Comment les relations entre Harry et Meghan et Buckingham Palace ont tourné à la "battle royale"

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France Télévisions
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La duchesse Meghan et le prince Harry, à Sydney, en Australie, le 16 octobre 2018.  (SAEED KHAN / AFP)

Depuis quelques semaines, l'ambiance entre les Sussex et le reste de la famille royale se sont tendues. Le couple, qui s'est mis en retrait de la couronne et vit désormais en Californie, doit s'exprimer ce dimanche dans l'émission d'Oprah Winfrey.

Depuis les crises et la tragédie de l'ère Diana, jamais la couronne britannique ne s'était autant pris la tête. L'annonce de la diffusion sur la chaîne américaine CBS d'un entretien avec la duchesse de Sussex, l'ex-actrice américaine Meghan Markle, et son époux le prince Harry, sixième dans l'ordre de succession, n'en finit plus de faire trembler la presse des deux côtés de l'Atlantique. Diffusée dimanche 7 mars aux Etats-Unis, l'interview, menée par la reine des confessions sur petit écran, Oprah Winfrey, semble faire la part belle aux royaux règlements de comptes.

Le 8 janvier 2020, Harry, second fils de Diana et du prince Charles, et son épouse Meghan Markle avaient annoncé renoncer à l’essentiel des engagements publics accolés à leurs titres de membres de premier plan de la famille royale, voulant "construire progressivement un nouveau rôle au sein de l’institution", et "travailler pour devenir financièrement indépendants, tout en continuant à soutenir sans réserve sa majesté la reine".

Franceinfo revient sur la chronologie d'un scandale "so british". 

Acte 1 : la rupture est actée entre le couple et la famille royale

Après une période de transition d'un an, le palais de Buckingham annonce, le 19 février 2021, que le couple va perdre ses derniers titres, notamment les titres militaires du prince Harry. "Le duc et la duchesse de Sussex ont confirmé à sa majesté la reine qu'ils ne redeviendront pas membres actifs de la famille royale", indique un communiqué. C'est officiel : la troisième voix, plus moderne et progressive, qu'espéraient ouvrir Harry et Meghan au sein de la famille royale, s'est heurtée à la rigidité de la monarchie britannique, incapable d'imaginer un rôle hybride, à la fois en dehors et à l'intérieur du cadre protocolaire.

Pandémie oblige, la promesse originelle d'une vie entre le Royaume-Uni et l'Amérique du Nord s'est effacée au profit d'une installation durable en Californie. Le 2 septembre, le New York Times révélait ainsi que le couple avait signé de juteux contrats de plusieurs années (et de plusieurs millions) avec Spotify et Netflix. 

Outre-Manche, la presse n'avait alors pas manqué de relever que la plateforme de streaming produit la série The Crown, une adaptation de la vie de la famille royale, dans laquelle Elizabeth II et les siens sont présentés comme prêts à tout pour préserver la couronne au détriment du bien-être de ses membres. 

Acte 2 : le prince Harry fustige la presse britannique

Dans l'interview accordée à Oprah Winfrey, le couple doit s'exprimer sur sa décision de couper les ponts avec la famille royale. Mais dès le 25 février, le prince Harry se prête au jeu du talk-show dans l'émission de James Corden. Alors que l'animateur promène le prince dans les rues de Los Angeles dans un bus à étage découvert, le prince y confie que sa santé mentale s'est détériorée face à l'acharnement des médias à l'égard du couple qu'il forme avec Meghan Markle. Traquée par la presse, et notamment les tabloïds, l'épouse de l'héritier, Américaine et métisse, a en effet fait l'objet d'un traitement très différent, comme le montre ce documentaire d'ITV,* de celui réservé à l'autre "pièce rapportée" de la famille, Kate Middleton, épouse du prince William, le fils aîné du prince Charles.

