Royal Baby numéro 3 : est-ce vraiment "cool" d'être le petit dernier de Kate et William ?

Après George et Charlotte, la duchesse de Cambridge et le prince William ont choisi d'appeler leur troisième enfant Louis. Un Royal Baby (presque) certain de ne jamais accéder au trône, mais tout autant exposé médiatiquement que ses populaires aînés.

Le prince William et Kate Middleton présentent leur troisème enfant, le 23 avril 2018.
Le prince William et Kate Middleton présentent leur troisème enfant, le 23 avril 2018. (ISABEL INFANTES / AFP)

Comme son grand frère George et sa grande soeur Charlotte, Louis n'a pas échappé au "protocole" britannique. Le troisième enfant du prince William et de Kate Middleton a été photographié dans les bras de ses parents. Son prénom a été débattu dans les journaux télévisés. Des coups de canon ont été tirés, des fleurs et des peluches ont été déposées devant Buckingham Palace. Bref, Royal Baby numéro 3 est célébré comme il se doit, quand bien même sa position dans la famille fondée par ses parents rendrait cet enfant un brin anecdotique pour quiconque ne prend pas le thé régulièrement chez les Windsor.

Si chez les gens normaux (vous et moi), il est souvent admis que "le troisième a la meilleure place dans la famille", le rôle peut se révéler plus difficile à endosser dans la famille royale britannique. La preuve, l’adage anglais évoque "the heir" (l’héritier) "and the spare" (et le remplaçant), sans mentionner le sort des suivants. Entre privilèges indéniables et devoirs pénibles, cet enfant a le fessier entre deux trônes, un destin à la fois génial et infernal. On a compté les points. 

Pas cool : tu es moins attendu que tes aînés

Ne te vexe pas, adorable "numéro 3", mais il faut se rendre à l'évidence : outre-Manche, "les gens sont plus excités par le mariage de Harry et de Meghan Markle qu'ils ne le sont pour la naissance de ce Royal Baby". Charlie Proctor, rédacteur en chef du site Royal Central, qui suit l'actualité des têtes couronnées, le concède : après George et Charlotte, ton arrivée n'est pas un évènement comparable. Et pour cause : "Nous avons eu deux naissances royales ces dernières années, tandis qu'un mariage est rare", explique-t-il à franceinfo.

Le prince William, la duchesse de Cambridge, Kate, et leurs deux enfants, George et Charlotte, lors d\'un voyage à Hambourg (Allemagne), le 21 juillet 2017. 
Le prince William, la duchesse de Cambridge, Kate, et leurs deux enfants, George et Charlotte, lors d'un voyage à Hambourg (Allemagne), le 21 juillet 2017.  (PATRIK STOLLARZ / AFP)

En 2013, la naissance de ton frère George a permis aux commerçants –notamment ceux qui vendent des souvenirs – de réaliser quelques belles semaines. Deux ans plus tard, la naissance de ta sœur Charlotte était déjà jugée moins "rentable" pour l'économie, bien que cela fût contrebalancé par le fait qu'il s'agisse d'une petite fille, expliquait CNBC. Du coup, à moins que Kate n'ait accouché de jumeaux – comme le prédisait une rumeur basée sur strictement rien –, difficile d'imaginer un enthousiasme similaire à travers le royaume.

Cool : ta naissance marque une évolution bienvenue

Pourtant, sache-le, tu es exceptionnel à ta façon. Constitutionnellement, du moins. Après la réforme passée en 2015 permettant aux fillettes de maintenir leur rang dans la succession, tu te retrouves en cinquième position, derrière ton grand-père Charles, ton père William, ton frère George et ta sœur Charlotte. En tant que garçon, tu deviens donc le tout premier héritier de l'histoire de la monarchie britannique à ne pas "doubler" ta grande sœur dans la queue pour le trône.

Du point de vue constitutionnel, ta naissance est aussi (et surtout) un évènement pour le prince Andrew. Passé en septième position, ton oncle n'est plus légalement tenu d'obtenir l'autorisation de la reine pour se marier, comme c'est déjà le cas pour son petit frère, le prince Edward. A 58 ans, l'ex-époux de la tonitruante Sarah Ferguson peut officiellement faire ce qu'il veut de sa vie sentimentale. Y compris ré-épouser la médiatique rousse dont il reste proche, au point de partager la même propriété. 

