Frappes en Syrie : "On est en train de donner un message fort aux utilisateurs" d'armes chimiques

Le général Patrick Charaix, ancien commandant les forces aériennes stratégiques, affirme samedi sur franceinfo que les frappes occidentales en Syrie sont un message "global, mondial" et "ponctuel".

Un avion de combat de la Royal Air Force sur le point de décoller sur la base aérienne britannique d\'Akrotiri à Chypre, le 14 avril.
Un avion de combat de la Royal Air Force sur le point de décoller sur la base aérienne britannique d'Akrotiri à Chypre, le 14 avril. (CPL L MATTHEWS / MOD)

Les États-Unis, le Royaume-Uni et la France ont lancé dans la nuit de vendredi à samedi 14 avril une opération militaire conjointe en Syrie, en représailles à une attaque chimique présumée le 7 avril à Douma, près de Damas. "On attaque les capacités du régime, la production et l'emploi", a déclaré samedi sur franceinfo le général Patrick Charaix, ancien commandant les forces aériennes stratégiques.

franceinfo : Que pensez-vous de ces frappes ?

Patrick Charaix : On est bien dans ce que le président [Emmanuel Macron] nous a annoncé sur la ligne rouge. L'utilisation de l'arme chimique pour toutes ces nations occidentales et ceux qui ont voté les résolutions de l'ONU est la ligne rouge. L'utilisation du chimique à travers le monde est quelque chose qui fait peur. Donc, [en ayant] une réaction forte, militaire, avec la centaine de missiles tirés dans la nuit pour montrer que la ligne rouge [a été atteinte], pour ces trois pays-là c'est donner un message fort aux utilisateurs [d'armes chimiques].

Est-ce bien d'attaquer à trois ?

Cette volonté de le faire à trois montre bien cette aptitude à pouvoir taper fort celui qui va utiliser l'arme chimique. Le message est global, mondial et il est ponctuel. Ce n'est pas une campagne. On n'est pas là pour faire ça cinq fois de suite.

Les bâtiments visés sont des laboratoires d'armes chimiques. Est-ce une bonne chose ?

Le président l'avait déjà annoncé. L'objectif est la ligne rouge du chimique et il avait bien dit que les objectifs qui seraient traités seraient tous ceux qui concernent le chimique. On le voit bien à travers ce qui a été frappé : le centre de recherche, le dépôt, l'unité d'état-major qui donne les ordres. On attaque les capacités du régime, la production et l'emploi, c'est-à-dire ceux qui donnent l'ordre de l'employer.

L'Élysée précise que l'opération côté français a mobilisé quatre frégates, des Rafale et des Mirage. Est-on sur une opération militaire de grande ampleur ?

On est dans une opération ponctuelle. On a mis beaucoup de moyens et c'est la première fois qu'on utilise notre frégate qui lance des missiles de croisière. Le Rafale et le Mirage c'est quelque chose que l'on fait et que l'on a fait assez régulièrement. Ce qui est un peu nouveau c'est cet environnement maritime.

Il y a un an Donald Trump avait mené des frappes ciblées. Cela n'a pas empêché l'utilisation des armes chimiques. Cela va-t-il se passer de la même manière cette fois-ci ?

Là, on a trouvé un accord politique pour répondre, on a trouvé la coordination interalliée, on a même prévenu les Russes avant. C'est un message assez fort dans le fait de les prévenir que ce n'est pas contre eux. Je pense qu'une action est un signe de fermeté et de message qu'on envoie. C'est une superbe action, techniquement parlant, de coordination internationale, et aujourd'hui on attend la réaction de Vladimir Poutine.

N'est-il pas dommage de passer outre l'ONU ?

La question souvent dans ces actions-là est la légitimité. Est-ce que vous êtes légitime à intervenir ? Dans de nombreuses opérations la légitimité s'acquiert avec la résolution de l'ONU. Là avec le veto, on n'a pas pu avoir de résolution donc on arrive dans un deuxième type de coalition et l'Américain souvent est leader. Dans cette action, le fait qu'on parle d'armements chimiques et le fait que la Syrie ait signé les documents sur l'interdiction des armes chimiques, donnent la légitimité à cette intervention.