Les médias en prennent pour leur grade, mais le prince Harry ne manque pas d'envoyer une discrète pique à sa famille lorsqu'il évoque The Crown. En se focalisant sur le couple désastreux formé par le prince Charles et Lady Di, la quatrième saison de la série à succès a suscité la colère du palais, outré de voir une fiction dépeindre une famille royale odieuse face à la jeune et naïve princesse Diana. "C’est une fiction, confirme alors le prince Harry. Mais c’est vaguement basé sur la réalitéCela vous donne une idée générale de ce mode de vie, de la pression que cela représente que de mettre le devoir et le service [de la couronne] au-dessus de tout, y compris de la famille et de ce que cela peut engendrer", lance-t-il.  

S'agacerait-il de voir le palais s'indigner d'une représentation fictive, alors que ce même palais refuse de prendre au sérieux le harcèlement dont Harry estime que son épouse a fait l'objet ? "Je suis plus à l’aise devant The Crown que quand je lis ce qui est écrit sur ma famille, sur ma femme ou sur moi-même. Il y a une différence entre quelque chose qui est présenté comme une fiction et ce qui est présenté comme des faits. J’ai un vrai problème avec ça", poursuit-il.  

Acte 3 : la presse vole au secours de la famille royale 

L'interview du prince Harry ne peut pas moins bien tomber. Diffusée dans la nuit qui suit une prise de parole de la reine au sujet des vaccins contre le Covid-19 au Royaume-Uni, elle vient complètement éclipser l'opération de communication royale liée à la lutte contre la pandémie. Dans les émissions matinales, les commentateurs n'en ont que pour Harry, pointant parfois un "timing" maladroit visant à tirer la couverture médiatique.

La journaliste Camilla Tominey, spécialiste de la famille royale pour The Telegraph, accuse à demi-mot le prince de cracher dans la soupe*. "C’est difficile de se plaindre continuellement des intrusions de la presse et de continuer à faire ces apparitions qui engendrent des gros titres", lance-t-elle, accusant le couple de ne vouloir "qu'une publicité qui lui soit favorable (...). Il existe plusieurs versions de cette histoire (...). Nous savons que la reine est triste et déçue par leur départ. On ne peut pas mettre de côté cet aspect de l’histoire parce que l’autre côté clame avoir été injustement traité." 

Pour le photographe Arthur Edwards, aucun doute : c'est Meghan Markle qui orchestre cette guerre contre les médias. "Pendant des années, Harry a eu de bonnes relations avec la presse. Ce n’est que quand il a rencontré Meghan que ça s’est arrêté et il n’a plus jamais plus voulu échanger avec nous", lance-t-il en duplex dans l'émission "Good Morning Britain". Quant à l'environnement médiatique "toxique" décrit par le prince, le journaliste le balaye d'un revers de la main : "Son père a connu la même chose. Son frère a connu la même chose. Et ils ne se sont pas enfuis à Los Angeles pour autant." 

Acte 4 : Meghan Markle est accusée de harcèlement

Mercredi 3 mars, le quotidien britannique The Times révèle que Meghan Markle fait l'objet d'une plainte pour "harcèlement", adressée au palais en octobre 2018 par Jason Knauf, alors secrétaire à la communication du couple, et restée sans suite. Le journal assure que la duchesse a "écarté deux assistants personnels et a ruiné la confiance en elle d'une troisième personne." "Meghan Markle est-elle la victime ou le bourreau ?" demande "Good Morning Britain"* dès le lendemain matin.

L'auteur de l'article du Times, Valentine Low, charge la duchesse et s'explique sur la chaîne ITV* : selon lui, Meghan Markle "fait un travail très efficace pour faire sortir sa version de l’histoire et se présenter comme quelqu'un qui a été maltraité par la famille royale. Plusieurs personnes m'ont déclaré que Meghan s’est positionnée en victime dès le premier jour, comme si elle avait décidé que la situation était insupportable et que la seule solution était de partir en Amérique du Nord."