Pas cool : tu n'accéderas pas au trône 

Tu as très peu de chances d'accéder un jour au trône. Cela dit, méfie-toi quand même ! Le 26 juin 1830, ton lointain ancêtre Guillaume IV, 64 ans, troisième fils de George III, est devenu roi du Royaume-Uni (et de Hanovre), après la mort de son frère George IV, sans héritier. Son autre grand frère étant mort trois ans plus tôt, cet ancien marin à la longue et agitée carrière militaire (au palmarès : beaucoup de combats, mais aussi un bref passage en prison après une baston alcoolisée à Gibraltar) a porté la couronne pendant sept ans. Morale de l'histoire : tiens-toi prêt au cas où, mais rappelle-toi que ton accession au trône nécessiterait la mort précoce de plusieurs membres de ta famille – ce que personne ne souhaite. 

Guillaume IV, un \"numéro 3\" devenu roi. 
Guillaume IV, un "numéro 3" devenu roi.  (MARY EVANS/SIPA / SIPA)

Cool : tu vivras avec de sacrés privilèges

Même en troisième position, naître dans la famille royale n'est pas dépourvu d'avantages, à commencer par la jouissance de propriétés royales. Prends l'exemple de ton ancêtre, la princesse Amelia, troisième enfant du roi George II. Amatrice d'équitation et de chasse, elle a hérité à 40 ans du poste plutôt sympathique de ranger dans Richmond Park, une vaste étendue de nature dans le sud-ouest de Londres, propriété de la Couronne. Cool, non ? Elle l'a aussitôt fermé au public, n'autorisant que ses proches amis à profiter avec elle de ses 9,5 km2 de verdure, s'attirant les foudres des Londoniens. Moins cool, mais tu saisis l'idée : tu restes un privilégié.

Dans le même genre, ton oncle, le prince Andrew, troisième d'Elisabeth II, est quant à lui surnommé "Air Miles Andy" ("Andy points S'Miles") pour l'habileté avec laquelle il parvient à s'octroyer quelques jours de détente au milieu des voyages protocolaires qu'il réalise à l'étranger pour le compte de la Couronne. Malin. 

Cool : tu subiras beaucoup moins de pression que tes deux aînés

"Moins un héritier a de chances de régner, plus il a la liberté de se consacrer aux causes et passions qui lui tiennent à cœur", confirme Charlie Proctor. Andrew, devenu ambassadeur commercial du Royaume-Uni en 2001, à la fin de sa carrière militaire (une obligation pour tous les hommes depuis le règne de Victoria), est ainsi le "monsieur business" de ta famille. "Plus il s'éloigne du trône, plus il s'accomplit à travers ses propres projets, comme Pitch@Palace", une initiative lancée en 2014 afin de mettre en relation des start-up britanniques et de riches investisseurs, "un grand succès", explique le journaliste.

"Il assure toujours des engagements royaux pour le compte de la reine, mais choisit ceux qui l'intéressent, comme ceux en rapport avec les nouvelles technologies", poursuit Charlie Proctor. Cent-cinquante ans plus tôt, la princesse Alice, fille de la reine Victoria et du prince Albert, s'épanouissait déjà en infirmière, auprès de sa famille et des soldats pendant la guerre austro-prussienne de 1866. 

La princesse Alice, fille de la reine Victoria, et son époux, le grand-duc Louis IV de Hesse. 
La princesse Alice, fille de la reine Victoria, et son époux, le grand-duc Louis IV de Hesse.  (PRIVATE COLLECTION / MICHEL DE GRECE / AFP)

Pas cool : tu devras quand même travailler pour la Couronne

Cependant, cette liberté est limitée. En effet, les héritiers directs sont tous tenus d'assurer la représentation de la Couronne, un job à plein temps pas toujours rigolo : au fur et à mesure que la reine et son époux, le prince Philip, lèvent le pied, l'emploi du temps des héritiers se remplit et Andrew, relativement épargné jusqu'alors, apparaît de plus en plus fréquemment comme le "+1" de la reine, a relevé le Daily Mail en mai.

