlande du Nord, il a été interpellé dans le port de Dublin, où il était arrivé sur un ferry en provenance de France, précise la chaîne publique RTE.

La BBC (en anglais) ajoute que trois propriétés ont été perquisitionnées, en Irlande du Nord. L'Agence nationale contre le crime recherche d'éventuels liens avec le "crime organisé".

La police étudie les données GPS du conteneur

L'entreprise Global Trailer Rentals (GTR), établie à Dublin, a confirmé être propriétaire de la remorque réfrigérée. Elle a déclaré l'avoir louée à un client, le 15 octobre, pour un montant de 275 euros par semaine. Elle a aussi précisé que cette remorque était équipée d'un enregistreur GPS, dont les données ont été fournies aux enquêteurs. Citant des sources anonymes, le Guardian (en anglais) affirme que ces données GPS montrent que la remorque a effectué deux trajets, entre le Royaume-Uni et le continent, entre le 16 et le 22 octobre. Elle est passée par plusieurs villes, en Belgique et en France, dont Dunkerque.

Le conteneur du camion est entré sur le territoire britannique dans la nuit du mardi 22 au mercredi 23 octobre, à Purfleet, un port sur la Tamise. Il provenait de Zeebruges, en Belgique, selon la police britannique. "On ignore combien de temps [le conteneur] est resté en Belgique", a déclaré le porte-parole du parquet fédéral belge, Eric Van Duyse. 

Les autorités avaient d'abord évoqué une entrée sur le territoire britannique le samedi précédent, à Holyhead, sur la côte ouest de la Grande-Bretagne. Seule la partie "tracteur" du camion aurait en réalité emprunté cette route. Le camion, immatriculé en Bulgarie en 2017, n'est pas retourné dans ce pays depuis, selon les autorités bulgares.

L'enquête se poursuit en Belgique

Le parquet fédéral belge a également ouvert une enquête, disant ignorer quand, et où, les victimes sont entrées dans le conteneur. Selon la BBC, les autorités belges cherchent à retrouver le chauffeur qui a transporté la remorque jusqu'à Zeebruges. "Nous souhaiterions procéder à des arrestations dès que possible", a indiqué un porte-parole du parquet.

Les responsables du port de Zeebruges ont indiqué au Guardian (en anglais) que six chiens renifleurs et des détecteurs de CO2 permettent de vérifier si des personnes se cachent dans les camions non réfrigérés. En revanche, ces contrôles ne sont pas appliqués aux conteneurs frigorifiques, qui doivent respecter la chaîne du froid. Les contrôles, aux rayons X, ne concernent qu'un pourcent de ces remorques.

Aucun conteneur n'est en outre inspecté pour détecter une éventuelle trace de chaleur humaine, ajoutent ces responsables. "Le terminal est entouré de barrières et contrôlé via des caméras et des équipes de surveillance, explique le capitaine de port. Nous considérons donc qu'il n'y a personne (...) et qu'il n'y a pas besoin d'ouvrir le conteneur. Parce que si on l'ouvre et qu'il contient du beurre ou de la viande, (...) on le contamine."