Législatives au Royaume-Uni : les cinq leçons du scrutin

Ces élections sont un échec pour la première ministre, Theresa May. Les conservateurs sont en tête mais perdent leur majorité absolue au Parlement à l'issue des élections législatives du jeudi 8 juin.

La Première ministre britannique, Theresa May, quitte le siège du Parti conservateur à Londres, le 9 juin 2017. 
La Première ministre britannique, Theresa May, quitte le siège du Parti conservateur à Londres, le 9 juin 2017.  (BEN STANSALL / AFP)

Pari perdu pour la Première ministre britannique. Certes, les conservateurs de Theresa May sont en tête à l'issue des élections législatives du jeudi 8 juin, mais ils perdent leur majorité absolue à la Chambre des communes. Ce résultat choc plonge le pays dans l'incertitude à quelques jours de l'ouverture des négociations sur le Brexit. Franceinfo revient sur les principales leçons du scrutin.

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Theresa May subit un échec personnel

Theresa May sort grande perdante de ces élections. Elle avait convoqué, le 18 avril dernier, ces législatives anticipées pour pouvoir négocier en force les conditions de sortie du Brexit. Les électeurs l'ont désavouée. Certes, le Parti conservateur arrive en tête avec environ 42% des voix. Mais il recule en nombre de sièges et perd la majorité absolue.

Le scénario se répète : Theresa May a commis la même erreur que son prédécesseur. David Cameron avait convoqué un référendum sur l'Europe pour faire taire les europhobes les plus acharnés au sein du Parti conservateur. Le Brexit l'avait emporté, contrairement à ce qu'il espérait, et il avait démissionné dans la foulée. 

Face à ce revers, nombre de commentateurs s'en sont pris à la campagne atone menée par Theresa May. Ils lui ont aussi reproché ses revirements sur des mesures sociales impopulaires comme la "taxe sur la démence", cet effort accru demandé aux propriétaires retraités pour financer leur assurance-maladie.  Les attentats de Manchester et Londres ont déstabilisé un peu plus l'ancienne ministre de l'Intérieur, accusé d'avoir supprimé près de 20 000 postes dans la police ces dernières années.

Les travaillistes gagnent des sièges

Avec 40% des voix, les travaillistes font un bond spectaculaire de 10 points par rapport au précédent scrutin. Le Labour était pourtant distancé de 20 points dans les sondages lorsque ce scrutin anticipé a été convoqué le 18 avril. Le chef du parti travailliste, Jeremy Corbyn, peut savourer sa victoire. Il a sauvé sa tête alors que l'aile centriste ne supporte pas ses idées résolument à gauche. Et il a augmenté le score du Labour de plusieurs sièges, alors que tout le monde lui prédisait une amère défaite.

Jeremy Corbyn a déjà proclamé sa "fierté" devant ce résultat "chargé d'espoir". "Les gens en ont assez des politiques d'austérité et des coupes dans les services publics", a-t-il martelé en jugeant que le temps de Theresa May était "terminé". De façon symbolique, le Labour a remporté la circonscription de Canterbury, qui était aux mains des conservateurs depuis 1918.

Le Parti national écossais subit un revers

C'est l'autre surprise de ce scrutin : les indépendantistes du Parti national écossais (SNP) enregistrent un net recul après leur raz-de-marée électoral de 2015. Ils devraient céder une vingtaine de sièges (sur 56). Deux de leurs poids lourds, l'ex-dirigeant du parti Alex Salmond et son numéro deux actuel, Angus Robertson, ne sont pas reconduits.

"C'est une très mauvaise nouvelle pour (la Première ministre écossaise) Nicola Sturgeon et son ambition d'organiser un second référendum" sur l'indépendance, commente à l'AFP Iain Begg, professeur à la London School of Economics. La cheffe du gouvernement écossais réclame ce second référendum, après celui perdu par les indépendantistes en 2014. Elle refuse que l'Ecosse, majoritairement europhile, soit entraînée dans le Brexit contre son gré.

Malgré ce résultat en retrait, le SNP arrive en tête dans la province qui s'était largement prononcée contre le Brexit, et sa dirigeante Nicola Sturgeon s'est dite toujours aussi déterminée à organiser un nouveau référendum d'autodétermination. Le Labour a repris au moins une demi-douzaine de sièges au SNP en Ecosse, terre autrefois fertile pour les travaillistes.

L'Ukip europhobe disparaît de la Chambre

Ils n'avaient qu'un seul député, ils n'en ont plus aucun. Le parti europhobe et anti-immigré, Ukip, a marqué l'histoire du pays en se faisant l'ardent promoteur de la sortie de l'Union européenne pendant des années.

Mais en obtenant satisfaction avec la victoire du Brexit au référendum, il a perdu sa principale raison d'être. Après le départ de son chef charismatique, Nigel Farage, il s'est perdu dans des querelles internes.

L'incertitude pèse sur le Brexit

Theresa May n'a pas obtenu le mandat clair qu'elle cherchait auprès des électeurs. Comme elle a perdu sa majorité absolue, l'incertitude pèse à présent sur le déroulement du Brexit et sur la position britannique dans ces négociations, qui doivent s'ouvrir à partir du 19 juin. S'ouvre ainsi une période de turbulence économique.

Dans tous les cas de figure, ces élections confirment le doute autour de la position britannique. Et le message des électeurs peut être compris comme un choix pour un Brexit plus "soft" que celui préconisé par Theresa May, qui voulait une sortie du marché unique européen et la reprise du contrôle des frontières pour limiter l'immigration. Alors qu'elle espérait imposer sa vision du "Brexit dur", elle devra au contraire composer en permanence en interne avec les élus les plus réfractaires à son projet.