Le prince Andrew salue le roi de Thaïlande Maha Vajiralongkorn à la crémation de son prédécesseur, le roi Bhumibol Adulyadej, à Bangkok, où il représente la Couronne britannique, le 26 octobre 2017. 
Le prince Andrew salue le roi de Thaïlande Maha Vajiralongkorn à la crémation de son prédécesseur, le roi Bhumibol Adulyadej, à Bangkok, où il représente la Couronne britannique, le 26 octobre 2017.  (HANDOUT / ROYAL THAI BUREAU / AFP)

Plus investi dans ce que les spécialistes de la famille royale appellent la "Team Windsor" (soit le premier cercle de la reine, celui qui se fade les coupages de rubans à travers le royaume), le voilà finalement "réhabilité". "Avant de songer à ralentir le rythme, Anne, 69 ans, Andrew, 58, et Edward, 54, devront attendre que George, Charlotte et le futur Royal Baby aient l'âge de les remplacer", explique Charlie Proctor. Comprendre : dans 25 ou 30 ans, tous compteront sur toi pour assurer les déplacements relous qu'ils ne seront plus en état de faire.  

Pas cool : tes faits et gestes seront scrutés en permanence

"Tous les membres de la famille royale sont observés de près, qu'ils soient ou non destinés à régner", te prévient Charlie Proctor. Là encore, grand-tonton Andrew en sait quelque chose. Adoré par ton arrière-grand-mère, la reine Elisabeth II, "il est vu par les Britanniques comme 'l'enfant difficile' de la reine. Il est souvent en proie à la controverse, parfois de façon injuste, mais souvent par sa faute", résume le rédacteur en chef de Royal Central.

En effet, Andrew n'a cessé de s'attirer les foudres des tabloïds, liste Vanity Fair : il a fricoté avec une actrice de films érotiques (on t'expliquera plus tard) et s'est retrouvé impliqué dans un scandale sexuel avec son ami le milliardaire américain Jeffrey Epstein – lequel a été condamné dans une affaire de prostitution. Ces casseroles lui ont valu d'être traité de "honte pour la famille royale" par un député travailliste, demandant qu'il quitte ses fonctions princières. Si la presse tabloïd te considère comme moins important que tes aînés, elle n'en sera pas moins dure avec toi. Oui, c'est nul. 

Pas cool : ta descendance risque d'être privée de titres qui claquent

Quand ton arrière-grand-mère mourra, ton grand-père sera roi et ton père sera son héritier. Or, papy Charles souhaiterait arrêter de distribuer des titres à tout va, estimant sage de réduire la taille de la famille royale. "Bien conscient que le contribuable britannique ne veut pas payer pour entretenir une foule d'héritiers, le prince Charles, dit-on, veut réduire le rôle des membres de la famille qui ne sont pas des héritiers directs", confirme Charlie Proctor. Plus un "Royal" est éloigné de la Couronne, moins les Britanniques trouvent légitime de financer son train de vie. Ainsi, l'annonce de la grossesse de Kate a été accueillie par des éditos demandant, à raison, "qui [allait] payer" pour toi. 

Résultat : si tu décides d'avoir un jour des enfants, ils risquent de ne pas bénéficier d'autant de privilèges que toi. D'une, les enfants non-héritiers ne bénéficient pas du Sovereign Grant, un fonds payé par le contribuable pour financer le fonctionnement de la famille royale (42,8 millions de livres sterling en 2017). Tes futurs enfants – et pourquoi pas toi – devront vraisemblablement trouver du boulot en plus de leurs activités de "Royals", comme Beatrice et Eugenie, les filles d'Andrew. 

Le prince Andrew, duc d\'York, et ses deux filles, les princesses Beatrice et Eugenie, lors du 90e anniversaire de la reine, le 10 juin 2016. 
Le prince Andrew, duc d'York, et ses deux filles, les princesses Beatrice et Eugenie, lors du 90e anniversaire de la reine, le 10 juin 2016.  (PATRICK VAN KATWIJK / DPA / AFP)

Il a même été question qu'elles rendent leur titre de princesse pour devenir de simples "ladies" – ce à quoi la reine s'est opposée, alors que ni sa sœur Margaret, ni sa fille Anne, ni son fils Edward n'ont voulu que leurs enfants soient princes et princesses. Dans tous les cas, gare aux caprices : l'immense majorité des sujets du royaume ne tolérerait pas qu'un Royal Baby chouine sur son sort.