Lui aussi reproche au couple de vouloir imposer sa propre "version de l'histoire" et défend la décision de ses sources de s'exprimer juste avant la diffusion de l'émission d'Oprah Winfrey. "S’ils ne le font pas maintenant, alors ce sera trop tard. Une fois que Meghan et Harry auront parlé à Oprah, c'est leur message que tout le monde croira." Or, "ce sont des individus qui ne digèrent pas la manière dont certains ont été traités et veulent que leur version des faits soit entendue", dit-il de ses sources.  

Acte 5 : Buckingham Palace se dit "préoccupé" par ces accusations

"Never explain, never complain" : "N'expliquez jamais, ne vous plaignez jamais." Face au scandale, le palais fait une entorse à sa devise. "Nous sommes clairement très préoccupés par les accusations portées dans le Times", fait savoir mercredi le palais dans un communiqué inhabituel pour la monarchie britannique, peu accoutumée à évoquer ses différends en place publique.

Embarrassé, le palais souligne qu'il "ne tolère pas et ne tolérera pas le harcèlement sur le lieu de travail". Pour Camilla Tominey, invitée de "The Morning View", cet embarras sous-entend que Buckingham n'est pas à la manœuvre : ces accusations, "ce n’est pas nécessairement quelque chose qui rejaillit positivement sur le palais, car cela sous-entend qu'il n’a pas su gérer la situation convenablement et que ces personnes n’ont pas été écoutées", analyse-t-elle.  

Acte 6 : le couple accuse Buckingham Palace de colporter de fausses informations

Meghan Markle réagit aussitôt aux informations du Times via un porte-parole. La duchesse de Sussex est "attristée par cette dernière attaque contre sa personne, en particulier en tant que personne qui a elle-même été victime de harcèlement et qui est profondément impliquée dans le soutien de ceux qui ont subi des souffrances et des traumatismes", indique-t-il. Les avocats du couple déclarent quant à eux au Times que le journal est "utilisé par Buckingham Palace pour colporter un récit totalement faux" avant la diffusion de l'interview de Harry et Meghan.

Ces déclarations s'accompagnent de la publication d'un nouvel extrait de l'interview à paraître avec Oprah Winfrey. Elle a été enregistrée il y a plusieurs semaines (et donc avant les révélations du Times), mais Meghan Markle y suggère de façon quasi-prémonitoire que la "firme", le surnom donné au cercle le plus puissant de la famille royale, est en train de "colporter des mensonges" sur elle et le prince Harry. 

Acte 7 : la presse, passive-agressive, s'acharne sur la duchesse "ingrate" 

Sans surprise, les accusations passent mal du côté de la presse britannique. Tandis qu'un commentateur d'extrême droite appelle, lors d'une émission radio, à déchoir le couple de sa nationalité, le tabloïd The Sun* s'affaire à accuser Meghan et Harry d'attirer l'attention alors que le prince Philip, l'époux de la reine âgé de 99 ans, est hospitalisé. Dans un article publié jeudi, il loue ainsi le tact de Carole Middleton, la mère de Kate, laquelle a demandé à ce que soit reportée la publication d'un magazine dont elle fait la couverture, par respect pour le mari de la reine. 

Pour la spécialiste de la famille royale Angela Levin, interrogée par "Good Morning Britain", l'attitude du couple n'est qu'une nouvelle preuve de l'ingratitude de la duchesse. "Je trouve ça étonnant que Meghan ait choisi de faire cette interview alors qu’elle est enceinte, elle a déjà fait une fausse couche, vous êtes très vulnérable quand vous êtes enceinte", estime-t-elle. "Elle est une des femmes les plus célèbres, elle est riche, elle a plus que ce que quiconque oserait jamais demander et pourtant, quand les choses ne vont pas comme elle veut, rien ne va plus (...). Vous penseriez qu'elle serait reconnaissante ?" poursuit-elle. Et de rappeler, en guise de preuve : "Harry a dit avant le mariage : 'Ce que Meghan veut, elle l’obtient'."

*Les articles et les médias signalés par un astérisque renvoient sur des médias en anglais

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